Amoureux et Gendre (6/11)
M. de Lacroix se rongea les sangs, désolé qu'il était de ne pas avoir transposé dans une partie galante avec sa demoiselle de cœur !

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Episode 6 - La belle Clara émue par tant d'ardeur au combat

M. Montrichard conservait toujours sa mauvaise humeur, mais sa femme, à qui M. de Lacroix ne déplaisait pas, jetait à son mari des regards qui voulaient dire :

  Accepte, mon ami, accepte ; il faut amadouer ce troubadour nocturne, et peut-être le forcerons-nous à n'ouvrir son piano que dans la journée.
M. Montrichard comprit ce langage, et il pensa d'ailleurs que M. de Lacroix avait besoin d'une leçon : la partie commença.

  Ce petit musicien, se disait-il entre ses dents, va trouver son maître ; il a besoin d'une leçon, il l'aura.
Ce fut le contraire qui arriva ; M. de Lacroix, quoiqu'il connût les croches et les doubles-croches, joua avec une précision, une netteté et une profondeur telles, que les troupes de M. Montrichard furent bientôt en déroute, ses Cavaliers captifs et sa Reine compromise. Bref, il perdit la partie.

  Monsieur, dit M. de Lacroix, quand j'aurai l'honneur de jouer avec vous, je vous donnerai la Tour.
Il se leva alors, et il allait se retirer lorsque Mlle Clara Montrichard entra au salon. C'était, ainsi que l'avait dit le portier Gervais, une très jolie personne : taille parfaite, teint blanc et coloré, œil doux, le tour du visage gracieux. M. de Lacroix, qui déjà avait entrevu la jeune fille dans la cour, fut touché jusqu'au cœur en voyant cette beauté modeste, et il se sentit entraîné vers elle par un irrésistible penchant. Il comprit alors avec terreur qu'il venait peut-être de se fermer pour jamais la maison de M. Montrichard ; il avait déplu. Il venait, en effet, de répondre aux plaintes de M. Montrichard avec une légèreté qui frisait l'impertinence ; il lui avait gagné une partie d'échecs avec une brutalité très impolie ; c'étaient autant de fautes qu'il fallait réparer. Obligé par les convenances à ne pas faire une visite trop longue, il se retira et laissa le champ libre aux réflexions fâcheuses de M. Montrichard.


Publié le 28/12/2006 - 00:00