Interview exclusive de Garry Kasparov (2)
Deuxième partie de l'interview que le XIII champion du monde, Garry Kasparov, a accordé à l'équipe d'Europe Echecs avant de quitter Valence. Le GM Robert Fontaine a voulu en savoir plus sur la promotion des échecs, la FIDE et bien d'autres choses encore. Vidéo à ne manquer sous aucun prétexte !


Deuxième partie de l'interview exclusive avec le XIII champion du monde, Garry Kasparov, par Robert Fontaine. Transcription par Frédéric Friedel de www.chessbase.com
Voir, voire revoir, la première partie de l'interview



Kasparov: “I must make this very clear, and people are not listening: I have no interest [in coming back to professional chess]. Because I accomplished everything I wanted in the game of chess, and now I enjoy it immensely, but playing professionally is a very different thing. Let us not forget, I am working with Magnus, and that is my professional work. You cannot combine these two things. I'm happy that I played well with Karpov - well, is a huge overstatement. Karpov played some very good moves, but the quality of his chess was not stable, sometimes it dropped quite dramatically, and also his time handling. As a professional player you know that very often your game depends on your opponent.

Karpov couldn't cope with the pressure. The real level of chess would be tested if I had Anand playing against me. I am not sure I could handle it, it would probably be too much. But again, you never know.

Fontaine: This match is a fantastic promotion for chess. How do you explain that Anand, Kramnik or Topalov cannot get the same popularity?

Kasparov: I said it and Karpov said it, at the opening press conference, it's tragic that a Kasparov-Karpov match, twenty-five years after our first World Championship, five years after I retired, and Karpov no longer a real force in the chess scene, that this is still the greatest show in the world of chess. It shows that something is wrong, and I think that is a very important message, for chess organisers, for FIDE, for chess fans, for grandmasters: I mean guys, something is dead wrong, if nobody cares about everything else and everybody pays attention to a match of, okay, two old guys.

Anyway, we are still here and we are creating the biggest show in the world of chess. I think it is wrong. I can only hope that things will somehow change. I don't know how, because looking at the game of chess which is now being played in Elista, Nalchik, Sochi, Khanty-Mansiysk, sometimes Baku and Yerevan, it brings chess to obscurity. For twenty-five years since our first match chess was sliding towards obscurity, and now it is a game that is out of the mainstream. If the top leading players are happy with that there is nothing you can do about it. But I think chess deserves better. We tried to prove it during this match - whether we did it or not is hard to say.

The next stop will hopefully be Paris. Our target is to play matches in all the countries where we played World Championship matches. The ideal choice would be to start in Moscow, but for quite obvious reasons it seems that Moscow will not materialise. My guess is that Paris is likely, and maybe nothing else. Probably my best chess results were in Paris. I played five rapid chess tournaments in Paris, I won four times out of five, and the fifth I lost in the final. In Moscow I made only one semi-final and I never won it. So Paris was the best ever, and those were not ordinary tournaments: every time I faced the strongest opposition and scored my most memorable victories there. So I wish to play another event there, and hopefully help people to see that the game of chess is still alive.


Traduction française par les pseudos « Clarxel » et « Dcax » de www.france-echecs.com

Garry Kasparov: Je veux que cela soit bien clair, mais les gens n'ont pas l'air de m'écouter : Je n'ai aucun intérêt (à faire mon retour dans le milieu des échecs professionnels). Parce que j'ai accompli tout ce que j'ai voulu dans le jeu d'échecs, et maintenant cela me procure une joie immense, mais jouer professionnellement est très différent.

N'oublions pas, je travaille avec Magnus, et c'est mon boulot Vous ne pouvez pas mélanger ces deux choses. Je suis heureux d'avoir pu jouer à un bon niveau avec Karpov - d'accord, c'est très exagéré de dire cela. Karpov a joué de bons coups, mais la qualité globale de son jeu était irrégulière, parfois elle chutait fortement, sans parler de sa gestion du temps. En tant que joueur professionnel, vous savez que très souvent votre partie dépend de votre adversaire.

Karpov n'a pas pu gérer la pression. Le niveau de jeu réel aurait pu être testé si j'avais eu Anand contre moi. Je ne suis pas sûr que j'aurais pu le contenir, cela aurait probablement été beaucoup trop pour moi. Mais une fois encore, on ne peut pas le dire avec certitude.

Robert Fontaine: Ce match est une publicité fantastique pour les échecs. Comment pouvez-vous expliquer que ni Anand, ni Kramnik ou Topalov n'arrivent à atteindre une même popularité?

Garry Kasparov: Je l'ai déjà dit, et Karpov l'a déjà dit, à la conférence de presse, c'est vraiment tragique qu'un match Kasparov -Karpov, 25 ans après notre premier championnat du monde, 5 ans après que j'ai pris ma retraite échiquéenne, et Karpov qui n'est plus parmi l'élite échiquéenne actuelle, que "ça" soit encore le plus grand événement dans le monde des échecs. Cela montre qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, et je pense que c'est un message très important, pour les organisateurs, pour les FIDE, pour les fans d'échecs, pour les Grands Maîtres : Ce que je veux dire réellement, c'est qu'il y a un problème très grave, si personne n'arrive à s'intéresser à rien d'autre qu'un match entre, on va dire, deux vieux mecs.

Quoiqu'il en soit, nous sommes toujours présents et nous créons le plus grand événement du monde des échecs. Je pense que cela n'est pas une bonne chose. Je peux seulement espérer que les choses vont changer, d'une manière ou d'une autre. Je ne sais pas comment, parce-que en regardant les échecs tels qu'ils sont joués à Elista, Nalchik, Sochi, Khanty-Mansiysk, quelquefois Baku et Erevan, cela conduit les échecs aux oubliettes. Pendant 25 ans depuis notre premier match, les échecs ont glissé vers les oubliettes, et maintenant c'est un jeu qui n'est plus à la mode. Si les Joueurs du Top mondial se satisfont de cette situation, il n'y a alors rien que l'on puisse faire contre ça. Mais je pense que les échecs méritent mieux que ça. Nous avons essayé de le prouver pendant ce match - que nous ayons réussi ou pas est difficile à dire.

Notre prochaine étape sera, espérons-le, Paris. Notre objectif est de réussir à jouer des matchs dans tous les pays où nous avons disputé des matchs pour le championnat du monde. Le choix idéal aurait été de commencer à Moscou, mais pour des raisons assez évidentes il semble que jouer à Moscou ne se concrétisera jamais. Je pense que Paris a des chances de se produire... mais qu'après il risque de n'y avoir plus rien. J'ai probablement obtenu mes meilleurs résultats à Paris. J'ai joué 5 tournois de parties rapides à Paris, j'en ai gagné 4 /5, et j'ai perdu la 5è fois en finale. A Moscou j'ai atteint une fois les demi-finales et je n'ai jamais gagné là bas. Donc, Paris a toujours ce que j'ai fait de mieux, et ce n'étaient pas des tournois ordinaires : à chaque fois j'ai dû affronter les plus forts adversaires et j'y ai remporté mes victoires les plus mémorables. Donc je souhaite participer à un nouvel événement là-bas, et si tout va bien, permettre ainsi aux gens de voir que le jeu d'Echecs est toujours vivant.




Le Musée des Sciences Prince Philippe prend l'aspect d'un squelette géant de baleine. Photo © www.europe-echecs.com



L'Oceanogràfic est un parc aquatique qui accueille 45 000 membres de 500 espèces différentes. Tout ce petit monde évolue dans une surface totale de 110.000 m2. C'est le plus grand aquarium d'Europe. Photo © www.europe-echecs.com



Kateryna Lahno avec un groupe folklorique. Photo © www.europe-echecs.com




Publié le 03/10/2009 - 00:00 , Mis à jour le 17/12/2009 - 16:36