La démocratie à la sauce russe
Des hommes en noir sont arrivés dans les bureaux de la Fédération Russe des échecs et ont présenté au président de la Fédération, M. Aleksandr Bakh un diktat signé par Arkadi Dvorkovitch - le conseiller de Dmitri Medvedev - (voir photo ci-contre), leur donnant l'autorisation de prendre le contrôle de la Fédération !

Addenda (26 Mai 2010) : Nous vous invitons à lire aussi l'article Guerre des nerfs dans les échecs russes paru sur le site Internet www.lefigaro.fr

« Dvorkovitch n'a aucune autorité pour agir unilatéralement. Il essaye de se placer au-dessus de la loi», a réagi samedi dernier Karpov sur son site internet. Il accuse le collaborateur du président Medvedev d'avoir gelé les comptes de la fédération russe et d'avoir dépêché des gardes dans les bureaux de l'organisation pour en chasser le directeur. Les faits ont été confirmés par la presse russe. Attaqué, Dvorkovitch n'a pas nié et se contente de rétorquer que «Karpov n'est pas une personne vraiment honnête». Il souligne aussi qu'un «grand joueur d'échecs n'est pas la même chose qu'un bon manager ».

Comme Carl Schrek l'a récemment signalé dans un article sur la politique étrangère cette semaine, le Kremlin a commencé à se mêler de la nomination du candidat de la Russie à la présidence de la Fédération Internationale des Echecs (FIDE).

Résumé rapide : le 14 mai 2010 la Fédération Russe des Echecs a désigné Anatoly Karpov comme son candidat. Dans une autre partie de la ville, une autre réunion, avec un peu moins de quorum, désigne l'actuel président Kirsan Ilioumjinov.

Vladimir Poutine et Kirsan Ilioumjinov

Aujourd'hui, aux alentours de 02h15 heure de Moscou, des hommes en noir d'une société de sécurité privée « Peper » sont arrivés dans les bureaux de la Fédération russe des échecs et ont présenté au président de la Fédération, M. Aleksandr Bakh un diktat signé par Arkadi Dvorkovitch - qui n'est rien de moins que le Conseiller de Dmitri Medvedev - donnant l'ordre à Peper de prendre en charge la Fédération. Ils ont alors chassé les gardes réguliers de la sécurité du Club, bouclé quelques pièces du bâtiment. Aleksandr Bakh fit appel à la police, qui refusa d'intervenir après avoir vu l'ordre signé par Dvorkovich.

Tout cet imbroglio pourrait avoir quelque chose à voir avec l'élection sans opposition de Alexandre Joukov à la tête du Comité olympique russe. Joukov, un joueur d'échecs passionné, a juré qu'il ferait des échecs un sport olympique, car c'est un sport qui est « avantageux pour la Russie ». Pour ce faire, le Kremlin veut apparemment que son comparse, Kirsan Ilioumjinov, se retrouve sur le trône de la FIDE. Karpov, soutenu par le Kremlin et par Garry Kasparov, n'apparaissent probablement pas comme assez sûrs.

M. Aleksandr Bakh
Lire l'article complet de Julia Ioffe http://trueslant.com/juliaioffe/2010/05/21/kremlin-seizes-russian-chess-federation-offices-no-pawn-pun-intended

L'invasion du club d'échecs a coïncidé avec la saisie du compte bancaire du Club et du site officiel http://russiachess.org , qui a rapidement affiché une photo et un message du même Arkadi Dvorkovitch. Le président Alexander Bakh, qui a soutenu Karpov, a été éjecté de son bureau. Bakh a déclaré :
« Un membre de la société de sécurité privée "Peper" a présenté un contrat de gardiennage des locaux du club d'échecs. Des employés de cette société ont scellé mon bureau, ainsi qu'une autre pièce et ont placé un garde à l'entrée. Mais, selon les statuts de la Fédération, seul le président peut signer de tels documents. J'ai fait une déclaration à la police en soulignant l'illégalité de cette action, car ils n'ont pas vérifié la légalité de la signature. »

La lettre de Karpov

Chers collègues,

Il y a quelques jours, Arkadi Dvorkovitch a envoyé une lettre à toutes les fédérations d'échecs en admettant que la réunion de la Fédération Russe des Echecs du 14 mai avait bien été prévue. Lors de cette réunion, un vote public a eu lieu en présence d'un quorum, m'élisant à la candidature de la Présidence de la FIDE. Face à l'évidence que j'ai présentée, M. Dvorkovitch semble maintenant admettre que la réunion a toujours été censée avoir lieu au club d'échecs central Botvinnik. Lui et Kirsan Ilioumjinov avaient précédemment faussement déclaré à la presse que la réunion était initialement prévue ailleurs.

Il faut comprendre que la dernière lettre de M. Dvorkovitch est personnelle et ne représente pas la volonté de la Fédération Russe des Echecs, qui a voté contre lui ouvertement sur cette question. Dans sa lettre, il présente une nouvelle série de fausses justifications pour contester les résultats d'une élection qui a eu lieu en pleine conformité avec la réglementation en vigueur.

La position de Dvorkovitch à la Fédération a été accordée par le Congrès de Russie, de même que le Congrès a accordé à M. Alexander Bakh sa position. La différence entre les deux positions, c'est que M. Bakh, et pas M. Dvorkovitch, a le droit de signer des documents au nom de la Fédération Russe des échecs. En conséquence, M. Dvorkovitch n'a pas le pouvoir d'agir unilatéralement au nom de la Fédération. Il tente de se placer au-dessus des lois et au-dessus des membres élus du conseil, mais ses déclarations n'ont pas de pouvoir. Il est à noter que suivant les directives du président Medvedev, la Gossoviet de la Russie (Le Conseil d'Etat) a récemment ordonné à de hauts fonctionnaires du gouvernement de démissionner de la direction des organisations sportives nationales.

Anatoly Karpov et Garry Kasparov

En tentant de renverser le vote formel du Conseil de Surveillance, M. Dvorkovitch a organisé une OPA hostile sur la Fédération Russe des échecs. Il a commencé par le site officiel de la Fédération et la saisie des comptes bancaires, puis, le 20 mai, trois hommes d'une société de sécurité privée ont expulsé M. Bakh de son bureau et scellé tous les documents présents - tout, sans ordonnance du tribunal ou une autre justification juridique. Ils ont seulement montré un papier avec la signature de M. Dvorkovitch. Bien que la défaite de M. Ilioumjinov lors du vote puisse être embarrassante pour M. Dvorkovitch, son mécontentement ne rend pas le vote "illégitime" et ne justifie pas les actes illégaux d'un haut fonctionnaire gouvernemental. Balancer les pièces hors de l'échiquier quand vous perdez ne change pas le résultat.

Les coups bas de Yazici

La bataille pour la présidence de la FIDE devient tout à coup beaucoup plus vicieuse. Le président de la Fédération Turque des Echecs, Ali Nihat Yazici, pro-Kirsan Ilioumjinov, a publié un certain nombre d'articles sur le site http://tsf.org.tr contre Anatoly Karpov. Dans son dernier article Yazici indique les raisons pour lesquelles il est passé d'adversaire à ami et allié du président sortant Kirsan Ilioumjinov. Extraits et liens sur www.chessbase.com/newsdetail.asp?newsid=6355

La réponse de la Fédération Française d'Echecs

M. Jean-Claude Moingt
Le Président de la Fédération Française des Echecs, M. Jean-Claude Moingt, a répondu à Ali Nihat Yazici, confirmant que sa fédération est « à cent pour cent pour Anatoli Karpov ». M. Moingt poursuit :

Lorsque Ali Yazici a été le soutien de Bessel Kok pour les élections FIDE de 2006 à Turin, il n'a pas été si bon envers Kirsan et sa gestion de la FIDE... Et nous ne voulons pas ici reproduire les paroles qui ont été prononcées à ce moment-là et nous nous concentrerons uniquement sur l'évaluation de la position de Ali à l'intérieur de la FIDE et sur sa capacité à avoir un regard différent sur les personnes selon les circonstances...

En ce qui nous concerne, notre opinion n'a pas changé et nous croyons que Anatoli Karpov est celui qui peut diriger une équipe pour un changement positif des échecs.
Et, comme Winston Churchill le disait: « Vous ne résolvez pas les problèmes avec les gens qui les ont créés. »


Publié le 24/05/2010 - 08:00 , Mis à jour le 26/05/2010 - 18:06