Karjakin : «Je ne considère pas Magnus comme mon principal rival»
Le plus jeune Grand Maitre de l'histoire parle à Sevodnya Sport de sa vie à Moscou après son changement de nationalité, de son restaurant préféré, de ses tâches domestiques et de l'humanisation des échecs.


  Sergey, dans la liste FIDE de janvier, vous figurez comme Russe. Comment ressentez-vous le fait d'avoir obtenu une nouvelle nationalité échiquéenne ?
  Ce n'était qu'une formalité, car je suis déjà citoyen russe, et que je vis à Moscou ces derniers temps. Donc rien d'imprévu n'est arrivé.

  Mais cette formalité vous donne le droit de jouer pour l'équipe russe.
  Je souhaitai ardemment jouer pour la Russie au Championnat du Monde par équipes. Mais en raison de certaines règles, dont je ne connais pas le détail, je n'ai toujours pas le droit de jouer pour la Russie. J'espère pouvoir le faire à la fin de l'année aux Olympiades de Khanty-Mansisk

  Comment ont réagi les joueurs ukrainiens à ce changement ?
  Ils ont parfaitement compris, car la situation en Ukraine est absolument sans espoir. Juste un exemple, tous les joueurs ukrainiens ont été exclus de la liste Elo de janvier, car la fédération n'a pas réglé ses cotisations à la FIDE.

  Sergey, quel effet cela fait de revenir à la maison comme étranger ?
  Rien n'a changé. Je retourne encore à la maison. Je connais quelques garde-frontières à l'aéroport Simferopol [en Ukraine, NDLR], qui me disent que j'ai bien fait de changer. En vérité, beaucoup de gens me comprennent et me soutiennent.

  Comment êtes-vous installé à Moscou ?
  Je loue un deux pièces dans le centre de la ville. Je l'ai trouvé grâce à un ami, donc ce n'est pas trop cher. Mais j'espère avoir mon propre chez-moi à Moscou d'ici quelques temps.

  A t-il été difficile de s'ajuster au rythme de la métropole, après avoir vécu à Simferopol ?
  Cela l'a été, mais j'ai toujours trouvé intéressant d'être dans des grandes villes. Ma femme est originaire de Kiev, donc j'y ai vécu. Mais Moscou semble grande, même par rapport à Kiev.

  Avez-vous vécu les fameux embouteillages moscovites ?
  Oui. Après avoir gagné le tournoi de qualification du blitz mondial, un ami m'a proposé de me ramener à la maison. Nous avons passé 2 heures et demi dans les bouchons. Suite à ça, j'ai commencé à me déplacer en métro ou à pied. J'aime marcher, et j'apprécie regarder les attractions touristiques.

  Avez-vous déjà des endroits préférés ?
  Le restaurant géorgien "Genatsvale na Arbat". Je n'ai jamais mangé d'aussi délicieux shashliks [brochettes] nulle part ailleurs. Mais ce restaurant est très cher, donc je n'y vais pas souvent, seulement après une victoire exceptionnelle.

  Sergey, cet été vous avez épousé votre collègue, le Grand Maitre féminin Ekaterina Dolzhikova. Comment cela a t-il changé votre vie ?
  Alors qu'avant j'allais aux tournois avec mes parents, j'y vais désormais avec mon épouse. Elle m'encourage, et comme elle parle très bien anglais, elle peut souvent résoudre les problèmes qui apparaissent.

  Comment partagez-vous les tâches domestiques ?
  Katya cuisine, et réussit particulièrement bien les spaghettis bolognaises. C'est mon plat préféré. Je fais les courses au marché, je nettoie et d'une manière générale, j'essaye d'aider. Mais pour l'essentiel, les responsabilités domestiques reposent sur ma femme.

  N'avez-vous pas pensé à fonder une famille ?
  Il est un peu tôt pour ça. Mais j'ai un frère âgé de 2 ans. Ses parents l'ont élevé sous mes yeux, donc on peut dire que j'ai déjà eu un cours sur la paternité.

  Comment vos projets échiquéens ont été affectés par ce déménagement ?
  J'ai commencé à travailler avec des entraineurs très connus. C'était ma principale raison de déménager. J'ai dit, si vous voulez que je déménage, donnez-moi les meilleurs entraineurs. A Moscou, il y a toujours des sessions d'entrainement, des chances d'échanger les expériences. C'est ce qu'il manque à l'Ukraine.

  Avez-vous des obligations vis-a-vis de la Fédération Russe des Echecs ?
  Ils ne m'ont pas imposé de conditions. Personne ne peut promettre devenir Champion du Monde ou gagner de nombreux super-tournois à la suite. Mais de l'autre côté, on a dépensé de l'argent pour moi, et je dois justifier cette confiance.

  Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
  Dans les échecs actuels, l'ouverture est très importante. On doit chercher de nouvelles idées, des solutions humaines à des positions. Elles ne seront pas toujours les plus fortes, mais vous devez contraindre votre adversaire à faire travailler sa tête, et pas seulement à se souvenir de variantes d'ordinateurs.

  Comment réagissez-vous au fait que Kasparov entraine Carlsen ? Beaucoup pensent que dans un proche avenir, vous et Carlsen vous battrez pour le titre de Champion du Monde.
  Je suis sûr que Magnus bénéficiera énormément de sa coopération avec Gary Kasparov. Mais je pense plus à mon propre cas. J'étudie avec l'entraineur de Kasparov, Dokhoian, et j'ai déjà beaucoup appris de lui. Et les histoires concernant ma rivalité éternelle avec Carlsen, ce ne sont que des inventions journalistiques. Je ne considère pas Magnus comme mon principal rival.

  Vous avez déjà manqué le cycle de qualification pour le Championnat du Monde. Peut-être que suite à votre déménagement, Illyumzhinov vous invitera comme Candidat, en tant que grand espoir des échecs russes ?
  J'en doute fortement. Il y a beaucoup de candidats. Mais si Illyumzhinov me le propose, je ne refuserais pas, et je lui en serais très reconnaissant.. Mais pour l'instant, le but que je me suis fixé est d'entrer dans le top 10 mondial.

Traduction de l'article paru sur www.chessbase.com


Publié le 20/01/2010 - 18:20 , Mis à jour le 22/03/2010 - 12:18