Amoureux et Gendre (1/11)
Et il n'était pas le seul, M. Montrichard, à aller pousser du bois tous les soirs à La Régence, place du Palais Royal, à Paris.

11 épisodes - de l'humour, du suspense, des affaires de cœur... et des parties d'échecs ! "Amoureux & Gendre", de Marie Aycard, votre nouvelle de Noël !

C'est la trêve des confiseurs. On joue encore et toujours, ici ou là, comme la Rilton Cup à Stockholm ou le traditionnel Hastings du Nouvel An. Et si on ne joue pas de tournoi, on peut toujours blitzer sur echecs.com, 24 heures sur 24 !
On peut aussi se ruer sur le Web pour y faire, justement... ce que l'on n'a pas eu le temps de faire dans le rush de ces jours qui ont défilé à la vitesse grand V ! C'est la variante détente, pause, relaxation... Entre Noël et Nouvel An, c'est la tradition, c'est presque sacré !
On peut aussi rêvasser sur son canapé... ou déguster un bon roman ou le Philidor d'Olibris, cet excellent traité dédié à l'invincible joueur français du 18e siècle.
Ce génie musical est au cœur de cette délicieuse nouvelle échiquéenne, sélectionnée pour votre plaisir, par echecs.com. 11 épisodes courts, pour vous distraire : un chaque jour du 23 décembre au 2 janvier. En vous souhaitant, cher habitué ou visiteur occasionnel, abonné ou futur abonné, nos Meilleurs Voeux pour 2007 !

Amoureux et Gendre (1/11)

Cette nouvelle avait été publiée par "Le Palamède" - Paris, 1836 - 2e série, Tome 6 (pages 323 à 331). Son action se situe près de dix ans plus tard, en 1845 !
Que sait-on de son auteure ? Un rapide coup d'œil sur le Web, merci Google !, nous précise que Marie Aycard (1794-1859), qui écrivait "surtout des nouvelles, est restée dans l'ombre des Sue, Balzac ou encore Dumas, les grands écrivains français de son époque. Toutefois, "La Lettre de grâce" et plus encore sa nouvelle "Les Deux voleurs" préfigurent le récit policier".

Episode 1 - un paisible rentier joueur d'échecs

Le 15 juillet 1845, à huit heures du matin, la cour d'une assez belle maison de la rue Louis-le-Grand était encombrée par des meubles épars dans tout le désordre pittoresque qui accompagne un déménagement. Tandis que les porteurs les montaient au troisième étage, un jeune homme fort bien mis, et d'une figure agréable quoiqu'elle eût une expression de malice assez prononcée, causait avec le portier :

  Vous dites donc, Gervais... Gervais est votre nom, n'est-il pas vrai ?

  Oui, monsieur.

  Vous dites donc que j'ai un voisin.

  Oui, monsieur, sur votre palier.

  Et quel homme est-ce ?... Pardon, il faut que je parle à ces braves gens.
Et s'avançant vers les porteurs, il leur dit :

  Prenez garde, montez ce piano avec soin... Et vous, ajouta-t-il en s'adressant à un Auvergnat qui s'était emparé de trois étuis de violon... vous devriez ne monter que deux étuis à la fois... n'allez pas laisser tomber mon Stradivarius.
Il revint ensuite vers la loge du portier :

  Vous allez me dire quel est mon voisin.

  Monsieur, un honnête homme, sa femme est une honnête femme, et la fille est...

  Une honnête fille, dit le jeune homme en achevant la phrase du portier.

  Ce n'est pas ça, monsieur.

  Comment, elle n'est pas honnête ?

  Oh ! oui, monsieur ; mais j'allais dire que c'est une bien jolie personne.

  Et vous nommez mes voisins ?

  La famille Montrichard, monsieur ; des rentiers, des gens paisibles. M. Montrichard joue aux échecs.

  Ah ! il joue aux échecs ? et moi aussi, dit le jeune homme.

  Il va tous les soirs au Café de la Régence, dit le portier ; c'est le plus fort joueur de la rue Louis-le-Grand.

A suivre...


Publié le 23/12/2006 - 09:00