Interview de Romain Edouard
A l'occasion de la sortie de son livre «The Chess Manual of Avoidable Mistakes», entretien avec le GMI français sur son ouvrage et son actualité.

Romain Edouard a publié il y a quelques semaines son premier livre, « The Chess Manual of Avoidable Mistakes » (le manuel d'échecs des erreurs évitables). Le Grand Maître français nous présente cet ouvrage et évoque son actualité.

 - Ton livre vise à aider les joueurs de tout niveau à progresser en évitant les erreurs les plus courantes. Quelles sont-elles selon toi ?

En effet, un grand nombre d'erreurs peuvent être limitées aux échecs en appliquant certaines règles et en ayant simplement quelques exemples en tête. Mon livre traite de l'objectivité durant une partie d'échecs, des causes principales de grosses erreurs, de la méthode de jugement des coups concrets et/ou concessions sur l'échiquier, en passant par quelques conseils sur les méthodes de travail ou encore la gestion des zeitnot. Tous les joueurs pourront y trouver leur compte, quel que soit leur niveau, sauf les véritables débutants.

- Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire ce livre ?

J'ai toujours aimé écrire (d'ailleurs les lecteurs de la revue Europe Échecs le savent bien !) et j'ai aussi la volonté de me diversifier professionnellement tout en restant dans les échecs.
J'adore jouer et j'y consacre la majeure partie de mon temps, mais je ne voudrais pas faire que ça afin d'éviter la monotonie. Un contrat m'a été proposé par une nouvelle maison d'édition très ambitieuse et je l'ai accepté.

- Dans ton livre, tu insistes sur la nécessité d’être toujours exigeant avec soi-même. Éviter les erreurs techniques commence par adopter une certaine approche mentale ?

Chaque joueur a un certain niveau de jeu qui implique de commettre plus ou moins d'erreurs, celles-ci ne faisant pas partie des « erreurs évitables ». En revanche, un joueur de n'importe quel niveau commet un certain nombre d'erreurs en plus de celles qu'il devrait commettre. En effet, ces erreurs sont à 90% d'ordre mental (objectivité, confiance et concentration étant les trois clefs de la boîte au trésor).

- Tes parties servent d'exemples et d'illustrations à l'ouvrage. Analyser ses parties d'un œil critique est important ?

Il est très important d'être critique avec soi-même, mais en l’occurrence, le choix d'utiliser en grande majorité mes propres parties est dû au fait qu'il s'agissait de la seule façon de mettre par écrit les choses que je voulais expliquer aux lecteurs. Il s'agit d'expliquer les erreurs du point de vue psychologique et mental. Si j'avais utilisé les parties d'autres joueurs, j'aurais été forcé d'extrapoler un certain nombre de choses puisque je ne suis pas dans leur tête.

- Comment un GMI à presque 2700 peut-il identifier et corriger ses faiblesses ? Et peut-il le faire seul ? Est-ce transposable aux joueurs amateurs ?

Un niveau de jeu peut toujours être amélioré. N'importe quel GMI, par un travail objectif, seul ou accompagné, peut identifier et corriger un certain nombre de ses faiblesses. Toutefois, en
connaître la démarche apportera peu aux joueurs amateurs, pour la simple raison qu'une progression doit se faire par étapes. En revanche, les fautes liées au mental commises par un GMI et par un joueur amateur ont énormément de points en commun, et les méthodes pour s'améliorer sont « transposables » à quiconque avec une bonne pédagogie.

- Pour l'instant, ton livre n'est disponible qu'en anglais. Une version française est-elle prévue ?

C'est envisagé, mais évidemment c'est une question strictement liée au marketing. Déjà une assez grande partie des livres imprimés en anglais a été vendue. Je pourrai en dire davantage d'ici quelques mois.

- As-tu prévu d'écrire d'autres livres prochainement ?

J'écrirai sans doute un second livre d'ici fin 2015.

- Passons maintenant à ta carrière : après un superbe 2702 Elo en juin 2014, ton classement est depuis en baisse constante. As-tu une explication ?

Je suis dans une spirale négative et ma confiance générale n'est plus aussi haute qu'elle ne l'était il y a quelques mois. Mon style de jeu plutôt tranchant amplifie l'importance des « moments critiques » de chaque partie. Cela peut avoir un effet très positif lorsque je suis en forme, mais peut aussi avoir un effet très négatif quand je suis hors de forme. Malgré cette baisse de forme, je n'ai pas changé mon style de jeu et les résultats ont parfois été particulièrement sévères. Je ne joue pas moins bien que lorsque j'ai dépassé les 2700, mais je commets trop de grosses gaffes en un coup.

- Dans une interview précédente tu as dit : « Je souhaite revenir à 2700 Elo [...] le problème est d'ordre psychologique. » Peux-tu être plus précis ?

Pour faire simple, lorsque les mauvais résultats commencent à s'enchaîner, on n'en voit pas la fin. Je dois réussir à tout remettre à zéro. C'est plus facile à dire qu'à faire. Cependant, mes mauvais résultats sont presque tous arrivés lors de périodes surchargées. Du 21 novembre au 7 janvier je suis resté seulement 7 jours chez moi. J'ai beaucoup appris, mais aussi un peu souffert par moment. Je sentais que mon cerveau fonctionnait au ralenti, et d'ailleurs je me suis retrouvé presque systématiquement en zeitnot. Mon amour pour le jeu n'est pas remis en cause, les conclusions à en tirer sont assez simples et la solution serait sans doute de prendre un peu de repos.

- Tu as disputé un match exhibition à Londres dernièrement. Que peux-tu nous dire sur cette expérience ?

C'était une expérience très enrichissante, que je dois à la fédération anglaise, au sponsor Brambles Administration, et à Robert Fontaine, qui, à titre privé, a eu l'occasion de « placer » un joueur et a pensé à moi. Les organisateurs du « London Chess Classics » nous ont aussi fait l'honneur de nous accepter sur la scène avec le « Super Six », l’accueil et les conditions de jeu étaient exceptionnelles. Évidemment le résultat ne peut pas être considéré comme satisfaisant puisque j'ai perdu, alors même que j'avais dominé un certain nombre de parties. Toutefois, je reste persuadé que disputer ce genre de matches est une école extraordinaire, notamment pour de futurs événements au « Knock Out ».


- Tu vis maintenant à Barcelone, en Espagne. Quelles sont les raisons qui t'ont amené à t'expatrier ?

J'aime énormément Barcelone et c'est une ville très pratique pour voyager. Je gagne beaucoup de temps lorsque je pars en tournoi et je suis toujours heureux de retrouver ma ville en rentrant. Je n'avais pas de raison particulière de quitter la France, mais je n'ai trouvé aucune autre ville qui me plaisait autant.

- Quel est ton planning des tournois pour 2015 ?

Je vais jouer à Gibraltar et beaucoup de matches par équipes les week-end. J'ai plusieurs autres événements en tête d'ici l'été, mais je ne les confirmerais que si mes prochains résultats indiquent une amélioration. Sinon je ferai des choix. Quoi qu'il en soit, je sais déjà que je participerai à ma première Coupe du Monde au moins de septembre. J'ai eu la chance de me qualifier grâce au classement ACP, qui travaille énormément pour offrir des « Wild Card » à ses joueurs dans divers événements. Ce sera l'un de mes très gros événements en 2015.
 



Le livre de Romain Edouard « The Chess Manual of Avoidable Mistakes » peut être commandé par mail auprès de Daniël Vanheirzeele (dan@thinkerspublishing.com). Informations complémentaires sur le site www.thinkerspublishing.com


Publié le 22/01/2015 - 00:05 , Mis à jour le 22/01/2015 - 00:41
Les réactions (6)
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raziell - 22/01/2015 20:45
Romain Edouard est lucide sur ses résultats en demie teinte et ne cherche pas de fausses excuses. Il va rebondir et retrouvera à nouveau sa place dans le club fermé des plus de 2700 en grand champion qu il est.


europeechecs - 22/01/2015 13:44
Avec 9 défaites, 7 victoires et 13 nulles en parties classiques, nous pensons au contraire que ce n'est pas mal du tout.

martin45 - 22/01/2015 13:27
On ne félicitera pas Romain Edouard pour sa défense qui n'est surtout pas la défense française... Comme on peut le constater.