Ilmar Raud ou l'envers du décor
Mar del Plata 1941
Ilmar Raud est un joueur emblématique d’une époque trouble, il incarne une certaine réussite pour l’amateur, en mesure de défier les plus grands et parfois même de remporter la victoire.

Ilmar Raud (1913-1941) est un joueur emblématique d’une époque trouble, il incarne une certaine réussite pour l’amateur, en mesure de défier les plus grands et parfois même de remporter la victoire. Pourtant, il resta confiné à l’arrière de la scène, dans l’ombre, il fait partie aujourd’hui des nombreux joueurs dont le nom a pratiquement disparu de l’histoire des échecs.

Il était né à Viljandi en Estonie, une ancienne petite ville marchande ayant appartenu à la « Ligue hanséatique ». Ilmar Raud remporta le championnat d’Estonie en 1934 et en 1939. Ce furent les point culminants de sa brève carrière car toujours éclipsé par le talentueux Paul Keres (1916-1975), le plus grand champion estonien de tous les temps.

Viljandi cité hanséatique

Raud réussit pourtant à le battre une première fois mais Keres à l’époque n’avait que 13 ans, donnons lui la parole :

« En 1928 Mikenas, qui était alors un des meilleurs joueurs lithuaniens, fit une brève visite à Pärnu (ville où résidait Keres) et donna une simultanée dans le club local. Evidemment mon père et moi fûmes présents et je réussis à arracher au champion le point entier. Ce succès m’apporta, naturellement, à nouveau courage et confiance en mes capacités, et me donna la stimulation nécessaire pour participer à d’autres tournois.

L’année suivante se disputa à Pärnu le championnat de parties rapides de la ville. Je réussis à obtenir la première place et, grâce à ce résultat, je fus sélectionné dans l’équipe de la cité pour défier la petite ville de Viljandi. Je devais jouer deux parties contre le jeune Ilmar Raud qui, à l’époque, s’était déjà fait une réputation. La première partie se termina avec le partage du point et dans la deuxième je suis arrivé en finale avec deux pions de plus. Raud mit une tour en prise! Sans réfléchir une seconde, je pris la tour… pour être maté en un coup. Cette première leçon a été douloureuse, mais très utile. »

Paul Keres
Ilmar Raud

Keres,Paul - Raud,Ilmar
Parnu-Viljandi Parnu, 1929

Partie Italienne [C54]

 

1.e4 e5 2.f3 c6 3.c4 c5 4.c3 f6 5.d4 exd4 6.cxd4 b4+ 7.d2 xd2+ 8.bxd2 d5 9.exd5 xd5 10.b3 ce7 11.0–0 0–0 12.fe1 b6

« Jouable, mais non sans risque pour les noirs dont la position à l’aile roi est affaiblie par le départ du cavalier. » Sylvain Zinser

13.d3 f5

(recommandé par Palkovi en 1998 !?)

14.xe7 xd3 15.ae1

Tout cela fut joué dans la partie Leonhardt-Sütching (Vienne 1908) qui se poursuivit avec 15…Ff5 16.Cg5 Fg6 17.Cdf3 +=

15...g6 16.h4

Abandonne le pion central, 16.h4!? += Paoli-Tabor (Baja 1971)

16...xd4 17.xg6 hxg6 18.f3 d5 19.xc7 xb3 20.axb3 ab8 21.g5 d5 22.d7 f6 23.de7 fe8?

Après 23...d5!? les chances semblent égales.

24.xf7 xe7 25.xe7 c8?

Perd un 2e pion pour un peu d’activité.

26.g3 c2 27.xb7 xb2 28.g5 e8 29.b8 f8 30.e4 b1+ 31.g2 d1 32.f3 d7 33.f4 e7 34.g5 f7 35.f4 c7 36.h4 d5 37.c5 e7 38.b7 c7 39.g4 d7

40.xd7??

Une belle arnaque ! 40.f5!+-

40...e6# 0–1

A Varsovie en 1935, il participa pour la première fois, comme Keres, à une Olympiade. Au 4ème échiquier de l’équipe estonienne derrière Paul Keres, Gunnar Friedemann et Leo Laurentius, il passa inaperçu avec une prestation en demi-teinte (+4 -4 =7)

A Münich en 1936, lors de l’Olympiade non officielle, il se situa en dessous de la barre des 50%, mais il occupait le deuxième échiquier (+7 -8 =5), toujours dans l’ombre de Keres! Toutefois une de ses parties retint l’attention du livre du tournoi grâce à une victoire face à un ancien champion islandais qui réalisa la meilleure performance de son équipe.

Photo de l’équipe d’Islande à Buenos Aires - Asgeirsson tout à droite.

Asgeirsson,Asmundur - Raud,Ilmar
Munich ol (Men) Munich (9), 22.08.1936

Gambit de la Dame [D61]
Commentaires du « Livre du tournoi »

1.d4 d5 2.c4 e6 3.c3 f6 4.g5 e7 5.f3 bd7 6.e3 0–0 7.c2 h6 8.h4

Avec cet ordre de coup le tranchant 8.h4!? suivi d’un rapide « 0–0–0 » est possible.

8...c6

« Poursuivre avec 8...c5 9.d1 a5 est la suite préconisée par la théorie mais qui n’est pas du goût de tout le monde. »

9.a3 a6 10.c5?!

« Certainement douteux car les noirs vont disposer de la forte réaction centrale e6–e5 »
Meilleur 10.d1 e8 11.e2 dxc4 12.xc4 b5 13.a2 b6 14.b1 c5 avec un léger avantage blanc.

10...e8 11.d3

« Meilleur était 11.Fe2 »

11...e5! 12.dxe5 g4 13.xe7

« Après 13.Fg3 Fxc5 les noirs étaient mieux »

13...xe7 14.b4

A considérer 14.e6!? qui ralentissait la mobilisation des pièces noires après 14...xe6 15.f5 xe3 16.fxe3 xe3+ 17.e2 etc.

14...dxe5 15.e2?

« Si 15.Cd4 suivait également 15…Cxf2 et si 15.Cxe5 les noirs reprenait avec la dame. »

15...xf2!

« Le sacrifice du cavalier provoque la conduite d’une attaque écrasante sur l’aile roi. »

16.xf2 g4+ 17.e1 xe3 18.d2 d4! 19.d1

« A nouveau une jolie pointe! Après 19.xd4 h4+ (Poursuivre l’attaque avec 19...g4! est toutefois beaucoup plus fort !) 20.g3 xd4 21.xd4 c2+ permet d’entrer dans une finale gagnante. »

19...xg2+ 20.f2 h4 21.f1 h3 22.g1 ad8 23.g3 d3!

« Les noirs conduisent l’attaque avec force. »

24.xd3 xf3 25.xf3 h4+ 26.g3 xd3! 27.xd3

« Les noirs ont annoncé mat en quatre 27…Df4 28.Df3 Dd2 29.De2 Dxe2 30.Rg1 Df1 mat. »

27...f4+ 28.f3 d2+ 29.g1 [29.e2 xe2+ 30.g1 f1#] 29...e1+ 0–1

Lors de la 7ème Olympiade à Stockholm en 1937, Ilmar Raud, fut des plus redoutables au 3ème échiquier (+7 -2 =8). Pourtant au mois de juillet, peu avant, il avait joué un tournoi catastrophique à Pärnu, remporté par Paul Schmidt devançant d’un point Flohr, Keres et Stahlberg. Il se classa avant-dernier et c’est logiquement Paul Schmidt qui occupa le deuxième échiquier.

Cependant, impossible de rivaliser avec l’extraordinaire Paul Keres qui au premier échiquier réussit la meilleure performance de l’équipe avec 9 victoires contre des adversaires de premier plan comme Reshevsky, Pirc, Bolbochan, Alexander pour seulement 2 défaites dont le champion du monde en titre Max Euwe.

Une des parties les plus intéressantes jouées par Raud fut celle qui l’opposa au Letton Fricis Apsenieks (1894-1941).

Raud,Ilmar - Apsenieks,Fricis
Stockholm ol (Men) (3), 01.08.1937

Défense Française [C10]

 

1.d4 e6 2.e4 d5 3.c3 dxe4 4.xe4 d7 5.f3 gf6 6.xf6+ xf6 7.d3 g6?!

Un affaiblissement de l’aile roi très suspect par rapport à 7…c5, 7…Fe7 ou même 7…b6 retenu par la théorie.

8.0–0

Un plan avec 8.g5 g7 9.d2 incluant l’option du « 0–0–0 » était à considérer.

 

8...g7 9.c3 0–0 10.e2 b6 11.a6

Les blancs ont privilégié un jeu solide et veulent éliminer le fou de cases blanches qui pouvait devenir dangereux mais les noirs n’ont apparemment pas de problème pour égaliser.

11...d5 12.g5 d6 13.xc8 fxc8 14.ad1 c5! 15.c4 b4 16.a3 c6 17.dxc5 xc5 18.b4 f5

Les blancs ont obtenu une majorité de pions sur l’aile dame contenue par un jeu de pièces adverse très actif. Les chances sont probablement égales.

19.fe1 c7 20.h3 h5

Le mécanique 20...ac8 perdait sur le champ après 21.g4 mais moins affaiblissant était 20…Ce5!? qui forçait des simplifications.

21.d2!?

Introduit la menace 22.Ch4 +–

21...f6?!

Préférable était 21…e5 car le fou de cases noires est un défenseur important du roque.

22.xf6 xf6 23.d6 ac8 24.d3! e7 25.d2!

Tout en défendant c4, le cavalier vise la case e4 qui immédiatement peut poser des problèmes sur les cases noires affaiblies.

25...f5

Par exemple 25...c6? 26.e4 h4 27.e5 xc4 28.d7 f5 29.f6++–

26.f4 d8

Pour se libérer de la pression sur la colonne d mais fragilise la coordination des pièces. A considérer 26…Dg7!?

27.e4 e7 28.xd8+ xd8 29.g4!

Permet de déloger le cavalier.

29...hxg4 30.hxg4 d4

31.f6+?!

Logique mais précipité, 31.g2!! pour permettre à la tour d’utiliser la colonne h amenait une attaque irrésistible 31...xc4 (ou 31...f5 32.f6+ f7 33.h1 a8+ 34.d5!! xc4 35.h7+ g8 36.d7+–) 32.h1+–

31...g7 32.e8+!? xe8 33.xd4+ g8 34.e3

Pour rejoindre la colonne h.

34...c8?

Le roi blanc est aussi faible que celui de l’adversaire, 34...d7 35.e5 a8! provoque l’effet miroir et la menace 36…Td1. C’est l’équilibre de la terreur car les pièces noires sont aussi en mesure de mater !

35.h3 e5 36.xe5 f6

36...xg4+? 37.h2!+–

37.xf6 xg4+ 38.g3! d1+ 39.g2 g7 40.e6+ f7 41.xg6+

Après 41.xg6+! le mat est imparable.

41...f8 42.g8+ e7 43.e3+ d6 44.g6+ 1–0

L’équipe estonienne à Buenos Aires

Lorsque la seconde guerre éclata, le 1er septembre 1939, Ilmar Raud participait à l’Olympiade de Buenos Aires au 2ème échiquier de l’équipe estonienne, toujours derrière Paul Keres mais cette fois devant Paul Schmidt.

Keres était devenu un prétendant au titre mondial et dans le « British Chess Magazine » sous la plume de Koltanowsky il était décrit comme « Un nouveau Morphy. » En 1939, en avril, il avait remporté le tournoi de Margate devançant Capablanca alors qu’Ilmar Raud, ne laissait pratiquement aucune trace de sa participation au tournoi de « Reserve A » si ce n’est une honorable 4ème place.

L’équipe estonienne remporta la médaille de bronze, devancée par l’Allemagne et la Pologne. Ilmar Raud réalisa à nouveau une prestation honorable (+4 -4 =5).

Une partie retint l’attention publiée dans le livre du tournoi argentin. Son adversaire Erik Lundin (1904-1988) faisait partie des mousquetaires suédois avec Stoltz (absent à Buenos Aires) et Stahlberg qui faisaient de l’équipe olympique suédoise l’une des plus dangereuses. Dans le tour préliminaire, les Suédois et les Estoniens se retrouvèrent en tête et furent qualifiés pour le tour final A.

L’équipe suédoise

Lundin,Erik - Raud,Ilmar
Buenos Aires ol (Men) prel-D (1), 24.08.1939

Gambit de la Dame [D56]

 

1.f3 f6 2.c4 e6 3.c3 d5 4.d4 e7 5.g5 0–0 6.e3 h6 7.h4 e4

« Ce coup constitue la défense Lasker dans laquelle les noirs ne manifestent pas de grandes prétentions mais comptent créer une forteresse imprenable. » Karpov

8.xe7 xe7 9.c2 xc3 10.xc3 dxc4 11.xc4 d7 12.0–0

Intéressant 12.c1!? b6 13.b5 b7 14.c6 xc6 15.xc6 b4+ 16.e2 += Polougaïevsky

12...b6 13.fd1

Plus pointu 13.b5!?

13...b7 14.ac1 fd8 15.e2 c5

« Préparée convenablement, cette poussée résout le problème des noirs. » Le livre du tournoi

16.a3 a5!

« Fixe la case b4, et empêche une poussée ultérieure du pion b blanc, qui pourrait ainsi chasser le cavalier qui lui vise à s’installer sur la case c5. » Le livre du tournoi

17.d2 e5 18.dxc5 xc5 19.c4 g5 20.g3?

Affaiblit dangereusement le roque. 20.Ff1!?

20...f6!

Très fort, sans craindre 21.Cxb6? Txd1 22.Fxd1 (22.Txd1 Dxb6) Ce4! 23.f3 Td8!! avec attaque gagnante 24.fxe4? Td2 –+

21.xd8+?

Plus résistant 21.e4!? qui permettait de ramener la dame en défense sur l’aile roi.

21...xd8 22.d1?! xd1+ 23.xd1 a6 24.d2? d6 25.c3 e4! 0–1

« Dans cette partie le jeune Ilmar Raud a traité l’ouverture et le milieu de jeu en connaisseur, pour obtenir la victoire par la voie la plus expéditive. » Le livre du tournoi

Photo de l’équipe reçue par la communauté estonienne de Buenos Aires - au 1er rang 5e à partir de la gauche, Keres et à sa droite Raud.

Lundin prendra sa revanche dans le tour final et cette partie sera remarquée et annotée par le champion du monde Alekhine.

Paul Keres et Alexandre Alekhine en spectateur.

Alekhine « commente »

Lundin,Erik - Raud,Ilmar
Buenos Aires ol (Men) fin-A (10), 12.09.1939

Défense Française [C11]

1.e4 e6 2.d4 d5 3.c3 f6 4.e5 fd7 5.ce2

« Une vieille variante (au lieu de l’usuel 5.f4) qui a été utilisée avec succès par Spielmann. A mon goût, ce coup de cavalier est plutôt artificiel. »

5...c5 6.c3 f6

« Comme le démontrera la suite de cette partie, ce coup est prématuré et doit être éventuellement précédé par 6...c6 7.f4; Ou 6...cxd4 7.cxd4 f6 8.f4 b4+ 9.d2 b6 Les complications tactiques qui vont suivre sont caractéristiques de ce genre de position et donc très instructives. »

7.f4 e7 8.d3!?

Keres recommendait 8.exf6 Dxf6 9.Cf3 +=

8...fxe5 9.dxe5 c6

« Les noirs ne peuvent jouer 9...xe5 parce que cela apporterait une grande gêne après 10.h5+ f7 11.xh7 g5 12.h3!; Une possibilité intéressante est par contre 9...g5!? qui perturbe le plan adverse et permet ainsi aux noirs de se développer avec un jeu actif, par exemple 10.h5+ f7 11.xg5 c6 12.f3 e7 13.h6 dxe5= l’ouverture de la colonne g offre des perspectives d’attaque.

10.f3!

« Plus logique que la variante indiquée ci-dessus. Les chances noires pour se développer sont très limitées puisque 10…g5? serait fatal après 11.Cg6. La variante 10…Ccxe5 11.Cxe5 Cxe5 12.Dh5 Cf7 13.Fxh7 Dg5 14.Dxg5 Cxg5 15.Fg6 Cf7 (15…Rd8 16.Cxd5) 16.0–0 laissait les blancs avec un avantage positionnel évident. »

« Les noirs avaient planifié d’obtenir une forte position centrale en offrant la qualité après 10.Dh5 Df7 11.Fg6 hxg6 12.Dxh8 Cde5 suivi de 13…Fd7 et 14…0-0-0 avec d’excellentes perspectives de lutte. »

10...d8?

« Ceci améliore très peu la variante mentionnée dans la note précédente parce qu’après l’intermède tactique qui va suivre les reines resteront sur l’échiquier et le roi noir sera soumis à des inconvénients répétés. »« Une position difficile pour les noirs et la menace insidieuse des blancs n’était pas visible. » Lundin

11.g6!?

« Ne gagne pas du matériel mais crée des faiblesses dans la position noire et, ce qui est plus important, ceci empêche pour longtemps la coopération efficace des pièces ennemies. D’autre part 11.g6+ f7 était inutile. » A vérifier après 12.xf7+! xf7 (12...xf7 13.xe6! xe6 14.g5+ xe5 15.0–0+–) 13.g5 etc.

11...hxg6 12.xg6+ f7 13.g5 f6 14.exf6 gxf6 15.e5!

« L’essence même de l’idée offensive. »

15...fxg5 16.xf7+

« Après 16.xf7 g8 17.h5 d7 18.e5+ c7 et les noirs obtenaient un tempo important par rapport à ce qui va suivre. »

16...d8 17.h5 g8 18.0–0 g7 19.e1 c7 20.d3

« Avec le but de réfuter le coup 20…Dd6 (qui était possible après 20.c4) avec la réplique 21.Dh7! »

20...xe5 21.xe5 d6 22.ae1 d7 23.c4!

« Décisif puisqu’après la réponse pratiquement forcée des noirs, ils ne seront plus en mesure de défendre simultanément les 3 faiblesses e6, g5 et c5 »

23...d4 24.g4 ae8 25.a3

« Très fort était aussi 25.b4 cxb4 26.c5 suivi par 27.Dxd4 mais le coup de la partie est plus en accord avec le type de manœuvre élaborée par les blancs. »

25...b8 26.xc5

« C’est un peu plus fort que 26.xc5 xc5 27.xc5 c8 28.xc8+ xc8 29.b3 b5 30.cxb5 xb5 parce que dans ce cas les blancs n’auraient pas un pion passé sur l’aile roi comme dans la partie. »

26...f4 27.g3 c8

« Après 27...xg3 28.hxg3 c8 29.xc8+ xc8 30.b3 b5 31.cxb5 xb5 force un gain rapide avec 32.a4 d7 (un peu mieux 32...d3) 33.d1 etc. »

28.xc8+ xc8 29.xf4+ gxf4 30.b3 b5 31.h4

« Cette utilisation immédiate du pion passé est plus convaincante que l’insipide 31.cxb5 xb5 32.a4 d3! après quoi les noirs ont encore des ressources pour continuer la lutte. »

31...bxc4 32.bxc4 xc4 33.h5 c7

« Evidemment il n’y a plus de temps pour contre-attaquer avec 33…d3 »

34.e4?!

Plus précis 34.h6 d6 35.e4!

34...f3?

Ici une ressource a échappé à Alekhine 34...e5!! qui libère la 6e traverse en gagnant un tempo sur le fou, par exemple 35.h6 (ou 35.xd7 xd7 36.xe5 d6 et la lutte est loin d’être terminée si 37.e4 d5 38.xf4? d3!) 35...c1+ 36.h2 c6 37.xd7 xd7 38.xe5 xh6+

35.xf3 c6 36.h4 c1+ 37.h2 xf3 38.h6!

« Mais pas 38.gxf3? d3 39.d4 c5 avec probablement une nulle. » Lundin

38...b1 39.gxf3!

« Evitant le dernier piège 39.h7 b8 40.h8? xh8 41.xh8 d3! –+. »

39...b8 40.xd4

« Maintenant les blancs vont continuer avec 2 pions d’avance dans une finale de tours et donc il n’y aura plus aucun doute sur l’issue de la partie malgré la résistance héroïque des noirs. »

40...h8 41.h4 d6 42.g3 e5 43.g4 f6 44.h5 e5 45.a4 h7 46.f4 e4 47.xe4 c7 48.a4 c5+ 49.g4 a5 50.d4 c2 51.d6+ f7 52.a4 xf2 53.a6 g2+ 54.f5 h2 55.a7+ g8 56.g6 g2+ 57.f6 h2 58.h7+ h8 59.xa5 a2 60.f5 a1 61.f7 h1 62.f6 h5 63.b5 h4 64.a5 a4 65.b8+ xh7 66.a6 h4 67.b6 g4 68.b1 1–0

J’ai eu l’occasion de rencontrer Erik Lundin en 1987 à Stockholm mais, à l’époque, j’étais plutôt intéressé par les exploits de la jeune Pia Cramling qui jouait avec virtuosité la « Sicilienne Svesnikov » et je passais à côté de l’opportunité d’interroger un témoin important des échecs du XX siècle.

Erik Lundin, Pia Cramling et Ferdinand Hellers.

A l’issue de l’Olympiade, beaucoup de joueurs furent confrontés au choix de retourner dans une Europe en guerre ou de rester, souvent sans ressources, en Argentine. Keres s’embarqua à la fin de l’année pour jouer un match contre l’ex-champion du monde Max Euwe. La Hollande était encore un pays neutre alors que l’Estonie était occupée par les Soviétiques qui, dans un premier temps, installèrent des bases navales avant de l’annexer complètement en juin 1940.

Le retour était loin d’être chose facile. La crainte des mines et des sous-marins allemands rendait le voyage dangereux et le Suédois Lundin rapporta qu’il lui fallut voyager 49 jours à bord d’un navire marchand avant de pouvoir accoster à Bergen en Norvège.

Dédicace de Erik Lundin

Ilmar Raud, au contraire, décida de rester sur sol argentin et une longue errance débuta pour lui. Si les meilleurs joueurs comme Najdorf, Eliskases ou Stalberg avaient réussi, grâce à leur talent et au soutien de leurs communautés respectives, à assurer leur subsistance, il n’en allait pas de même pour des seconds couteaux comme lui. Il fut très rapidement confronté à la solitude et à la misère, déprimé devant les supplications de sa mère, qui dans ses courriers, l’enjoignait de retourner au pays. Son frère avait été tué par les Soviétiques lors de l’invasion et l’occupation des pays baltes. Il sombra à maintes reprises dans le plus profond désespoir. De plus, à cause de ses résultats irréguliers, les organisateurs lui préfèrent d’autres grands noms et les occasions de jouer se firent très rares. Une exception, le tournoi international du « Circulo de Ajedrez de Buenos Aires 1940 ». Contrairement à un article publié en octobre 1941 dans « Chess » ce ne fut pas son dernier tournoi. Le magazine « Caïssa » l’atteste dans son numéro de septembre 1940 et publia la grille du tournoi qui prouve qu’après avoir mené dans les premières rondes, Ilmar Raud (+5 -2 =6) se classa 4ème, distancé de 3,5 points par le Polonais Frydman (+10 =3). Il eut la maigre consolation d’infliger sa seule défaite au Lithuanien Markas Luckis (1905-1973) qui termina second, et qui devançait le chantre des échecs argentins, Roberto Grau. Déçu de sa prestation, Ilmar Raud refusa de participer au souper de clôture et sombra à nouveau dans la dépression.

Le Lithuanien Markas Luckis (1905-1973)


Luckis,Marcos - Raud,Ilmar
Circulo de Ajedrez de Buenos Aires, 1940

Gambit de la Dame [D66]

 

1.d4 f6 2.c4 e6 3.c3 d5 4.f3 e7 5.g5 bd7 6.e3 0–0 7.c1 c6 8.d3 a6

Usuel est 8...h6 9.h4 dxc4 10.xc4 b5 11.d3 a6 12.a4! avec un léger avantage blanc.

9.cxd5 exd5 10.c2 e8 11.0–0 f8 12.e5 g4 13.xe7 xe7 14.xg4 xg4 15.e2

L’attaque de minorité est difficile à réaliser alors que les noirs peuvent développer une attaque sur l’aile roi. La théorie recommande 15.ce1 ad8 16.f4 et cette partie nous permet de mieux en comprendre les raisons.

15...ad8 16.g3 d6 17.fe1 h4 18.b4 h6 19.f1?!

Se refusant à affaiblir le roque mais 19.h3!? questionnant le fou doit être la suite critique.

19...e6 20.a4 

20...f3! 21.e2

Après 21.gxf3 g5 22.f5 (22.e2? h5!–+) 22...g6! ce fou ne peut se maintenir en défense 23.d7 (23.g4 f5) 23...xf3+ 24.g2 xe1+ 25.xe1 d8 26.xc6 bxc6 27.xc6 g5 28.c7 h3+ 29.g1 c8–+

21...e4 22.d2 g5!

Toutes les pièces attaquent avec la terrible menace 23…Fxg2 24.Rxg2 Ce4 –+

23.f3

Si 23.d1 xg2! 24.xg2 ee6! suivi de 25…Teg6 et l’attaque est irrésistible.

23...h3+! 24.gxh3

Ou encore 24.h1 f2! 25.gxh3 g6 26.g3 xf3+ 27.xf3 xd2–+

24...g6+ 25.g3 xg3+! 26.hxg3 xg3+ 27.f1 Si 27.h1 e6!

27...xh3+ 28.g1

28...g3+

Une autre possibilité était 28...e6! 29.f1 g6+ 30.g2 xf3–+

29.f1 h2 30.fxe4?

L’ouverture des colonnes facilite le travail des pièces lourdes.

30...e6! 31.d1 dxe4 32.c2 h3+?!

Plus simple 32...g3 suivi de 33…Tf6.

33.g1 g6+ 34.g4 xg4+ 35.xg4 xg4+ 36.g2 f5 37.b2 h6 38.b5 c5 39.f2 g5+ 40.g2 d5 0–1 Une partie lumineuse et une belle attaque !

Mar del Plata 41 - le dernier tournoi de Ilmar Raud


Ilmar Raud vivait dans une pauvreté affligeante, la plupart du temps il errait dans les cafés, trouvant parfois un adversaire qui lui donnait quelques pesos pour une partie, se nourrissant à peine. En 1941, il fut invité pour disputer le très fort tournoi de Mar del Plata. De quoi lui redonner un peu d’espoir car s’il réussissait un bon classement, il aurait des chances d’être invité pour d’autres tournois ou, mieux encore, par un riche mécène.

Ce fut le contraire qui arriva, il termina 14ème sur 18 (+2 -6 =9) distancé de 6,5 points par Stahlberg.

Buenos Aires

Un échec qu’il ne put surmonter, surtout de se voir devancer par des joueurs locaux et à peine le tournoi terminé, il a quitté la maison d’hébergement des pauvres dans laquelle il avait trouvé refuge pour ne jamais y revenir. Il a été vu errant dans les rues de Buenos Aires, puis arrêté par la police, assez violemment traité (une autre version de M. Lachaga prétend qu’il est tombé d’inanition dans la rue alors que d’autres témoins ont remarqué qu’il portait des traces de coups) pour être ensuite incarcéré dans un asile d’aliénés. On le retrouva mort le 13 juillet 1941.

Les causes de sa mort furent attribuées à une pneumonie selon M. Lachaga, alors que l’historien argentin Copié semble plus réaliste: « Raud succomba à une mort précoce à cause de sa mauvaise alimentation qui se limitait essentiellement à la consommation de cafés au lait parce ses ressources financières étaient inexistantes par manque d’emploi. »

Notice nécrologique de « La Nacion » du 14 juillet 1941

« Ilmar Raud est sans doute le cas le plus tragique, compte tenu de tous ceux qui avaient choisi de rester sur notre sol. En fait, au-delà des considérations que l’on pourrait se faire sur son propre état d’esprit et de comment il a vécu affectivement son déracinement, il est évident que sa décision de rester en Argentine ne fut finalement pas la bonne. » (Source Historia del Ajedrez Olimpico Argentino Sergio Negri & Enrique J. Arguinariz 2012)

Une constatation qui implique de préciser que c’était un choix cornélien à l’époque car beaucoup de Baltes qui retournèrent au pays ne survécurent pas aux vicissitudes de la seconde guerre mondiale, à la fois victimes ou collaborateurs des envahisseurs soviétiques ou nazis. Pour l’Estonie le bilan s’élève à environ 50.000 morts, elle fut relativement épargnée par rapport aux Lettons (287.000) ou pire encore aux Lithuaniens (448.000).

Depuis 1966 sa ville natale organise un « Mémorial Raud » en son honneur.

Je tiens à remercier le Musée du Jeux de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld www.museedujeu.ch et Morgado De Buenos Aires qui m'a aidé à trouver des documents sur cette époque en Argentine.

Georges Bertola



Publié le 27/03/2015 - 07:00 , Mis à jour le 06/04/2015 - 00:33
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