Buenos Aires 1970 Triomphe pour Bobby Fischer
Fischer vs Georghiu, Buenos Aires 1970
Du 19 juillet au 15 août 1970, Buenos Aires accueillit l’un des plus forts tournois joué en Argentine. Curieusement, le tournoi passa relativement inaperçu dans les revues européennes.

Buenos Aires 1970
Du 19 juillet au 15 août 1970, au cœur de l’hiver austral, Buenos Aires accueillit l’un des plus forts tournois, si ce n’est le plus fort, joué en Argentine. Curieusement, le tournoi passa relativement inaperçu dans les revues européennes, le British Chess Magazine par exemple n’en parle pas.

Le livre du tournoi version anglaise

Un participant de cet événement, le multiple champion de Roumanie Florin Gheorghiu (né en 1944), était de passage en Suisse pour disputer le championnat par équipes et ce fut l’occasion de se remémorer cette époque où Fischer (1943-2008) avait réussi à rendre les échecs populaires. Dans les années 70, en Argentine, les joueurs d’échecs étaient reçus comme des rois. Tout était calme si ce n’est une présence militaire nombreuse, des soldats partout armés de mitraillettes.

Fischer avait la réputation d’être une personnalité complexe, fascinante et ses brillants résultats firent de lui l’idole de ma génération. Admiré par ses pairs, il n’était pas toujours compris par les organisateurs et les journalistes, qui le trouvaient fantasque, capricieux, exigeant et qui revendiquait sans cesse des conditions optimales pour jouer. Cela pouvait sembler parfois excessif mais Fischer posait des conditions pour participer à un tournoi dans un seul but :

« Les joueurs d’échecs doivent pouvoir jouer dans un environnement approprié. » Fischer

Le tournoi débuta sans sa présence comme me le rappela Florin.

« Il n’est pas venu les deux premières rondes, il devait régler plusieurs formalités avec l’ambassade américaine venu directement de Yougoslavie. Entre-temps, sur sa demande, les organisateurs avaient dû modifier l’éclairage, changer les chaises et il a obtenu absolument tout ce qu’il voulait. Avant le début de la troisième ronde, il avait assuré les organisateurs que tout était en ordre et je devais jouer contre lui. Après avoir patienté une heure, il n’était toujours pas apparu et je suis allé trouver l’arbitre pour savoir ce qui allait se passer. L’arbitre m’a dit que, s’il ne se présentait pas pour la troisième ronde, il serait exclu du tournoi. J’ai répondu que je n’étais pas d’accord et voulait absolument jouer contre lui car si je devais gagner par forfait, je ne signerais pas la feuille de partie. J’ai précisé que j’étais disposé à jouer à n’importe quelle heure, le lendemain ou n’importe quand. Le tournoi avait été organisé pour lui et c’était une véritable folie que de l’exclure. Puis il est arrivé, fatigué, et nous avons convenu de jouer. Toutefois, après toutes ces discussions avec les organisateurs, j’étais un peu perturbé, j’ai mal joué et j’ai perdu. Mais grâce à cela Bobby avait pu réintégrer le tournoi et ce fut un triomphe car il remporta le tournoi invaincu avec 3,5 points d’avance ! Tout le monde était content à la fin; Bobby parce qu’il avait gagné le tournoi, les organisateurs parce qu’ils ont eu leur tournoi exceptionnel et moi parce que j’ai sauvé mon tournoi, je n’ai perdu que contre Bobby. Il faut préciser qu’il avait joué des parties extraordinaires. »

Frank Brady, le biographe de Fischer donne une version légèrement différente :

« Bobby avait été invité à participer à un tournoi international qui se déroulait à partir du 18 juillet à Buenos Aires. Smyslov, Reshevsky, Szabo, Bisguier, Najdorf, Panno, Gheorghiu, Mecking et une sélection très pointue des meilleurs joueurs d’Amérique latine et d’Europe devraient s’affronter. Le 16, Fischer télégraphia aux organisateurs du tournoi pour leur dire qu’il avait décidé de venir et demanda qu’on lui envoie immédiatement, comme prévu son billet d’avion. Le billet arriva le 17, un vendredi, et comme Bobby ne voyage jamais le vendredi ni le samedi, il laissa passer le week-end et arriva en Argentine le 20, quelques heures seulement avant le début de la 3ème ronde. Après quelques discussions préliminaires au sujet des éclairages et des horaires, il prit place pour commencer sa première partie contre son vainqueur de La Havane 1966, Gheorghiu. » (Bobby Fischer Frank Brady Payot 1993) 

Gheorghiu – Fischer sous le regard de Herman Pilnik.

Fischer,Robert James - Gheorghiu,Florin
Buenos Aires (3), 21.07.1970
Défense Russe
[C42]

 

1.e4 e5 2.f3 f6 3.xe5 d6 4.f3 xe4 5.d4 e7 6.d3 f6 7.h3

« Le jeu hyper défensif des noirs permet de penser qu’il va être facile pour les blancs d’obtenir un avantage conséquent. » GM Soltis

 

7...0–0 8.0–0 e8 9.c4 c6

Petrossian, l’année suivante, renforcera contre Fischer dans la finale des candidats en jouant plus souple et rampant avec 9...c6 10.c3 bd7 11.e1 f8 12.f4 a6 etc.

 

10.c3 h6 11.e1 f8

Le seul vrai problème des noirs est le développement du fou de cases blanches.

 

12.xe8 xe8 13.f4 d7 14.d2 c8

Avec l’idée d’échanger le fou avec la manœuvre 15…Ff5 suivi de 16…Fxd3.

 

15.d5! b4 16.e4!

Un coup qui a échappé aux noirs, sur 16…Cxd3 17.Cxf6 permettait de détruire l’aile roi.

 

16...xe4 17.xe4 a6 18.d4 c5 19.c2 a5

« Ce cavalier bien installé sur l’aile dame frappe dans le vide et les blancs vont attaquer le roi trop isolé. » Europe Echecs 140–141

 

20.e1 d8 21.e3 b6?

« Trop passif, les noirs devaient tenter de gagner de l’espace avec le surprenant 21...g5! 22.g3 g7 23.b3 f6 += » K. Müller

 

22.g3 h8 23.f3! e7 24.d4!

24...f6

Soltis a indiqué 24...f6? mais cela affaiblit trop l’aile roi après 25.h4 et si 25...e2? (25...e8) 26.g6+ g8 27.xh6 +– Gheorghiu espérait trouver le salut au prix d’un affaiblissement structurel en proposant l’échange des dames.

 

25.xf6 gxf6 26.d4 e8 27.e3 b8?!

« 27...xe3 28.xe3 a6 était plus tenace parce que la présence de la tour facilite la tâche des blancs. » K. Müller

 

28.b3 b5 29.cxb5 xb5 30.f5 d7 31.xh6 b4 32.g3 xh6 33.xh6 e4 34.g7+ h7 35.f3 1–0

Ceci marqua l’entrée dans le vif du sujet d’un Bobby Fischer au sommet de son art. La salle du théâtre du Général San Martin pouvait contenir 700 spectateurs et ce soir-là il fut applaudi sans réserve par une salle comble et enthousiaste.

Florin, selon toi, quel fut sa meilleure partie ? « Si je me souviens bien celle contre l’Argentin Panno était superbe. Une Sicilienne qui se transforme en Indienne en premier. Puis il sacrifia une pièce avec une attaque de mat. Formidable ! »

Lorsque je rencontrais Panno (né en 1935) en 2011 à Buenos Aires, voici ce qu’il me rapporta à propos de Bobby :

Dédicace de Oscar Panno

« C’était un personnage incroyable, unique. Un autodidacte et le plus génial des joueurs d’échecs. Je considère Kasparov comme plus complet et plus parfait. Kasparov a toutefois bénéficié dès son plus jeune âge de l’appui de l’école soviétique qui était une arme formidable. Fischer non, il était seul. Au Manhattan Chess Club à New York lorsqu’un maître voulait lui enseigner quelques variantes, il refusait. Seul un champion du monde était habilité à lui enseigner quelque chose. Il craignait qu’on lui enseigne quelque chose d’incorrect. C’était un homme hors norme. »

Buenos Aires 1970 Smyslov, Najdorf, Panno et Fischer.

Fischer,Robert James - Panno,Oscar
Buenos Aires (8), 30.07.1970

Début Est-indien [A04]

 

1.e4 c5 2.f3 e6 3.d3 c6 4.g3 g6 5.g2 g7 6.0–0 ge7 7.e1 d6 8.c3 0–0 9.d4

« Fischer jouait les ouvertures hypermodernes comme l’Est-indienne avec les noirs ou le début Est-indien avec une approche classique. Il concédait le centre si cela pouvait rendre la position plus tranchante. Mais si son adversaire renonçait aux opportunités que lui offrait l’ouverture, Fischer occupait le vide et cela devenait une affaire simple; le joueur qui disposait du plus d’espace gagnait, comme Capablanca dans ses parties. » GM Soltis

 

9...cxd4 10.cxd4 d5 11.e5 d7?

« Trop passif, Fischer va obtenir une dangereuse initiative sur l’aile roi. 11...f6 12.exf6 xf6 13.h6 e8 14.c3 f5 = » Kasparov

 

12.c3 c8 13.f4 a5 14.c1 b5 15.b3 b4 16.e2 b5 17.d2

« Maintenant les blancs ont un sensible avantage d’espace. Ils doivent essayer de le transformer en attaque sur le roque, aidés en cela par le fait que le roque noir est affaibli. Afin d’exploiter la faiblesse des cases f6 et h6, les blancs doivent évidemment, au moment opportun, échanger le fou g7. » GM Pachman

 

17...ac6 18.g4! a5?!

« La poursuite de l’action sur l’aile dame s’apparente à une perte de temps alors que les blancs préparent déjà une attaque standard sur l’aile opposée. » Kasparov

 

19.g3 b6 20.h4 b8 21.h6 d7 22.g5 xc1 23.xc1 xh6 24.xh6 c8 25.xc8+ xc8 26.h5

« Les blancs ont atteint leur but stratégique. Mais entre-temps la position s’est beaucoup simplifiée, de sorte qu’il n’est pas clair comment l’attaque peut être renforcée. Fischer trouve une voie combinatoire. » GM Pachman

 

26...d8?

La meilleure ressource défensive pointée par Kasparov est de ramener les pièces en défense avec 26...f8! 27.g5? (27.g5 c7! 28.h6 e7! offrait les meilleures chances mais 29.c1 conservait l’avantage aux blancs.) 27...xd4 28.xh7 xh7 29.hxg6 f8! et les noirs font mieux que se défendre.

 

27.g5 f8

28.e4!!

Esthétique et spectaculaire. Toutes les pièces attaquent le roi et le fou qui est tabou car 28…dxe4 permet 29.C3xe4 suivi de 30.Cf6!.

 

28...e7 29.xh7!

Les « gâche-métier » Fritz et consort préfèrent 29.Cf5!

 

29...xh7 30.hxg6 fxg6 31.xg6! g5 32.h5 f3+ 33.g2 h4+ 34.g3 xg6 35.f6+ f7 36.h7+ 1–0

Oscar Panno était alors le meilleur joueur argentin, il revenait de Caracas auréolé d’une seconde place en compagnie de Léonid Stein (1934-1973), devancé par Kavalek (né en 1943). En Argentine, il n’avait qu’un rival « El Viejo » Don Miguel. Panno n’appréciait que modérément le comportement de Fischer dans le rôle d’une « Prima Donna ». De plus, les organisateurs avaient octroyé à Fischer une prime de départ de 2000 dollars alors que le premier prix n’était que de 1500 dollars. Ceci provoqua également beaucoup d’irritation chez l’ex-champion du monde Vasily Smyslov (1921-2010) qui limita sa prestation « au service minimum » avec 16 parties nulles et une seule victoire. Dans l’avant-dernière ronde, opposé à Fischer qui ne pouvait plus être rejoint, il proposa nul en conduisant les blancs après une quinzaine de coups. Tout le monde dans la salle s’attendait à ce que Fischer accepta une nulle rapide.

Livre du tournoi Buenos Aires
Vassily Smyslov

Florin Gheorghiu : « C’était incroyable, la salle était pleine à craquer, Bobby avait déjà gagné le tournoi et lorsque Smyslov lui proposa nulle presqu’offensé Fischer lui dit – Je n’accepte pas de nul au-dessous de quarante coups ! - Il l’obligea à jouer cinq heures… Tu te rends compte jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune possibilité sur l’échiquier. Personne n’avait jamais vu ça! »  

Le jeune premier Vladimir Tukmakov (né en 1946) fut aussi une victime expiatoire de la voracité de Bobby. Il aurait dû le rencontrer lors de la première ronde, mais donnons lui la parole :

Vladimir Tukmakov en Argentine en 1970.

« Ce n’était certainement pas mon premier tournoi international mais jusqu’ici je ne m’étais jamais retrouvé dans une organisation aussi anarchique. Certes les organisateurs étaient confrontés aux problèmes ardus posés par Fischer et Reshevsky qui ont été pourtant résolus de la manière la plus simple. Ces derniers avaient accepté toutes leurs requêtes. Notamment sur le plan religieux, pour respecter leurs croyances les parties du vendredi commençaient à 11H00 du matin pour se terminer avant 17H00, alors que le samedi elles commençaient à 20H00 pour finir à 1H30 du matin ! Et comme si cela ne suffisait pas, même les rondes normales étaient programmées avec un horaire insolite pour nous, de 18H15 à 23H15. » (Extrait du magazine 64)

Fischer utilisa pour la première fois un système attribué à Nimzovich (1886-1935) puis revisité par Larsen (1935-2010). Il joua dans un style hypermoderne et manœuvra sur les trois premières traverses sans rien obtenir si ce n’est un milieu de jeu où tout était possible.

Fischer,Robert James - Tukmakov,Vladimir
Buenos Aires (1), 19.07.1970
Début Nimzovich Larsen
[A01]

 

1.b3 e5 2.b2 c6 3.c4 f6 4.e3 e7 5.a3 0–0 6.d3 d5 7.cxd5 xd5 8.c3 d6 9.f3 f5 10.c2 fd8 11.d1 h6 12.h3 e6 13.d2 d7 14.e2

14...h8?

« C’est avec ce genre de coup que l’on peut mesurer les capacités échiquéennes d’un joueur. Les noirs auraient pu rendre les choses plus difficiles après 14...g6! 15.d5 d6 16.g4 e6 17.f3 c5 18.c4 =+ au lieu de préférer une attitude prophylactique. Je pense vraiment que c’est à ce moment que Fischer a perçu le manque de confiance en lui de son adversaire. » Kasparov

 

15.0–0 g6 16.b4 a6 17.c1 ac8 18.fd1 f5 19.a4 a7?

« Il est rare qu’un coup inesthétique amène quelque chose de bon; 19...b6 20.c5 xc5 21.bxc5 d5 aurait conservé une position plus ou moins solide. » Kasparov

 

20.b3 b6 21.d4 f4 22.e4 b5?

« 22...xe4 n’aurait pas sauvé les noirs. » Europe Echecs 140–141. Le GM Soltis poursuit 23.xe4 xb3 24.xa6 xa4 (24...a8 25.dxe5 xa4 26.e6 f6 27.xd8+ xd8 28.xf6 xf6 29.e7+–) 25.xc8 xc8 26.dxe5 gagnait facilement.

 

23.g4 f6 24.dxe5 xe5 25.xc8 xc8 26.d5 1–0 [Si 26...d6 27.xb6!]

Robert James Fischer, dit Bobby Fischer, en 1970

« Fischer est un adversaire extrêmement correct et plaisant. Après la partie il m’a demandé pour quel motif je n’avais pas exploité la possibilité de compliquer le jeu. Vraisemblablement cela l’intéressait de savoir où nous auraient conduit ces complications. Nous découvrîmes que cela m’aurait donné seulement quelques possibilités pratiques. » Tukmakov. (Les Russes contre Fischer D. Plisetskij & S.Voronkov Caissa 2003)

J’ai rencontré plusieurs fois Vladimir Tukmakov qui est aujourd’hui un des meilleurs entraîneurs sur le plan mondial et j’imagine qu’il a été très contrarié par l’organisation parfois chaotique du tournoi de Buenos Aires. Lui qui a fait une carrière militaire, basée sur la rigueur, l’ordre et la discipline a été certainement très perturbé par le comportement du grand Bobby. La partie qui les opposa, décalée sur un jour de repos, débuta avec une demi-heure de retard parce que Fischer exigea que l’on modifie à nouveau l’éclairage !

Miguel Najdorf et Bobby Fischer en 1960

Une grande star de ce tournoi était Don Miguel et lorsque vint la ronde qui l’opposa à Fischer, il fallut jouer à guichet fermé. La salle ne pouvait contenir plus de 700 personnes et les organisateurs furent contraints de refuser du monde. Miguel Najdorf (1910-1997), qui jouissait d’une excellente situation à la tête d’une compagnie d’assurances, était aussi un très fort grand maître et jusqu’ici Fischer avait gagné toutes ses parties dans le tournoi. Arracher la nulle contre « le meilleur joueur du monde » fut vécu comme une victoire. Toutefois, « El Viejo », une très forte personnalité, exubérante et drôle, se comportait quelquefois à la limite de la correction. Voici une anecdote savoureuse racontée par Gheorghiu.

Boris Spassky et Bobby Fischer sous le regard de Florin Gheorghiu, Siegen 1970

« Najdorf était l’âme du tournoi, très impliqué dans l’organisation, super star et facétieux, il pouvait parfois pousser la plaisanterie très loin. Je me souviens lorsque quelques mois plus tard à l’Olympiade de Siegen, opposé à Spasski, champion du monde en titre, il fît une chose pas croyable digne de la Comedia del Arte ! A un certain moment, Spasski, qui avait une position un peu mauvaise, souffle à l’oreille de Miguel :

- Je propose nul . -

Ceci comme entre deux bons amis, à la manière soviétique, sans être entendu par les autres. Najdorf, au contraire, pour être entendu par tous :

– Quoi, vous avez dit quelque chose ? -

Spasski rougissant

– Oui, nul ! –

Alors Najdorf poursuivant à voix haute :

– Vous devez venir, vous les photographes, les journalistes ! Moi, un vieux joueur, se voir proposer nul par le champion du monde, c’est une situation inhabituelle. Je dois réfléchir.-

Puis après quelques minutes Najdorf s’adressant à Spasski en enfonçant le clou :

– Boris, vous avez proposé nul dans cette position, c’est donc que vous êtes moins bien. On ne propose jamais nul dans une position où l’on est mieux, même si ce n’est qu’un petit peu. -

Spasski de plus en plus rouge : – Non, la position est équilibrée.-

Najdorf : – Comment, si la position est équilibrée alors on joue !-

Puis un peu plus tard levant les yeux vers Boris presque avec regret : – J’accepte. -

Et de se retourner vers les journalistes en s’exclamant :

- Tout de même, on ne peut pas refuser une proposition de nul venant du champion du monde, vous comprenez cela !-

Il était imprévisible, unique, mais tu ne pouvais pas te fâcher avec lui! »

Propos rapporté par le GM Gheorghiu

Bobby Fischer et Miguel Najdorf, Buenos Aires, 1970

Najdorf,Miguel - Fischer,Robert James
Buenos Aires (7), 28.07.1970
Semi-Tarrasch
[D42]

 

1.d4 f6 2.c4 e6 3.f3 d5 4.c3 c5 5.cxd5 xd5 6.e3 c6 7.c4 cxd4 8.exd4 e7 9.0–0 a6 10.e1 0–0 11.a3 b5 12.d3

Considéré comme critique à l’époque 12.xd5 exd5 13.b3 e6 = rejeté par Najdorf car « ce monstre doit connaître tout sur cette variante. »

 

12...b7 13.xd5 xd5 14.e4 d7 15.f4 fd8 16.c2 g6 17.ad1 ac8 18.e2 f6 19.e5?!

Forçant un nivellement de la position avec une structure symétrique. Les blancs renoncent à toute perspective de gain.

 

19...xe5 20.dxe5 d4 21.e3 xe4 22.xe4 d5 23.xd5 xd5 24.f1 c2

Les noirs ont une légère initiative.

 

25.d3 c6 26.xd5 exd5 27.h6 d4

Si 27...xb2?? 28.c1+–

 

28.d1 a5 29.d2 c4 30.f4 a4 31.e2 a5! 32.d3 b3 33.c2 c5+! 34.d2

34...f5

Espace, mobilité et un pion passé assurent au moins l’égalité aux noirs par exemple 34...d3!? 35.xc4 bxc4 36.e3 e4 suivi de 37…f6, c’est l’idée pour permettre au roi noir d’entrer en jeu.

 

35.exf6 f7 36.g5 d3 37.xc4 bxc4 38.e3 e6

Si 38...e4 39.h4 xf6 (39...c5!?) 40.e1 permet de bloquer le pion passé.

 

39.g4 xg5 40.fxg5 ½–½

La nulle fut conclue 40...e6 41.d2 f7 42.c3 e6 et il est impossible de progresser.

 

Le partage du point fut « l’exploit » réussi seulement par Reshevsky (1911-1992), Smyslov, Mecking (né en 1952) et Najdorf. Jouer contre Fischer au début des années 70 était une expérience singulière car sa présence physique exerçait une terrible pression sur l’adversaire. Voici le témoignage de Tukmakov :

« A Buenos Aires avant et après ma terrible partie contre Bobby, je jouais assez bien mais, dans la partie en question, je jouais très mal, timidement, de manière hasardeuse et passive. Cela pouvait s’expliquer facilement au vu de mes propres problèmes; s’adapter à des conditions inhabituelles, une timidité naturelle du novice que j’étais face à un grand joueur. Mais tous les autres participants, même les plus éminents, jouaient contre Fischer comme s’ils étaient résignés. Reshevsky, Najdorf et Smyslov avec les blancs, jouaient sur la défensive dès les premiers coups, sans même songer à lutter pour l’initiative. Ils ne perdirent pas mais c’était un spectacle pitoyable. C’est vrai, Bobby a très bien joué. Je pense encore que le tournoi de Buenos Aires 1970 était le meilleur de sa carrière, mais je ne peux m’expliquer l’étrange passivité et la résignation de ses adversaires. » (Profession: Chessplayer V. Tukmakov Russel Enterprises Inc. 2012)

Un seul joueur s’était risqué à bousculer Bobby, le jeune espoir Miguel Quinteros (né en 1947), qui à cette occasion obtint le titre de maître international et deviendra par la suite grand-maître. Ce fut un des rares amis intimes du champion américain.

Bobby Fischer observant Miguel Quinteros

Quinteros,Miguel Angel - Fischer,Robert James
Buenos Aires (5), 25.07.1970
Anglaise
[A35]

 

1.c4 g6 2.c3 g7 3.f3 c5 4.d4 cxd4 5.xd4 c6 6.c2

6...xc3+!?

Un coup responsable qui engage le futur de la partie. Sur le plan positionnel l’aile dame est démolie mais l’absence du fou de cases noires peut devenir lourde de conséquences lorsqu’il faudra défendre le roi.

 

7.bxc3 f6

7…Da5 est jugé plus incisif.

 

8.f3 d6 9.e4 e6 10.e2?!

« Plus harmonieux 10.Fh6 pour défendre le pion c3 avec Dd2. » K. Müller

 

10...c8 11.e3 a5 12.d2 e5 13.b3 fd7!?

Toutes les pièces noires travaillent à la destruction des pions blancs isolés et doublés sur la colonne c.

 

14.f4

Un piège grossier est 14.xb7?? b8–+

Et si 14.0–0 c5 15.xb7? xc4 avec la menace 16…Tb8 qui gagne du matériel.

 

14...c5 15.c2 c6 16.0–0 a4!

Une invitation à échanger les dames car la finale est favorable aux noirs.

 

17.b1 a5 18.e5!?

Du point de vue stratégique, c’est une victoire pour les noirs mais ce coup vise le roi et à ouvrir le jeu avec des complications tactiques où les blancs ont d’excellentes perspectives.

 

18...dxe5

L’ami Fritz considère qu’après 18...xc4 19.xc4 xc4 20.xc4 xc4 21.exd6 exd6 22.e1+ d7 le roi au centre n’est pas en danger.

 

19.fxe5 0–0

Dans L’Informateur le GM Trifunovic indiquait 19...xc4 20.xc4 xc4 21.f4 b5 22.xc4 bxc4 23.f1?! comme prometteur mais 23...c2! pointé par Dvorestsky infirme ce jugement.

 

20.f4 d7 21.d5 fe8 22.e4 b5

La position critique.

23.xf7!!

« Le sacrifice le plus audacieux jamais joué contre Fischer. » GM SoltisLes conséquences sont probablement incalculables sur l’échiquier mais comme me l’avait fait remarquer Don Miguel, aux échecs il faut avoir du nez, de l’intuition et la position quelque peu esseulée du roi noir permet d’entreprendre ce genre de coup de poker !

 

23...xf7

Trifunovic avait démontré que 23...xf7? n’allait pas à cause de 24.e6!

Mais d’autres coups ont fait l’objet d’analyses poussées de la part des GM Suetin, Mikhalchishin et Dvorestsky. Voici la variante principale 23...c5! 24.h4 xf7 25.xe7+ xe7 26.xe7 e6 27.f1 c7 28.f6 xc4 (28...b7!?) et les chances des noirs de pouvoir jouer pour le gain subsistent.

 

24.h4 g7 25.xe7 c2

Ponctué par !! de la part de Soltis.

Le GM Pilnik avait proposé 25...xc4 26.h6+ h8 27.xg6+ g8 28.d3 mais le GM Zvjagintsev pointa 28...d4!! 29.f4 xd3 30.g5+ h8 31.g6+ qui force un échec perpétuel.

 

26.h6+?

Les blancs pouvaient espérer jouer pour le gain après 26.h6+! h8 27.xc8 xe2 28.d6 += mentionné par le Pilnik, l’analyse se poursuit avec Dvorestsky 28...g8 29.e7 xe5 30.xd7 xc4 31.f7+ xf7 32.xf7 d6 33.xa7 xc3 +=

 

26...h8 27.c1?

La meilleure chance pratique était 27.xc8 xc8 28.cxb5 –+ avec trois pions pour la pièce mineure.

 

27...xc1+!? 28.xc1 xe7

Les noirs ont obtenu des compensations avantageuses pour la dame.

 

29.cxb5 c4 30.h4 f7 31.d4 g8 32.f4 c5! 33.f3?!

La menace était 34.Td5! Sous la pression des pièces noires et de la pendule, les blancs s’effondrent.

 

33...xb5 34.h3 cxe5 35.a8 f8 36.xe5 xe5 37.xa7 d5 38.xd5+ xd5 39.e3 a5 40.e2 fa8 41.a4 f7 42.h4 xa4 0–1

Dès leur première rencontre une grande amitié a uni Miguel Quinteros à Bobby Fischer :

« C’est avant tout un génie. Un homme avec des convictions profondément ancrées et un sens de l'humour très spécial, très pur. Il m’a dit à plusieurs reprises qu’il n’avait jamais menti. Et vous savez une chose; je le crois.

Nous sommes devenus amis tout de suite. Littéralement la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je ne l'oublierai jamais. Lors du tournoi de Buenos Aires les organisateurs ont réuni tous les participants dans un salon, et le directeur du tournoi nous présentais un par un. Beaucoup de joueurs lui portaient une grande vénération. J’étais un des plus jeunes, et je n’avais encore rien gagné d’important dans ma vie, il n'y avait donc aucune raison pour que Fischer me remarqua. Il passa et serra la main de chaque joueur. Quand il est venu vers moi, je tendis la main et il me dit quelques mots en espagnol :

- Comment vas-tu ?-

J’avais alors une énorme admiration pour lui et d'abord, je restais interloqué, puis je lui ai proposé de partager un repas.

- Je connais un restaurant où tu peux manger le meilleur steak de la capitale !-

Il me regarda avec un sourire :

- D'accord, mais nous allons-y tout de suite.-

A partir de cet instant, nous avons entretenu une excellente relation. »

GM Quinteros (Extrait d’une interview dans la presse argentine)

Deux parties de Fischer ont agacé les commentateurs à Buenos Aires. Dans sa lutte tactique contre Quinteros, ces derniers firent des efforts extraordinaires pour prouver que Fischer était perdu à un moment ou un autre. Dans la partie qui va suivre, contre le maître International Samuel Schweber (né en 1936) c’est un seul coup, le 18ème, qui fut l’objet du délit et perçu comme une provocation. Qualifié par le GM Gulko en 2002 de « un des coups les plus bizarres, inexplicables et stupides de tous les temps. » Aujourd’hui il conserve tout son mystère.

Samuel Schweber

Fischer,Robert James - Schweber,Samuel
Buenos Aires (4), 23.07.1970
Défense Française
[C19]

 

1.e4 e6 2.d4 d5 3.c3 b4 4.e5 c5 5.a3 xc3+ 6.bxc3 c7 7.f3 c6 8.e2 d7 9.0–0 ge7 10.a4 a5?!

« Avant que les blancs ne fournissent une cible pour le cavalier, ce coup est prématuré. Usuel est 10…f6 ou 10…b6 et si 11.Fa3 Ca5. » GM Soltis

 

11.e1 cxd4

Dédoubler le pion est suspect, logique 11…b6 pour maintenir la tension au centre.

 

12.cxd4 c4 13.d3

Si 13…0–0? le sacrifice thématique 14.Fxh7! gagne.

 

13...h6 14.d2 xd2 15.xd2 c6 16.g4 g6 17.e3

L’ambitieux 17.Fxg6?! est paré par 17…Tg8! et les noirs font mieux que résister.

 

17...0–0–0

18.g3!?

« A première vue ce coup n’a aucun sens puisqu’il n’instaure aucune menace, néanmoins c’est un coup très intéressant. » GM O’Kelly

 

« Les blancs aimeraient paralyser l’aile roi en implantant une pièce lourde sur f6. Mais 18.f4?! permet 18...f5! avec une bonne partie.; Trifunovic dans l’Informateur revendiqua 18.f3 comme le meilleur. Toutefois les noirs disposent de 18...f5 puisque 19.xg6 xd4 leur est favorable. Pour éviter ceci les blancs devaient calculer 19.exf6 e5 20.xg6 e4 21.xe4 avec une situation compliquée. Au lieu de cela 18.Tg3 dont Euwe dit – qu’il n’accomplit rien – prépare Df4–f6 empêchant 18...f5 car si 19.xg6 dg8? 20.xg8++–. Un autre point est qu'après 18...e7 19.f3 f5 la tour blanche pénètre sur la 7ème traverse 20.xf5 gxf5 21.g7 » GM Soltis.

 

18...b8?!

Une perte de temps selon beaucoup de commentateurs. A considérer 18...h5 (18…Tdg8 ou 18…g5 O’Kelly) 19.f4 g5 20.xg5 xd4 avec une position déséquilibrée où l’ouverture des lignes offrait des possibilités tactiques.

 

19.f3

« Une manœuvre artistique unique ! » (E. Agur)Ceci ressemble à une dégustation de vin à l’aveugle où il n’est pas toujours facile de déceler les grands crus.

 

19...f5 20.exf6 e5 21.g3 xd4 22.e3 e4

23.xe4!!

Libère la diagonale, 22…dxe4? 23.Ff4 +–

 

23...xg3 24.xd4!

La dernière pointe, la dame ne peut se soustraire à l’action du fou de cases noires.

 

24...g4 25.xg4 xg4 26.xg6 hg8 27.h7 h8 28.d3 de8 29.f7 e7 30.f8+ xf8 31.b4 ff7 32.xe7 xe7 33.f3 d7 34.a5 c7 35.f2 f7 36.e3 d6 37.g3 c5 38.f4 g4 39.b1 e7+ 40.d2 b6 41.axb6 axb6 42.h3 d7 43.g4 d4 44.f5 e3 45.f6 f3 46.f1 xf1 47.xf1 e6 La partie fut ajournée et Schweber abandonna sans reprendre. 1–0

« Une partie particulièrement intéressante fut Fischer-Szabo, juste au moment où tout le monde pensait que le GM hongrois avait obtenu une position facilement nulle, il s’est avéré qu’il était complètement perdu. Il n’y a que les meilleurs joueurs d’échecs du monde capable de réaliser ce genre de chose. » GM A. Bisguier dans Chess Life & Rewiew octobre 1970

Florin confirme et se souvient qu’en se promenant le long des tables pendant les parties Najdorf, observait le duel, et il lui souffla à l’oreille « Si Bobby gagne encore, c’est vraiment de la magie ! »

Laszlo Szabo (1917-1998) qui avait joué le tournoi des candidats à Budapest 1950 en compagnie de Najdorf était un grand maître très expérimenté et pourtant l’impossible se produisit.

La partie c’est jouée à la 10ème ronde et Bobby totalisait 8,5 points sur 9, Szabo rapporta :

« Il était nettement en tête au classement. Je pensais qu’il consentirait au partage du point. Mais lorsque je fis ma proposition, Fischer secoua la tête en signe de dénégation. J’ai découvert que la série d’échanges qu’il avait entrepris conduisait l’Américain à une victoire forcée. Voilà qui était Fischer ! »

 

Szabo,Laszlo - Fischer,Robert James
Buenos Aires (11), 04.08.1970
Défense Est-Indienne
[E61]

 

1.c4 g6 2.g3 g7 3.g2 c5 4.c3 c6 5.e3 f6 6.d4 0–0 7.ge2 d6 8.0–0 f5 9.d5 a5 10.e4 d7 11.b3 a6 12.b1 b5 13.cxb5 axb5 14.b4 cxb4 15.xb4 c7 16.xb5 c5 17.d4

17...xd5!?

« Les échecs sont affaire de jugement sensible; savoir quand frapper et quand esquiver. » Fischer

 

18.xc5 dxc5 19.b1 b4 20.c7 a7 21.a3 xc7 22.axb4 cxb4 23.xb4 c2 24.d4 xd4!

Le début d’une série d’échanges sous-estimée par Szabo.

 

25.xd4 b5 26.e1 b3 27.b4 xc1 28.xb5 e2+ 29.f1 c3

30.c5?

« Fischer se levait souvent pour aller voir ce qui se passait sur les autres échiquiers et c’est, si je me rappelle bien, le moment que choisit Szabo pour faire son offre de nulle. Ou peut-être quelques coups avant, c’était il y a 45 ans ! » Gheorghiu

Une erreur pas forcément visible à l’œil nu, meilleur 30.b7 d8 31.xe7 dd2 32.g1 xf2 33.f1 =+ (K. Müller) avec quelques chances pour tenir la position.

 

30...d8! 31.h3?

Plus résistant était 31.f3 dd2 32.e2 –+ K. Müller

 

31...dd2

« C’est fabuleux, quelle limpidité! » s’enthousiasma Don Miguel.

 

32.c8+ g7 33.e3 d1! 34.f3

Si 34.d3 xf2!–+

 

34...xf2+

Trop précipité 34...b2! qui conservait la puissante batterie de tour était encore plus fort.(K. Müller)

 

35.xf2 xf2+ 36.g1 e2 37.g4?! xe4 Et sans attendre 38.Fxd1 Te1 les blancs abandonnèrent. 0–1

Florin Gheorghiu remémorant ses souvenirs le 1er juillet 2015

Donnons à nouveau la parole à Florin : « Après le tournoi Bobby et moi sommes restés pour donner quelques simultanées. Le soir à l’hôtel nous n’avions pas grand-chose à faire et j’ai vécu une chose incroyable avec Bobby. Il m’a demandé de noter des variantes d’une ouverture de mon choix. Je lui ai proposé – Le gambit Jaenisch de l’Espagnole - J’ai pris une feuille de papier et il s’est mis à dicter, comme une machine avec une grande rapidité, sans échiquier, toute une série de variantes. Puis à la fin, il m’a dit avec un grand sourire. -Tu veux sans doute vérifier ?- Nous avons tout contrôlé, tout était correct!

Ensuite sur un ton ironique il m’a proposé de jouer quelques blitz en précisant : - On m’a dit que tu ne jouais pas si mal.- Il me regarda droit dans les yeux avec un air de défi : – Quel cadence ? - Je lui ai répondu : Je ne sais pas moi, 5 minutes, 3 minutes! – Interloqué Bobby répliqua : -Comment 3 minutes ou 5 minutes, on perd notre temps. Allons-y pour 2 minutes ! – Puis nous avons joué une quinzaine de parties et, à ma grande surprise, j’ai bien résisté. A la fin Bobby m’a regardé avec un grand sourire – Oui, tu te débrouilles pas mal -. Pour moi, c’était un résultat extraordinaire car peu de joueurs pouvaient lui tenir tête, en cadence rapide il était encore plus fort qu’en partie normale. Il jouait comme une machine à une vitesse incroyable. Le score était serré, quelque chose comme 8-7 en sa faveur, mais le plus extraordinaire était de constater que c’était presque toujours les noirs qui gagnaient parce que les blancs n’avaient pas le temps de réaliser l’avantage. »

Simultanées sur la rue Corrientes

Le 20 aout Fischer joua une simultanée contre 25 joueurs au club des étudiants de « La Plata » et remporta toutes les parties sauf contre Carlos Garcia Palermo, 16 ans, qui devint par la suite un grand-maître.

Bobby Fischer et Garcia Palermo

Fischer,Robert James - Garcia Palermo,Carlos
Simul La Plata, Argentina, 20.08.1970
Gambit Roi
[C31]
 

1.e4 e5 2.f4 d5 3.exd5 e4 4.b5+ c6 5.dxc6 xc6 6.d3 f6 7.dxe4 a5+ 8.c3 g4 9.d4 e7 10.a4 b6 11.h3 0–0–0? 12.xc6?? xe4! 13.d7+ xd7 14.xd7+ xd7 15.xe4 c6 0–1

Coupure de presse argentine, La Plata

Deux ans plus tard en septembre 1972, le meilleur joueur du monde réussissait à s’emparer du titre mondial créant un événement inégalé jusqu’ici. Les échecs étaient un sujet de conversation qui passionnait l’ensemble de la planète. Bobby était devenu le héros de toute une génération.

« Harry Benson vient de lui annoncer qu’il a croisé Boris Spasski à l’instant à l’hôtel Saga. Spasski avait les traits tirés, une de ces têtes de six pieds de long. Il devait avoir passé la nuit à analyser sa position. Il fumait une cigarette devant la porte de sa chambre, sacrément dans les vapes. Quand il a vu Benson arriver, il lui a annoncé la nouvelle parce qu’il sait que Benson est de mèche avec Bobby. Il a dit : Il y a un nouveau champion. Je ne suis pas triste. Ce n’est qu’un sport et j’ai perdu. » Pierre Emmanuel Scherrer (La Défense Fischer Denoël 2013)

Je ne comprends toujours pas pourquoi à partir de ce jour-là Bobby Fischer a quitté définitivement la planète échecs pour se réfugier dans une sorte de cauchemar dont il n’était plus qu’un fantôme.

Cette chronique est dédiée à la mémoire des disparus Fischer, Reshevsky, Najdorf, Smyslov, Damjanovic, O’Kelly, Szabo et Rossetto.

Je tiens à remercier le GM Florin Gheorghiu de m’avoir raconté ses souvenirs du tournoi de Buenos Aires. Gérard Demuydt pour son aide régulière dans la mise en ligne de mes articles et le Musée du Jeu de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld. www.museedujeu.ch

Georges Bertola


Publié le 25/07/2015 - 07:00 , Mis à jour le 02/08/2015 - 20:58
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