Amoureux et Gendre (11/11)
Et la belle Clara soupira : Ces deux-là, maintenant, ils en oublieraient - presque - que je suis là !?

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Epilogue - Echec et mat, cher beau père !

M. de Lacroix, quoique musicien, battit M. Montrichard avec une extrême facilité ; il lui prenait un à un ses Pions, ses Fous, ses Cavaliers, il attendait en se jouant à la liberté de sa Reine, et il ne lui fallut que quelques minutes pour réduire son Roi à l'impossibilité de faire un pas.
L'épreuve, plusieurs fois recommencée, eut toujours le même résultat.

  Vous avez pris des leçons en Bourgogne ? dit M. Montrichard.

  En Bourgogne, je n'ai pas vu un échiquier.
Mme Montrichard s'approcha de l'oreille de M. de Lacroix et lui dit doucement :

  Vous comptez donc faire de la musique la nuit ?

  Il m'est impossible d'agir autrement, ma belle-mère.

  Vous allez donc maintenant me gagner tous les jours aux échecs ? demanda d'un air piteux M. Montrichard.

  Si vous me faites l'honneur de jouer avec moi, mon beau-père.

  Mais il y a trois mois...

  Oh ! il y a trois mois, dit le jeune marié, j'étais un amoureux, aujourd'hui je suis un gendre.

Le fait que nous venons de raconter ne s'est pas passé en 1845, mais il y a une dizaine d'années, et sous le nom de de Lacroix nous avons caché celui d'un de nos plus spirituels compositeurs, qui joue aux échecs avec une supériorité bien connue, et dont l'habitude invariable est de ne travailler que la nuit : c'est la nuit seulement que la muse le visite et lui fournit ses inspirations. Au reste, la ruse innocente employée par le musicien n'a pas troublé l'harmonie des deux familles ; M. Montrichard s'est résigné à avoir un gendre plus habile joueur d'échecs que lui, il commence même à croire que Philidor était d'une certaine force, quoique musicien, et il s'est habitué aux sons harmonieux de son gendre qui, depuis dix ans, charment les nombreux habitués de l'Académie royale de musique et de l'Opéra-Comique.

Marie Aycard


Publié le 02/01/2007 - 00:00