La variante Smyslov-Barnes de l'Espagnole [C60]
Smyslov était un adepte de cette ligne. Il est toujours un peu risqué de mettre le Fou en fianchetto en perdant du temps, plutôt que de le sortir sur la diagonale f8-a3. Mais la pratique, au fil des années, nous a montré que cette ligne est parfaitement jouable.

1.e4 e5 2.f3 c6 3.b5 g6

Smyslov était un adepte de cette ligne. Il est toujours un peu risqué de mettre le Fou en fianchetto en perdant du temps, plutôt que de le sortir sur la diagonale f8-a3. Mais la pratique, au fil des années, nous a montré que cette ligne est parfaitement jouable.

4.c3
Est une toute autre approche et nous donne une position plus typique de l'Espagnole. 4.d4, la tentative de réfutation directe de la variante, mais pas forcément la meilleure approche. 4...exd4 5.g5 e7 (5...b4+ 6.c3 dxc3 7.xc3) 6.xe7 xe7 7.xc6 dxc6 8.xd4 f6 9.c3, cette suite de coups forcés nous mène à une position calme et peut même vite déboucher sur une finale. L'avantage symbolique est blanc, car ils ont une meilleure structure de pions. Toutes les finales de pions sont gagnantes. Mais nous ne sommes pas encore en finale et la position demeure très solide. 9...g4 est un coup logique qui prépare le 0-0-0 et met une pression directe sur le Cavalier f3. 10.d2 c5!, un coup typique ! Les Noirs ont un Fou de cases blanches et positionnent donc leurs pions sur cases noires, afin d'avoir une certaine complémentarité. 11.e3 0-0-0 12.h3 d7 13.0-0-0 c6 et la position est maintenant sensiblement égale. 14.f3 b6 15.c4 b7! (15...h5? crée trop de faiblesses dont la case g5. 16.g5 xd1+ 17.xd1 e8 18.h4 d7 19.xe7 xe7 20.d5 Vokarev-Malaniuk 1-0 en 31 coups, Alushta 2003) 16.g5 e6 17.e5 he8 donne une position jouable pour les deux camps, sans grand risque pour les Noirs.

4...a6

5.a4
5.c4 est l'autre coup qui a l'air plus actif. Il a pour mérite de pointer la case f7. Shirov, Karjakin et Bologan sont les principaux partisans de cette variante, ce qui nous donne de très bonnes références ! 5...d6 6.d4 g7 7.0-0 e7 et dans cette position, Shirov avait opté pour le petit coup tranquille 8.h3 en 2000. Karjakin a lui opté en 2006 pour 8.dxe5.
Pourquoi les deux joueurs ont joué différemment ? Le début de la réponse est que ces deux coups évitent la principale menace des noirs qui est g4. Ils ont donc été joués dans le même but, mais dans une conception différente. Cependant, le coup de Karjakin m'a l'air plus actif, nous allons donc voir la suite de sa partie : et donc 8.dxe5!? dxe5 (8...xe5 avait été choisi par Akopian face à Bologan, 9.xe5 dxe5 10.b3, on peut noter que Karjakin employa cette même idée quatre ans plus tard. Le développement précoce de l'aile-Roi, et notamment du Fou noir en g7, pose des problèmes de roque. Le Fou en a3 empêche 0-0, et si d'aventure les Noirs veulent jouer c7-c5 pour bloquer la diagonale a3-f8, alors la case d5 serait une éternelle faiblesse. 10...f6 11.a3 c5 (11...d8 n'est pas conseillé, après ce coup le Roi noir se retrouve dans les courants d'air ! 12.xd8+ xd8 13.xf7 xe4 14.d1+ d6 15.d5, les Blancs se retrouvent ici avec un petit avantage confortable. Le Roi noir au centre n'est pas en sécurité, le pion e5 est faible et isolé. Les Blancs vont se développer tranquillement par d2-e4 et c4) 12.d5 0-0 13.c4 et voilà ! Les Blancs ont installé un monstre en d5, si les noirs veulent s'en débarrasser, il faudra payer le prix ! Le prix est ici un pion passé protégé... 13...b8 14.d2 b5 15.c2 b4 16.b2 suivi de a3, afin d'activer la Tour a1 Bologan-Akopian, Moscou 2002 1-0) 9.b3 e6 10.d5!, on retrouve exactement la même manoeuvre que dans la partie de Bologan. La case d5 est un excellent point d'encrage pour la position blanche. On peut attendre avant de jouer a3. Les Noirs sont un peu resserrés. 10...d8 11.a3 f6 12.bd2 e7 13.c4 avec un bon avantage blanc. Karjakin-Govciyan 1-0 Top16.

5...d6 6.d4 d7 7.0-0 g7

Tous ces coups ont été joués maintes fois. Maintenant, on arrive à un carrefour de la variante. fe1, d5, dxe5 ou encore g5 ont été joués ! J'aurai tendance à conseiller fe1 car il fut joué par les tous meilleurs, à savoir Anand, Ivanchuk et Bacrot entre autres. d5 n'est pas en reste avec Leko, Gelfand ou encore Khalifman... C'est donc une question de goût ! Voyons les deux principaux coups :

8.d5
a) 8.e1 ge7 9.e3 et les Bancs continuent de développer des pièces tout en surprotégeant le fort centre de pions. Les Noirs la jouent moderne en essayant de frapper sur le centre, via le fianchetto du Roi. 9...0-0 10.bd2 exd4 11.cxd4 b4 avait été introduit par Timman et nous amène à une position peu claire. Les Noirs restent campés sur les septième et huitième rangées en menaçant à tout moment de casser la structure par c7-c5. La position semble tout de même légèrement favorable aux Blancs, Stefansson-Timman Reykjavik 2001.
b) 8.dxe5?! xe5 9.xe5 dxe5 10.g5 n'est pas une ligne très effrayante à première vue : 10...e7 (10...xg5? 11.xd7+ f8 12.xc7 gagne) 11.xd7+ xd7 12.xd7+ xd7 13.d1+ e6 donne une position complètement égale. Les Noirs sortent les pièces simplement par hd8 etc. ; et sur 8.g5 f6 9.e3 h6 (9...ge7 et ce coup, malgré les apparences, n'est pas le coup le plus joué. La plupart des joueurs optent pour h6. Pourquoi ? Les Noirs préfèrent avoir le Cavalier en f7 plutôt que e7. Le Cavalier en f7 permet la poussée du pion f6-f5 sans craindre des coups comme b3 et g5. Tout est contrôlé. 10.b3 a5 11.bd2 xb3 12.xb3 avec un bon avantage blanc) 10.dxe5 xe5 11.xe5 fxe5 12.f3 est jouable pour les deux camps, sans qu'aucun des deux n'ait prit le dessus, 0,5-0,5 Zaw Win Lay-Gluckman en 2000.

8...ce7
8...b8 n'est quasiment pas joué. Le plan noir consiste à pousser f5 en ayant les 2 Cavaliers noirs actifs en e7 (prêt à sauter vers g6) et f6. b8 suivi de bd7 n'est donc pas logique. 9.xd7+ xd7 10.c4 gf6 11.c3 0-0 12.e3 avec un petit avantage blanc et 1-0 Galkin-Helaszek Cafe Cup 1999.

9.xd7+
9.c4 est une autre possibilité.

9...xd7 10.c4

10...h6
10...f6 immédiatement est possible, mais moins précis à cause de 11.c3 0-0 12.c5! et en raison du développement du Cavalier f6, le pion e5 n'est pas protégé et les Blancs sont en avance pour l'attaque ! 12...c6 13.dxc6 xc6 14.xd6 xd6 15.cxd6 fd8 16.d1 suivi de e3 donne un petit plus aux Blancs.

11.c3
Cette ligne pour les Blancs a déjà été jouée par Khalifman et Gelfand entre autres, ce qui démontre sa fiabilité...

11...f5
Continuant dans le même plan que le coup précédent. On ne se précipite pas pour jouer f6 à cause de c4-c5.

12.e1
Une manoeuvre que l'on retrouve souvent dans les Est-Indienne. Le Cavalier en f3 ne sert à rien. Avec ce dernier coup, on prépare d3 suivit de f4.

12...f6 13.f3
Tout est bien bloqué sur cases blanches, le Fou en g7 devient inactif, l'offensive à l'aile-Dame peut donc débuter... 13...0-0 14.d3 c6 15.e3 cxd5 16.cxd5 f7 17.b3

Avec un petit avantage blanc que Gelfand parvint à convertir face à Malaniuk en 2005 au Mémorial Kérès.


Publié le 11/01/2010 - 17:47