Carsten Hensel : « C'est une victoire de la justice »
Le manager de Vladimir Kramnik, Carsten Hensel répond maintenant aux allégations de Topalov, qu'il accuse d'utiliser une pitoyable excuse après une défaite sportive importante. Il révèel également quelques détails additionnels concernant la surveillance vidéo des toilettes de Kramnik.

Topalov : « J'ai surestimé la réaction de mon organisme. Ce n'est pas étonnant qu'il se relâche un peu après la concentration extrême due au match à Elista. Aurais-je dû annuler ma participation et ne pas jouer ici ? Cette idée ne m'est pas venue à l'esprit un seul moment. Je n'ai jamais rompu un contrat une fois signé. Je ne suis pas comme Kramnik. Combien de fois a-t-il annulé un engagement en prétextant de la fatigue ? Au printemps, il a annulé sa participation à Monaco, juste après avoir signé le contrat pour le match contre moi. »

Tout au long de sa carrière Vladimir Kramnik, n'a jamais rompu un contrat. La raison pour laquelle il n'a pas participé à Corus 2006 et à Monaco 2006 était d'ordre médicale. Tout cela a été fait en relation étroite et avec l'accord des organisateurs, à qui nous avons présenté les certificats médicaux aussitôt que possible. Les contrats ont été résolus avec l'acceptation à l'amiable des parties. Il est d'autant plus faux de dire que Kramnik a annulé sa participation à Monaco après avoir signé le contrat pour le match de réunification. Le contrat pour la réunification a été signé en avril 2006 alors qu'il a été libéré de ses obligations contractuelles avec Monaco en Février 2006.

Topalov : « Après la 4e partie, j'ai demandé à mon manager de regarder les enregistrements de la surveillance afin de voir les raisons qui poussaient Kramnik à passer autant de temps dans sa salle de repos. Il a ainsi remarqué que Kramnik allait aux toilettes très souvent, et c'est là que l'on a commencé à avoir des soupçons. Car c'était un comportement suspect naturellement. Les toilettes étant la seule zone qui n'était pas sous une surveillance vidéo. »

Cette remarque de Topalov nous pousse à publier ce rapport de M. Valery Bovaev, le président du comité exécutif à Elista. En se basant sur ce rapport, il est possible de dire le rôle de tous les acteurs qui ont contribué à la divulgation et au visionnage des vidéos surveillance, ce qui a contribué à violer les droits à la vie privée de Vladimir Kramnik. Il devient ainsi évident que les enregistrements vidéo n'ont pas été demandés après la 4e partie, mais depuis déjà quelques jours.

[Procès verbal : En ma qualité de président du comité exécutif du match pour le championnat du monde entre Topalov et Kramnik, qui a eu lieu à Elista du 21 septembre au 13 octobre 2006, et en relation avec les événements qui ont eu lieu autour de la 5e partie du match et avant celle-la, je voudrais déclarer, par la présente, ceci :

A la demande orale du comité d'appel qui siégeait alors pendant le match (c'est-à-dire, M Makropoulos, Azmaiparashvili), il a été procédé à l'examen des enregistrements vidéos des salle de repos des deux premières parties dans la résidence de Veselin Topalov le 25 septembre 2006. Les personnes qui ont assisté au visionnage de ces vidéos sont : Les représentants du comité exécutif : Gennady Namsinov (le chef du département des ressources informatiques), Mingian Bazyrov (Vice président du département des ressources informatiques), des experts de la délégation Bulgare avec à leur tête le manager de Topalov, Sylvio Danailov. Les membres du comité d'appel n'ont pas participé à l'examen des vidéos.

M. Makropoulos, Azmaiparashvili et Vega ont aussi été à l'initiative du second visionnage qui a eu lieu le 27 septembre 2006. Les 3 membres du comité d'appel, ainsi que l'arbitre en chef du match, M Gijssen et l'arbitre adjoint M. Nikolopoulos, ont été convié au visionnage des enregistrements. Le comité exécutif était représenté par M Namsinov et Bazyrov. Le 3e examen des enregistrements vidéos a eu lieu le 28 septembre 2006 en présence de l'arbitre en chef M. Gijssen, et son adjoint, M. Nikolopoulos, et aussi avec la participation des experts Bulgares, ainsi que par les représentants du comité exécutif M. Namsinov et Bazyrov. Le comité d'appel n'a pas pris part à ce visionnage des enregistrements.

Ces deux derniers examens des vidéos ont eu lieu dans les locaux du président du comité exécutif du match.

Après la démission du comité d'appel, j'ai pris la décision d'arrêter de fournir les vidéos à l'équipe bulgare.

Elista , le 9 octobre 2006, Bovaev Valery]

Topalov : « Le comité d'appel accepta de fermer les toilettes dans les salles de repos. Kramnik a réagit comme une victime blessée. Le contrat dit ceci, le contrat dit cela, regardez comment ils ont osé m'insulter. C'est toujours pareil avec lui. Il viole les règles constamment, mais interdit énergétiquement qu'on touche à ses propres droits. »
« Le fait que Kramnik ne se soit pas présenté à la 5e partie est entièrement de sa faute. Il pensait pouvoir se sortir de toutes les situations sans problème. J'aurais préféré jouer la partie et voir notre requête traitée intégralement. A la place de ça, j'ai eu un point sans jouer. Mais Kramnik a obtenu tout ce qu'il exigeait sur tous les autres points. Il pouvait à nouveau faire tout ce qu'il lui plaisait dans sa salle de repos, et le comité d'appel a été remplacé. »

M. Topalov nous doit toujours une réponse au sujet de la règle que Vladimir Kramnik est supposée avoir enfreinte. Ce qui s'est passé est le contraire. Incidemment, c'est parce que le comité d'appel a enfreint les règles du contrat que la 5e partie, au sens juridique du terme, n'a jamais été jouée. Et que donc, le résultat du match aux cadences classiques est de 6-5 en faveur de Kramnik.

Les doutes exprimés par M.Topalov ne sont rien de plus que des excuses lamentables liées à une défaite sportive majeure. Et elles sont bien sûr sans fondement quand on prend en compte toutes les mesures pour empêcher la triche, (les panneaux de verre qui filtraient la lumière, les mesures préventives pour empêcher toutes sortes de signaux électroniques dans la zone de jeu, les salles de repos et les toilettes, la fouille corporelle des joueurs et des salles avant le début de chaque partie), et qui ont été demandées par l'équipe de Kramnik. Avant le début du match, personne dans l'équipe de Topalov n'a jamais rien fait pour mettre en place un tel dispositif de sécurité. C'est un fait avéré que les organisateurs ont pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir toutes sortes d'aide de l'extérieur. Un renforcement des contrôles pendant le match a d'ailleurs été très bien accueilli par Kramnik, et pour certaines, demandées par lui. A Elista, de nouvelles conditions de jeu ont été établies et elles pourront être regardées comme un exemple à suivre pour les échecs professionnels dans le futur.

Le fait que l'équipe de Topalov se soit permis de s'emporter, et d'utiliser leurs relations étroites avec de hauts dignitaires de la Fide pour porter atteinte à Vladimir Kramnik est un acte montrant un comportement antisportif qui n'a jamais été vu auparavant dans le monde des échecs. Et cela est vrai en rapport avec :

  La mise à disposition du public des enregistrements vidéos, ce qui représente une atteinte à la vie privée de Kramnik.
  Le forfait illégal de la 5e partie après que la Fide a violé les termes du contrat, et
  L'accusation indirecte et les allégations gratuites de tricherie et les atteintes qui s'en sont suivies à la réputation de Vladimir Kramnik.

The PR (??) désastre qui a suivi pour l'équipe de Topalov n'a été que le résultat d'une attitude anti-professionnelle et une sous-estimation de l'intelligence du public, aussi bien qu'une défaite sportive nette et sans bavure. Cela ne peut qu'être vu que comme une victoire de la justice. Que Topalov reconnaisse sa défaite n'est, pour ma part, que la seule chose censée de son interview.

Carsten Hensel
Dortmund, Allemagne, 28 octobre 2006

Traduction de l'article paru sur www.chessbase.com/newsdetail.asp?newsid=3460


Publié le 31/10/2006 - 11:30 , Mis à jour le 31/10/2006 - 11:42