Alekhine et la guerre
Décembre 1941, Alekhine en simultanée à Paris.
C’était une période sombre de la vie d’Alekhine, l’une des plus difficiles après celle où il réussit à survivre pendant la Révolution russe et la guerre civile. Il s’est alors compromis...

J’ai découvert Alexandre Alekhine il y a plus de quarante ans. A l’époque, le doyen du club, un libraire, me parlait de lui comme du plus grand joueur de la première moitié du XXe siècle. Peu avant sa mort il me fit don de quatre cahiers où il avait collecté de nombreux articles de presse consacrés à son héros. Puis deux biographies, celles de Jacques Le Monnier et de Alexander Kotov, aiguisèrent mon appétit sur le plan échiquéen et je ne m’attardais pas sur l’aspect biographique du champion qui était présenté par le grand-maître soviétique comme le compagnon d’arme du général de Gaulle.

Lors d’un interzonal, à Bienne, je fis connaissance avec le légendaire Miguel Najdorf, et lorsqu’on vint à parler du champion du monde il me dit : « Oui, je l’ai bien connu lors de l’Olympiade de Buenos Aires en 1939, nous cheminions souvent ensemble après les parties. » Dans la conversation, tout à coup, il assena cette phrase terrible : « Pendant la guerre Alekhine fut l’hôte du boucher de Cracovie, Hans Frank. Celui qui est responsable de l’assassinat de toute ma famille ! »

Je découvris par la suite un petit fascicule signé Ken Whyld sur les articles, objet de scandale, du « Pariser Zeitung ». Collabo ou résistant, je cherchais une réponse à cette question et je me suis procuré le dernier ouvrage du Canadien Guy Gignac, richement documenté, ce qui fut le début d’un dialogue intéressant avec son auteur, véritable passionné de la vie d’Alekhine.

Puis récemment, lors du Mémorial Alekhine à Paris, en 2013, le champion du monde avait à nouveau revêtu le costume du résistant dans un film documentaire présenté à cette occasion.

Pas de réaction de la part de l’assistance si ce n’est celle de Christophe Bouton sur son blog qui dénonçait l’imposture. Il me mit en contact avec un journaliste passionné, Denis Teyssou, qui avait tenu entre ses mains les fameux carnets manuscrits d’Alekhine. Nos rencontres furent un échange fructueux. J’ai collecté aussi quelques informations de la part de Dominique Thimognier dont le site « Héritage des échecs français » mérite le détour, sans oublier le site incontournable de l’historien Edward Winter www.chesshistory.com/winter

Georges Bertola

A l’issue de l’Olympiade de Buenos-Aires une longue négociation échoua avec Capablanca (1888-1942) et les Argentins pour la mise sur pied du match revanche tant attendu. Impatience ou résignation, le 31 décembre 1939 Alekhine embarqua depuis Rio de Janeiro pour rejoindre Lisbonne !

L'Echo d'Alger 12 juin 1939

Voici ce que rapporta Kotov (1913-1981) dans une biographie consacrée à Alekhine en 1973 sur ces évènements. Cela peut paraître incroyable, mais rien ne correspond à la réalité de ce qui a été rapporté dans la presse sud-américaine :

« Le tranquille déroulement de l’Olympiade fut interrompu par une nouvelle dramatique. Un terrible compte rendu était parvenu par télégraphe, informant que l’Allemagne nazie avait envahi la France (du pur révisionnisme le 1er septembre 1939), et provoqué le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Oubliant complètement de poursuivre la compétition, beaucoup partirent le jour même pour l’Europe (la seule équipe qui se retira du tour final fut l’Angleterre). Lors du match entre l’Allemagne et la France, Alekhine, en tant que capitaine de la formation française, informa les arbitres qu’il avait décidé de retirer son équipe, pour ne pas la faire jouer contre l’Allemagne. Les arbitres attribuèrent un résultat nul, ils devaient pourtant bien remplir les tabelles du tournoi. (Cela fut négocié avec l’accord des capitaines d’équipes et des organisateurs entre la France, la Pologne, l’Allemagne et le pays organisateur, l’Argentine. Les rencontres opposants les belligérants furent arbitrées 2-2 et le « Protectorat de Bohème Moravie », soit les Tchèques, fut associé à la Grande Allemagne et la « Palestine » aux Alliés.) L’Olympiade terminée tous repartirent, à l’exception des joueurs européens. (Beaucoup avaient décidé de rentrer avec pour plusieurs la mort en fin de variante) Que faire ? Revenir en bateau était dangereux, la guerre avait lieu aussi sur mer. Najdorf, Stahlberg et Eliskases restèrent en Argentine. Alekhine au contraire, décida de retourner en Europe avec sa femme. Ce fut une décision pour la moins illogique. Qu’est-ce qui poussait le champion du monde vers l’Europe, vers le chaos le plus total, vers les fusillades ? Pourquoi ne voulut-il pas attendre la fin de la guerre en sécurité, en compagnie de ses jeunes collègues et amis ? Personne ne peut répondre à ces questions. Restent seulement les faits. En décembre 1939, Alekhine repartait pour l’Europe pour faire face à son destin. » (Alekhine Kotov Prisma Editore 1985 p.165)

Livre portugais

A son arrivée à Lisbonne Alekhine fut accueilli comme un prince, c’était la première fois qu’un champion du monde en exercice se rendait au Portugal. Le pays était resté neutre face au conflit mais il permit par la suite aux alliés d’utiliser ses bases aériennes aux Açores tout en maintenant des relations commerciales avec l’Allemagne. Le maître Francisco Lupi (1920-1954) témoigna : « Une matinée de la mi-janvier nous nous sommes tous rendus sur le quai pour l’accueillir, venant de Buenos Aires, où il avait dirigé l’équipe française au tournoi des Nations. Avant même que le navire ne soit amarré, nous avions repéré sur le pont supérieur un homme blond, souriant, qui portait deux chatons dans ses bras. » (Source: Alexander Alekhine L.M.Skinner et R.G.P. Verhoeven McFarland 1998)

 
  Arrivée d’Alekhine Portugal 1940
Presse portugaise

Du 24 janvier au 10 février, Alekhine disputa simultanées, parties à l’aveugle dont un petit fascicule, publié en 1940 « Alekhine, Campeao Mundial de Xadrez, em Portugal » signé A. Araujo Pereira, retrace les exploits.

Alekhine,Alexander - Braumann,P
Lisbonne simultanée à l'aveugle
sur 8 échiquiers, 24.01.1940
Gambit Letton
[C40]

 

1.e4 e5 2.f3 f5 3.xe5 f6 4.d4 d6 5.c4 fxe4 6.c3 g6

Une variante analysée par Gioachino Greco en 1620 !

 

7.h4!?

Une nouveauté d’Alekhine qui, par la suite, n’a presque pas trouvé preneur dans la pratique.

 

7...f6

Si 7...g4 8.h5!? e6 9.d5 xd1 10.dxe6 xc2 avec des complications peu claires.

 

8.h5! f7 9.g5 e6

Le GM Kosten préfère consolider le pion e4 avec 9...d5!? 10.e5 e6 11.h6 c6 mais ce n’est pas forcément une amélioration par exemple 12.hxg7 xg7 13.f4!? bd7 (13...exf3 14.gxf3! suivi de 15.Fh3.) 14.e2 avec un développement supérieur après un éventuel « Dd2 » et « 0–0–0 ».

 

10.d5!?

Plus logique est 10.Fxf6! pour affaiblir le pion e4.

 

10...xd5

Dans une simultanée jouée le 1 février 1940 contre le même adversaire, la partie se poursuivit de manière chaotique avec 10...xd5 11.xe4 c6 12.h6 e7 13.d2 0–0–0 14.0–0–0 db4 15.xe7 xe7 16.hxg7 xg7 17.g5? (17.g5) 17...f5! 18.a3 xc2 19.f4? 6d4 20.d3 de8 21.e3 xd3 22.xd3 xe3 23.fxe3 b3+ 24.c2 h6 25.xb3 hxg5 26.a4? et ici 26...f7+! (au lieu de 26...xe3) 27.c4 d5 28.xh8 dxc4+ permettait de mettre un terme à la partie en gagnant encore une pièce. Alekhine offrit une résistance héroïque et annula au 64ème coup ! Une performance extraordinaire alors qu’il affrontait 40 joueurs. (+28 =9 -3)(Source Revue Suisse d’Echecs octobre 1940)

 

11.e3?!

Décisif 11.xf6! xc4 12.xc4 xf6 (12...xc4 13.h4!) 13.d5 d8 14.g4+–

 

11...e6 12.d2 a6?!

Logique 12...c6 13.xf6 gxf6 14.xe4 d5 et les noirs ont le centre et la paire de fous et peuvent terminer le développement avec 15…Cd7 suivi de 16…0–0–0.

 

13.xf6 gxf6 14.xe4 c6

Si 14...d5? 15.xd5! xd5 16.xd5!+–

 

15.c3

15...e7?!

Meilleur 15...0–0–0 car le pion était indirectement défendu après l’arrivée du fou sur g7.

 

16.g5 fxg5? 17.xh8+ f8 18.d3 0–0–0 19.xh7 f6 20.f5 d4 21.xe6+ xe6 22.0–0–0 e5 23.h6 e7 24.xd4 1–0

Il faut mentionner que cette partie a été jouée lors d’une simultanée au casino d’Estoril. Alekhine affronta à l’aveugle huit adversaires ! C’était le joueur Joao Moura (champion du Portugal en 1940) qui transmettait oralement les coups au champion du monde. Après 3 heures et demie de jeu, il avait remporté huit victoires et fut acclamé par un public enthousiaste et très impressionné.

Puis Alekhine, toujours accompagné de son épouse, rentre à Paris. « Il sert immédiatement, comme lieutenant interprète dans les services de renseignements de l’armée. » (Source 75 parties d’Alekhine J. Le Monnier Payot 1973)

C’est à peu près tout ce que l’on sait de son engagement au sein de l’armée française dans la campagne de France qui dura du 10 mai au 25 juin 1940.

Kotov ajouta toutefois « au service du Général de Gaulle… ».

En mai 1940, De Gaulle est placé à la tête d'une division blindée et mène plusieurs contre-attaques pendant la bataille de France et la présence d’Alekhine à ses côtés est pour le moins improbable.

Capablanca en 1941

Bronzé par un séjour de six mois à La Havane et apparaissant dans une forme physique comme rarement on ne l’avait vu auparavant, Capablanca débarqua du bateau à vapeur « Oriente » le 2 août 1940 à New York.

En France la guerre avait pris fin avec la débâcle de l’armée française en juin 1940. Le maréchal Pétain, héros de la guerre de 14-18, se présenta en sauveur pour négocier un armistice :

« J’ai fait don de ma personne à la France pour atténuer son malheur. » Il fut signé le 22 juin 1940 avec pour conséquence une France coupée en deux, une zone libre au Sud et une zone Nord occupée par l’armée allemande.

La ligne de démarcation 1940

La question du match revanche fut à nouveau à l’ordre du jour sitôt après la démobilisation du champion du monde. Capablanca n’avait alors aucune idée de l’endroit exact où se trouvait Alekhine mais il exprima conserver la volonté de l’affronter dans le match revanche tant attendu. (Source : American Chess Bulletin July August 1940)

José Raúl Capablanca

Peu d’informations étaient parvenues aux oreilles du champion cubain sur la situation dans laquelle se trouvait vraiment Alekhine depuis août 1940. Il devait avoir eu connaissance d’un télégramme envoyé par Alekhine le 15 juillet qu’il ne prit pas au sérieux. Naturalisé français depuis 1927, Alekhine était toutefois en grand danger car son passé de Russe blanc pouvait le rattraper à tous moments. (Une clause secrète du pacte germano-soviétique engageait la Gestapo à livrer au NKVD les réfugiés russes présents sur le territoire allemand et réclamés par l'URSS, en échange de quoi l'URSS livrait à l'Allemagne de nombreux réfugiés antifascistes allemands et autrichiens réfugiés en Union soviétique.)

Alekhine et Botvinnik, AVRO 1938

Les rapports entre Alekhine et l’Union Soviétique étaient pour le moins ambigus. Botvinnik, lors du tournoi de l’AVRO en 1938, l’avait approché, avec l’aval des plus hautes sphères (Molotov), pour organiser un match qui devait se jouer à Londres et Moscou. Alekhine portait à ce moment-là un jugement très flatteur sur le jeune champion soviétique :

« La prestation exceptionnelle de Botvinnik à Nottingham 1936 confirme que c’est lui le plus probable candidat au titre mondial. »

Alekhine affirmait alors : « Je suis, plus que tout autre chose, un lutteur, avec un grand esprit de combativité et une inaltérable confiance en moi. Je ne peux concevoir que rien ne restera de moi après ma mort. » (The Human Side of Chess F. Reinfeld New York 1952)

Nicolaï Skobline

Avait-il vraiment l’intention de jouer en URSS ? Selon le journaliste M. Leoncini, « Un officier du NKVD, Stepan Mamulov, était prêt à l’arrêter s’il mettait un pied sur le sol de l’Union Soviétique. » (Scaccopoli Mario Leoncini Ed. Phasar 2008).

Avait-il été, comme plusieurs personnalités russes qui avaient fui le bolchévisme, recruté à Paris pour travailler au service du NKVD ? L’exemple le plus frappant est celui du général Blanc Nicolaï Skobline, l’un des plus remarquables agents doubles de l’espionnage soviétique.

Des hommes de l’ombre, Dimitri Bystroletov et le plus charismatique Mikhaïl Koltsvov, ami d’Aragon et d’Elsa Triolet, auraient pu le rencontrer et le convaincre car ils disposaient de moyen de pression, son frère Alexeï (1888-1939) et sa sœur Varvara (1889-1944) vivaient toujours en URSS.

Dès 1938 le chef du NKVD n’était autre que Lavrenti Beria, exécuteur des basses œuvres de Staline. En 1945 à la conférence de Yalta, Roosevelt demanda « Qui est donc ce Beria? C’est notre Himmler! » fut l’incroyable réponse apportée par Staline.

L’homme de main de Beria responsable des échecs à cette époque, se nommait Boris Veinstein. (Il seconda David Bronstein dans son match contre Botvinnik en 51 et fut l’un des auteurs du livre du tournoi des candidats de 1953). Un homme que Botvinnik n’aimait pas mais en décembre 1943 Botvinnik rencontra Weinstein avec pour objectif l’organisation d’un match avec Alekhine. Selon plusieurs témoignages (Flohr notamment) Alekhine avait le mal du pays, mais aussi le souci de protéger ses proches, il a peut-être eu l’occasion de collaborer avec le NKVD, mais ce n’est qu’une hypothèse, car l’assassinat en 1939 de son frère Alexeï par les Soviétiques a certainement compromis la poursuite de son éventuel engagement. Pourtant ce dernier avait depuis longtemps fait allégeance au système, demeuré en Union Soviétique, il avait renié publiquement l’attitude du champion du monde considéré comme un traître et ennemi du peuple. Il faut préciser que l’URSS vivait l’époque dite de la « Grande Terreur », la phase répressive la plus violente s’est située entre 1936-38 avec plusieurs millions de victimes et des centaines de milliers d’exécutions dont l’organisateur des tournois de Moscou 1935 et 1936 Nikolaï Krylenko (1885-1938). Ceci affaiblira considérablement la puissante Armée rouge en 1941, privées de ses meilleurs officiers fusillés ou envoyés au goulag par dizaines de milliers.

Alekhine, hostile à l’égard de l’Allemagne lors du tournoi des Nations, avait pris une position claire et nette en faveur des alliés mais ceci n’avait fait que de compliquer les choses face à une Allemagne victorieuse après une guerre éclair. Toutefois son prestige n’avait pas été totalement effacé par l’image positive que le régime nazi conservait de son match disputé en 1934 contre Bogoljubov (1889-1952) et de sa participation comme entraîneur en 1936 de l’équipe allemande avant la contre-olympiade de Munich.

Alekhine et Bogoljubov en 1934

Pendant son service au sein de l’armée française, Alekhine, dont Gaston Legrain dans sa chronique de « L’Action Française » du 29 avril 1940 confirmait qu’il était officier interprète (Document fourni par Dominique Thimognier), avait projeté de mettre sur pied une simultanée monstrueuse qui devait réunir 60 équipes de 5 joueurs à Londres, comme celle jouée en 1932 à l’hôtel Claridge à Paris. Ceci à des fins de propagande et de bienfaisance.

Extrait : « L’Action Française » du 29 avril 1940 par Gaston Legrain

Alekhine était en contact avec Sir Rufus Henri Sreatfeild Stevenson, qui avait épousé Vera Menchik (1906-1944) en 1937. Il lui fit parvenir une lettre manuscrite, en réponse à son courrier du 13 mars lui disant qu’il serait disponible à partir du 15 mai 1940 et qu’il n’aurait pas de problèmes pour obtenir une permission pour se rendre quelques jours à Londres.  Il précisait : « Espérons que cette affaire de guerre se terminera le plus tôt possible. »

Lettre d’Alekhine à Sir Rufus Henri Sreatfeild Stevenson. Document fourni par Denis Teyssou qui précise qu’il s’agit d’un brouillon sans pouvoir affirmer que la lettre originale parvint à son destinataire.

Le 10 mai 1940 lorsque la Wehrmacht envahissait la France, mettant fin à la drôle de guerre, Alekhine jouait aux échecs contre Ossip Bernstein (1882-1962) à Paris. Une partie en consultation qui fut publiée dans la revue Suisse d’échecs et qui nous est parvenue par des voies indirectes, précisait P. Leepin (1920-1995).

Bernstein/Zabludov - Alekhine/Budovsky
Paris, en consultation Paris, 1940
Défense Est-Indienne
[A49]

 

1.d4 f6 2.f3 b6 3.g3 b7 4.g2 g6 5.0–0 c5 6.c3 cxd4

Ne semble guère la bonne réponse. Mieux 6...g7 7.d5 b5? recommandait la RSE mais c’est sans tenir compte de 8.d6! suivi de 9.Cxb5.

 

7.xd4 g7 8.e4 d6?!

Plus logique était 8...c6 9.a4 g4!? += pour contenir le centre et empêcher le coup suivant.

 

9.e5! fd7

10.c4?!

Le tactique 10.h6! était très fort après 10...xh6 (10...dxe5 11.h4) 11.exd6 1–0. 11...0–0 (11...g8 12.dxe7 c8 13.b5+–) 12.h4 etc.

 

10...0–0?!

Intéressant était 10...xf3!? 11.xf3 xe5 12.b5+ bd7 13.xa8 xa8 14.d5 mais la compensation d’un pion n’est probablement pas suffisante pour la qualité.

 

11.exd6

Prometteur 11.h4! et si 11...xe5? 12.g5!

 

11...exd6 12.d1 c8 13.h4

Les noirs n’ont pas de compensation pour le pion faible d6 et vont se lancer dans des complications tactiques quelque peu hasardeuses mais où l’on reconnaît la patte d’Alekhine.

 

13...e5 14.d5 xd5 15.xd5 bd7 16.xd6 c5 17.g5! h5 18.e4 xc2

19.f4?!

Affaiblit la position du roi blanc, l’énergique 19.e3! xb2 20.ad1! posait des problèmes difficiles qui incitait à entrer dans la variante peu claire 20...xa2 (20...c5 21.f6+!; 20...ad8 21.d4!) 21.xd7 xd7 22.xd7 a1+ 23.f1 avec une égalité matérielle approximative dans une position déséquilibrée. Les blancs conservaient des chances d’attaque sur le roque, alors que l’avance des pions passés noirs sur l’aile dame est difficilement réalisable.

 

19...d3 20.e3 e2 21.f2 e1! 22.xa8 xa8

« Joué avec un sens aigu de la position, le fou blanc vaut bien une tour! » commentait Leepin dans la RSE.

 

23.e7! f8! 24.e4!

Si 24.xd7 xd6 25.xd6 xe3 et le roi blanc est plus exposé que son collègue.

 

24...d8?

L’erreur décisive. Rien n’était clair après 24...xd6! 25.xa8+ f8 26.d1!! et les noirs doivent se contenter du perpétuel. 26...f3+ (26...xe3 27.e4!; 26...f6 27.d8!) 27.g2 e1+ 28.g1= (28.h3?? f1+ 29.h4 f3+ 30.xf3 e7#)

 

25.dd1 c2 26.d2 xe3 27.xc2 c5?

Un peu mieux 27...xe4 28.xe4 c5 mais il n’y a pas de compensation pour la perte de la qualité.

 

28.xe3 xe3 29.d1 Avec un clouage mortel. 29...f8 30.g2 c5 31.e4 e7 32.e2 1–0

Journal officiel. Document fourni par Dominique Thimognier

Quel fut exactement le rôle et l’engagement d’Alekhine dans l’armée française, c’est une question dont la réponse reste de nos jours très difficile à apporter (était astreint au service militaire les hommes jusqu’à 48 ans et Alekhine était né en 1892).

Alekhine

Il s’était présenté aux organisateurs argentins comme lieutenant des services de renseignements. Un extrait du Journal Officiel de 1931 montre qu’il fut admis à l’oral pour être interprète dans l’armée de réserve. C’était une manière de se mettre en règle avec ses obligations militaires. Il est donc probable qu’il a été intégré dans les cadres de « réserve » bien avant la seconde guerre mondiale.

Voici le témoignage de Jacques Le Monnier : « Alekhine sert immédiatement, comme lieutenant interprète dans les services de renseignements de l’armée. Il est à Arcachon lors de la débâcle de juin, passe en zone libre, est démobilisé à Marseille, revient à Paris. Dès son retour dans la capitale, il projette de rencontrer Capablanca comme nous l’apprend le Deutsche Schachzeitung de février 1941. »

 

Bordeaux 1940, arrivée des réfugiés.

Depuis le 11 juin 1940, Bordeaux et sa région sont envahis par des centaines de milliers de réfugiés, alors que le gouvernement et quelques deux cents parlementaires s’y sont également repliés. Alekhine se retrouve dans une situation chaotique lorsque le 25 juin les Allemands occupent Arcachon et le 28 ils entrent dans Bordeaux. Parmi eux de nombreux civils dont son illustre coéquipier Marcel Duchamp (1887-1968) mais apparemment ils ne se sont pas rencontrés. Une grande confusion règne avec l’introduction d’une ligne de démarcation entre la zone libre et la zone occupée qui ne sera vraiment connue par le régime de Vichy que fin 1941. Durant cette période, l’occupant allemand en modifiait régulièrement le tracé à l’échelon local. Le champion du monde réussit toutefois à s’enfuir pour rejoindre la zone Sud et le port de Marseille.

Réfugiés devant le consulat américain de Marseille.

Le 15 juillet il envoya un télégramme à La Havane, via le consulat cubain, pour tenter de réactualiser les négociations de son match avec Capablanca. Une démarche qui fut accueillie par une rebuffade de la part de Capablanca. Dans la revue « Chess » d’août 1940, le champion cubain déclara qu’Alekhine n’était pas sérieux au sujet du match mais qu’il avait simplement utilisé ce stratagème pour obtenir un visa de sortie pour quitter la France.

Il ne restait plus à Alekhine qu’à retourner en zone Nord pour retrouver son épouse, Grace Wishaar Alekhine (1876-1956).

Visa pour Grace Alekhine

Sa nationalité américaine (Selon Denis Teyssou elle voyagea avec un passeport anglais lors du périple d’Alekhine en Amérique du Sud en 1939), devait, pensait-il, lui faciliter les choses car les Etats-Unis étaient encore un pays neutre (ceci jusqu’à l’attaque de Pearl Harbour en décembre 1941). Alekhine projetait, grâce à son aide, de pouvoir se rendre le plus rapidement possible en Amérique. Il ne rencontra pas de problème et put renouveler son passeport à Paris le 1er octobre 1940 et, selon Denis Teyssou qui a enquêté sur le sujet, il n’a pas été inquiété par les procédures de révision de la nationalité française lancées par le gouvernement de Vichy.

« Deutsche Schachzeitung » de février 1941

Voici ce qu’on pouvait lire dans le « Deutsche Schachzeitung » de février 1941 : « Une autorisation d’émigrer pour Alekhine ! Le champion du monde, qui vit maintenant à Paris, conserve encore l’espoir de disputer un match avec Capablanca. Il voulait rejoindre Lisbonne début janvier pour se rendre à Buenos Aires via le Brésil mais à la frontière espagnole à Irun au pays basque, il a été refoulé du côté français à Enday, parce que son visa portugais avait expiré. »

Frontière fermée à Hendaye

Le 23 octobre 1940 Hitler et Franco s’étaient rencontrés à Hendaye et ce dernier refusa de répondre aux attentes du Führer et de s’allier au côté de l’Allemagne pour adopter une politique de neutralité. Ses origines lointaines marranes ou supposées sont peut-être une explication car les juifs ne furent pas ou peu persécutés en Espagne durant la guerre et Ossip Bernstein par exemple y trouva refuge.

Hitler et Franco à Hendaye

Son ami Francisco Lupi confirma après avoir reçu une lettre d’Espagne : « Alekhine m’a demandé de lui obtenir une autorisation pour revenir au Portugal probablement avec l’intention d’embarquer pour l’Amérique. »

C’était une période sombre de la vie d’Alekhine, l’une des plus difficiles après celle où il réussit à survivre pendant la Révolution russe et la guerre civile. Il s’est alors compromis, la pression devait être très forte car il pouvait difficilement se soustraire aux exigences de l’occupant si ce n’est en prenant de très gros risques. La déportation dans un camp de travail et bien souvent la mort était un sort usuel destiné aux opposants. Alekhine s’est plié au desiderata des nazis, avant tout pour obtenir des privilèges et la possibilité de voyager. (C’est l’opinion de l’historien Ken Whyld). Son image de champion du monde fut alors utilisée au service de l’idéologie raciste du 3ème Reich et sa collaboration à la propagande nazie est aujourd’hui un fait avéré.

Article du « Pariser Zeitung » du 18 mars 1941

Dans le « Pariser Zeitung » du 18 mars 1941 paraissait le premier volet d’une série de textes signés par Alekhine « Echecs aryens et juifs » à l’origine du scandale et qui seront repris dès avril dans le « Deutsche Schachzeitung » :

« On ose espérer qu’après la mort de Lasker (il venait de décéder le 11 janvier 1941 à New York), le deuxième et probablement dernier champion du monde juif, les échecs aryens, égarés par la pensée défensive juive, trouveront leur place dans le monde des échecs. Il est de mon devoir de ne pas être trop optimiste, car Lasker a créé une école et laisse des disciples qui peuvent être très nuisibles aux idées du monde des échecs. »

Ce genre de propos nauséabonds (alors que la défense qui porte son nom, Alekhine, est essentiellement une arme de contre-attaque !?) s’étalaient sur plusieurs pages dans cinq autres articles du même acabit où « Le concept aryen de l’attaque » était opposé à celui du « Judaïsme et le concept de défense » dont, à la mort de son épouse en 1956, des notes manuscrites furent retrouvées dans ses carnets, qui prouvent qu’Alekhine en était l’auteur malgré ses dénégations. Il affirma à plusieurs reprises que « pas une ligne était de sa main » et ajouta « si l’accusation de collaboration est basée sur mon séjour forcé en Allemagne, je n’ai rien à ajouter, ma conscience est tranquille. »

Pourtant dans un article du journal espagnol « El Alcazar » du 3 septembre 1941, juste avant de partir pour l’Allemagne, Alekhine affirmait : « J’ai été le premier à traiter les échecs d’un point de vue racial. » (Source - Was Alekhine a Nazi - E Winter www.chesshistory.com)

Le château de Saint Aubin le Cauf

Jacques Le Monnier s’est fait le défenseur d’Alekhine avec un texte qui révèle un anachronisme évident : « Alekhine arrive à Lisbonne dans les premiers jours d’avril 1941 et essaie d’obtenir un visa.» Mais écrit Lupi « Sa femme avait insisté pour rester à Paris afin de protéger ce qui restait de leur château de Saint Aubin le Cauf, près de Dieppe qui, ainsi qu’il le supposait avait été pillé scientifiquement par les Allemands. Elle était américaine et aurait pu avoir une certaine liberté de mouvement, mais l’intention d’Alekhine était, aussitôt qu’il aurait pu d’arranger un match en Amérique, de la faire venir près de lui et de retenir deux passages pour Rio de Janeiro ou New York. »

Alekhine et son épouse en 1937

« C’est à peu près au même moment, selon Jacques du Mont que le Dr. Alekhine apprend que sa femme est aux mains des Allemands. (Certaines sources affirment qu’elle était juive mais je n’ai trouvé aucun document qui l’atteste; elle s’est mariée à deux reprises avec pour religion mentionnée le protestantisme selon D. Teyssou). Il essaie d’obtenir l’autorisation de la rejoindre. Les autorités allemandes, conscientes de la valeur de propagande que représente le champion du monde, accorde cette autorisation sous réserve qu’il écrive deux articles sur les échecs dans le journal allemand « Pariser Zeitung ». De ce fait, il put revenir en France et les deux articles parurent sous son nom dans la presse contrôlée par les Allemands. » (Source 75 parties d’Alekhine J. Le Monnier Payot 1973)

Ceci est en totale contradiction avec ce que l’on peut lire dans le « Deutsche Schachzeitung » de février 1941. Les Allemands étaient au courant de ses intentions et l’hypothèse la plus vraisemblable est, au contraire, qu’il a été obligé d’écrire ces articles pour quitter la France avec l’intention de se rendre en Amérique pour jouer contre Capablanca mais avec le consentement des nazis.

Ce point de vue est aussi celui de Zhivko Kaikamjozov : « Il se rendit auprès des autorités d’occupation allemande pour obtenir la permission de se rendre au Portugal. Cette permission lui a été accordée mais à une condition, il devait écrire des articles d’échecs pour le « Pariser Zeitung » après quoi il était libre de partir. » (The Genius and the Misery of Chess Z. Kaikamjozov Mongoose Press 2008)

Marcel Duchamp et Man Ray 1950

A ce moment-là, son épouse américaine était en relative sécurité comme tous les citoyens disposant d’un passeport américain. Le célèbre photographe Man Ray (1890-1976) d’origine juive, né en Russie, partenaire occasionnel aux échecs de Marcel Duchamp, avait vécu une expérience similaire. Il avait rejoint les Sables-d’Olonne, après le bombardement du 3 juin 1940 sur Paris qui avait fait plus de 250 morts et 650 blessés, ceci dans une débâcle indescriptible mettant plus de deux jours par des routes embouteillées, pour arriver à bon port à bord de sa Peugeot 402. Il souhaitait rejoindre Duchamp et partir pour l’Espagne. Entre-temps, les autorités allemandes rendaient tout déplacement presque impossible et ces dernières conseillèrent à Man Ray de regagner tranquillement Paris.

L’exode en juin 1940

La question se posa alors, comment quitter la France ? « Man Ray passa à l’ambassade américaine. Place de la Concorde, on descellait les statues de bronze pour les envoyer en Allemagne, où elles seraient transformées en matériel de guerre. On lui dit qu’il pouvait prendre un train pour l’Espagne, de là rejoindre le Portugal et embarquer pour les Etats-Unis. Lisbonne était un des rares ports neutres d’Europe. Le lendemain matin il se trouvait à Biarritz. Ayant réussi à traverser la frontière espagnole, il monta à Irun dans un train pour Lisbonne où il arriva le 25 juillet 1940. Il trouva la ville envahie de réfugiés qui eux aussi voulaient gagner l’Amérique. » (Source Man Ray - Serge Sanchez - Folio 2014)

Lisbonne

Il fallait alors être en mesure de pouvoir remplir les nombreuses formalités nécessaires au départ, se faire enregistrer à l’ambassade américaine, câbler à une banque new-yorkaise pour obtenir de l’argent, trouver un billet de passage et ceci pouvait prendre plusieurs semaines car les navires étaient littéralement pris d’assaut.

Ci-dessous l’une des premières parties d’Alekhine lors de son retour au Portugal, jouée en consultation contre sept forts joueurs portugais. « J’ai fait une expérience malsaine dans l’ouverture et je fus presque puni pour cela. » Alekhine

A. Masoni da Costa, F. Lupi,  J. de Moura,  A. Neves, C. de Araujo Pires, A. Maria Pires et H. Reis – Alexander Alekhine
Lisbonne, 05.04.1941
Défense Caro-Kann
[D41]

 

1.e4 c6 2.d4 d5 3.exd5 cxd5 4.c4 f6 5.c3 e6 6.f3 e7 7.d3 0–0

7...dxc4 qui fait perdre un tempo pour le fou est logique.

 

8.0–0 b6?!

A nouveau 8...dxc4 9.xc4 c6 était préférable.

 

9.cxd5 xd5 10.xd5 xd5 11.e1 f5!?

« Le seul coup car après 11...b7 les noirs perdaient après 12.e4 d7 13.e5 c8 14.xh7+ xh7 15.h5+ g8 16.e3 etc. » Alekhine Si 16...f6 17.g4 e8 18.h6+ h7 19.f7+ g8 20.h3 f5 21.g6 les blancs conservent une terrible attaque.

 

12.f4 c6 13.c1 xd4 14.xd4 xd4 15.f3 d7 16.e5 g4 17.b7 fd8 18.c7

Les blancs ont obtenu un avantage décisif.

 

18...b4?

Pointé par ! « Le coup le plus difficile de la partie. » Alekhine

 

19.c3 d6 20.c4

Plus précis 20.Fb5!+–

 

20...h8?

Cette fois ce coup est gratifié de !! « Ceci sauve définitivement la partie car 21.Fxe6 n’est pas possible à cause de 21…Tb8. » Alekhine

 

21.e5?!

Après 21.xe6! ab8? 22.xb8! xb8 23.xd7 c5 24.e5+–

21...d2 22.c3?!

Dans une position peu claire les blancs se contentèrent de répéter la position.

 

22...d6 23.e5 d2 et la nulle fut conclue. ½–½

Port de Lisbonne le 25.09.1940, départ.

Alekhine, quant à lui, est arrivé à Lisbonne début avril 1941 et en date du 8 il s’est rendu à l’ambassade cubaine pour qu’elle informe La Havane qu’il était disposé à jouer contre Capablanca n’importe où dans le monde. Il lui demandait en tant que challenger d’assumer toute l’organisation. Il souhaitait une réponse rapide car deux jeunes prétendants l’avaient défié (Probablement Keres et Botvinnik tous deux soviétiques, Keres depuis 1939 suite à l’invasion de l’Estonie par l’URSS. GB). Ce n’était plus le même homme, il était peu sûr de lui, anxieux et fébrile.

Francisco Lupi

Francisco Lupi témoigna : « Lors de son deuxième séjour au Portugal, j’ai immédiatement remarqué qu’il avait recommencé à fumer. Un après-midi, alors que nous passions devant un café, il me dit sans me regarder dans les yeux – Il faut que j’achète des cigarettes, je n’en ai plus.- Et il me dit de l’attendre alors qu’il entrait dans le café pour les acheter. J’attendis, mais il prit beaucoup de temps. Je décidais d’aller voir ce qui le retenait et je vis qu’il avait acheté une bouteille de Porto et la vidait verre après verre. » (Source: A. Alekhine Agony of a Chess Genius P. Moran McFarland 1989)

Un autre témoignage de Manuel De Agustin (1916-2001), qui a rédigé une grande partie du dernier livre d’Alekhine « Legado » publié en Espagne, révéla dans un entretien avec Denis Teyssou que le Champion du monde avait très peur que les Soviétiques ne réclamassent son retour en Russie.

Voici une partie jouée à l’aveugle qui rappelle la célèbre combinaison de la partie Levitzky-Marshall, jouée une trentaine d’années auparavant.

 

Alekhine,Alexander - Supico
Lisbonne (à l'aveugle), 06.1941
Gambit du Nord
[C21]

 

1.e4 e5 2.d4 exd4 3.c3 dxc3 4.xc3 b4 5.c4 e7 6.ge2 f6

Si 6...xe4 7.b3 xc3+ 8.bxc3 e7 9.0–0 c6 10.a3 et, au vu du retard de développement, les noirs ont des problèmes difficiles.

 

7.0–0 0–0 8.g5 e5? 9.xf6 xf6 10.d5 d6 11.e5! c5 12.c1 a5 13.a3! xa3 14.bxa3 c6? 15.e7+ h8 16.d6! d8 17.d4 b6 18.c3! c5 19.df5 a6

20.g6!! 1–0

Puis ses craintes se sont dissipées après l’opération Barbarossa lorsque le 22 juin 1941 les 4.000.000 de soldats allemands et des forces de l’axe partaient à l’assaut de l’Union Soviétique. Après avoir passé un semestre au Portugal, Alekhine s’envolait début septembre, depuis Madrid, pour l’Allemagne sans passer par la France ! Par défaut ou par dépit, Alekhine avait choisi son camp, il était invité à participer au 2ème tournoi international de la nouvelle Europe.

Alekhine Münich 1941. Tout à droite le jeune Wolfgang Unzicker

A son crédit, il faut remarquer qu’à l’époque avoir une bonne visibilité de la situation n’était pas chose facile, ce n’était pas encore aussi tranché que collaboration ou résistance mais plutôt gris clair ou gris foncé :

« Au lendemain de la déroute militaire, deux politiques extérieures étaient à nouveau concevables. La politique Reynaud de repli sur l’Angleterre, avec l’espoir que celle-ci, avec ou sans l’aide des Etats-Unis, parviendrait - non pas certes à reconquérir l’Europe continentale - mais à obtenir, sur le plan naval et aérien, une paix négociée. L’autre politique, celle du Maréchal Pétain, impliquant – par un dosage de collaboration avec les puissances latines et l’Allemagne elle-même – l’établissement d’un nouvel ordre continental. »

L’appel du 18 juin depuis Londres du Général de Gaulle, sous-secrétaire d’Etat à la Défense nationale dans le Cabinet Paul Reynaud et qui, appelait à la résistance (rébellion selon Pétain) n’avait presque pas été entendu et de Gaulle était perçu par la presse française comme :

« Les Conjurés de Londres, le général de Gaulle, depuis destitué et condamné à mort pour trahison, et les fuyards qui l’entouraient. » (Source: Toute la vérité sur un mois dramatique de notre histoire - Jean Montigny - Ed. Mont-Louis 1940)

Alekhine avait souscrit à l’idéologie nazie par pur opportunisme, il ne pouvait imaginer l’ampleur des massacres qu’elle engendrerait via la solution finale. Jouer aux échecs et conserver le titre mondial étaient les seules choses qui comptaient pour lui. Toutefois une arrière-pensée devait le tarauder, alors que la victoire de l’Allemagne semblait une hypothèse qu’on ne pouvait écarter, il espérait peut-être par ce biais récupérer l’important patrimoine familial accumulé sous la Russie tsariste…

Décembre 1941 Alekhine en simultanée à Paris

Je tiens à remercier Gérard Demuydt pour son aide régulière dans la mise en ligne de mes articles, Denis Teyssou et Dominique Thimognier qui m’ont procuré des documents importants et le Musée du Jeu de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld. www.museedujeu.ch

Georges Bertola

Addendum de Denis Teyssou
« Effectivement, Christophe Bouton et moi-même avons six manuscrits d'Alekhine de la période 39-44. C'est publié sur le blog http://alekhine-nb.blogspot.fr Ces six manuscrits, offerts à ses hôtes espagnols en 1944 pour lui avoir permis de quitter l'Allemagne (et de fuir l'avancée soviétique), sont ceux que Alekhine a emportés avec lui à l'automne 1943 en Espagne. Ce ne sont pas la vingtaine de manuscrits dont parle Jacques Le Monnier dans Europe-Echecs en 1986 et qu'a également vus Brian Reilly.

Je continue à considérer que Grace Alekhine était devenue britannique. Dans le recensement français elle figure comme telle. En 1939, elle a fait le voyage en Amérique Latine avec un passeport britannique. Quand son château de Saint-Aubin le Cauf a été réquisitionné par la Wehrmacht pour en faire un hôpital, elle s'est installée dans la ferme d'en face, m'a raconté récemment l'actuelle propriétaire.

J'ai aussi découvert il y a quelque mois que Alekhine n'était pas officier interprète. Il était simple soldat, interprète stagiaire de réserve pour le russe, affecté à la 3e compagnie du dépôt du Train n° 19 de Paris à partir du 29/02/1940 et démobilisé à Clermont-Ferrand le 12/07/1940. J'ai récupéré son dossier militaire aux archives du département de la Seine qui sont aux archives de Paris.»


Publié le 10/06/2015 - 07:00 , Mis à jour le 10/06/2015 - 08:30
Les réactions (4)
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jhenri - 08/06/2015 09:59
Gilles m'écrit après la lecture de ton article:
Une controverse de plus qui assombrit un esprit brillant : cette époque terrible recèle bien des déceptions (je repense à Majorana)...
les fameux manuscrits, s'ils existent, parleront à partir du 1er janvier 2017, car cette controverse est bien relancée avec pareil article.

le coup décisif 20.Dg6 !! de la dernière partie (à l'aveugle !) est bluffant : coordination spectaculaire des pièces blanches

gbchess - 08/06/2015 08:47
Merci Henri !
Si des lecteurs disposent de matériel, photos ou coupures de presse de cette époque, qui permettraient d'avoir une vision plus précise du périple d'Alekhine, veuillez me contacter via E-E. Merci d'avance.