Hommage à Sam Loyd (1/4)
Nous nous efforcerons, en quatre séries de huit diagrammes, de nous acquitter de ce devoir : un aperçu valable de la manière du « roi du problème » ne pouvait avoir de moindres dimensions.

Le monde des problémistes s'apprête à commémorer le 50e anniversaire de la mort du génial Samuel Loyd (1841-1911), qui peut à bon droit passer pour le plus original des compositeurs. La plupart de ses problèmes n'ont pas vieilli et leurs clés diaboliques font toujours souffrir les solutionnistes.
Rappelons qu'il est né à Philadelphie en 1841 et qu'il fut un joueur de bonne force et participa notamment au tournoi de Paris 1867.

Le « Loydesque », devises célèbres

Un mot a déjà été dit sur ses dons de joueurs et d'inventeur de puzzles. Il reste à rendre hommage à son œuvre de problémiste, et c'est évidemment ce qui importe le plus.
Le « Loydesque », c'est essentiellement le culte de l'effet de surprise, voire de la mystification du chercheur. Tous les problèmes que nous allons passer en revue admettent des clés de premier ordre : brillantes et inattendues. On peut même dire que la majorité d'entre elles sont de véritables coups de théâtre.

N°1

New York States Chess Association, 1892

6+3 - 2 coups

N°2

Chess Record, 1876

6+4 - 2 coups

N°3

Chess Monthly, 1859

8+8 - 2 coups

N°4

Concours Baltimore News, 1883

8+6 - 2 coups

N°5

New York States Association, 1892

8+8 - 2 coups

N°6

Boston Gazette 1859

6+10 - 2 coups

N°7

1er Prix Checkmate, 1903

9+13 - 3 coups

N°8

London Era, 1861

8+10 - 5 coups

Solutions

N°1
Dans le n°1, pour menacer du joli mat miroir e1, la Dame Blanche doit se retirer en a1, ne cédant pas moins de trois cases de fuite au Roi noir ! Et le mat 2.g2 est lui-même miroir dans deux variantes.
Solution : 1.a1 e2 [1...gxh6 2.e1#] 2.g2#

N°2
L'affaiblissement blanc du n°2 est encore plus spectaculaire, puisque la clé est quadri-ampliative. 1.f2 intercepte les deux pièces blanches principales. Le mat (2.xh3) est encore miroir dans deux variantes.
Solution : 1.f2 xf6 (1...de4 2.xh3#) 2.xh3#

N°3
Le n°3 se résout par 1.c8!! (embuscade créant un demi-clouage masqué) : c'est le type même de la clé théâtrale, avec grand déplacement de la Dame allant se loger là où son utilité paraît la plus improbable.
Solution : 1.c8 f3 (1...ac4 2.d1# ; 1...d7 2.d5#) 2.xd3#

N°4
Le coup d'éloignement 1.f7 du n°4 présente le même caractère. Goûtons la saveur de ce nouveau blocus incomplet : la Dame blanche semble abandonner le Roi noir pour aller guetter sa rivale cachée en h7 !
Solution : 1.f7 xd4 2.xh7#

N°5
Autre embuscade dans le n°5, où la pièce clé se met également à l'affût : 1.a6!! (menaçant 2.f1). La raison de ce surprenant retrait n'apparaît que lorsque la a5 a parcouru en sens contraire, et sur une ligne parallèle, la totalité du chemin suivi par son ennemie : 1...xf5 2.xa4. Piquante manœuvre qu'on a baptisée thème Indien Américain, ou encore Indien Peau-Rouge.
Solution : 1.a6 -- (par exemple 1...xf5 2.xa4#) 2.f1#

N°6
Qui ne connaît les tuyaux d'orgue (n°6) ? La devise s'explique par la disposition du matériel à longue marche des Noirs. Clé : 1.a5!, et chacune des cases du carré d6-e6-e7-d7 est le théâtre d'un Grimshaw !
Solution : 1.a5 e6 2.f5#

N°7
Le coup e2 du gambit Steinitz est passé à la postérité, c'est sans doute à la clé du n°7 qu'il le doit. « Pris d'un goût héroïque des aventures, le Roi blanc sort de son abri et s'expose à une grêle d'échecs » (Chéron). Mais après 1...f1+, la case e3 est pour le courageux monarque le port de salut.
Solution : 1.e2 f1+ (1...f1+ 2.f2+ xe4 3.d3# ; 1...xe4 2.d3+ d4 3.f4#) 2.e3 g1+ 3.f2#

N°8
Si depuis la mésaventure de Dennis Julien, tout le monde sait que dans le n°8 le modeste pion b2 fait la loi, illustrant du même coup une noble devise. C'est la solution prise dans son ensemble qui permet de comprendre la devise : « le Pilote ».
Solution : 1.b4 (menaçant 2.d5 ou 2.f5) 1...c5+ 2.bxc5 a2 3.c6 c7 4.cxb7 -- 5.bxa8#, le malheureux Cavalier étant bloqué. Excelsior !


Publié le 19/05/2006 - 19:30 , Mis à jour le 23/08/2006 - 14:54