Le jeu d'échecs dans les écoles
"Placer le jeu au coeur de l'éducation..." C'est par ces mots que M. Gilles De Robien, Ministre de l'Education Nationale, a introduit son discours, à l'occasion de la signature de la convention, aujourd'hui 15 février, entre le Ministère de l'Education nationale et la FFE.

"Placer le jeu au coeur de l'éducation..."

C'est par ces mots que M. Gilles De Robien, Ministre de l'Education Nationale, a introduit son discours, à l'occasion de la signature de la convention, aujourd'hui 15 février, entre le Ministère de l'Education nationale et la FFE.

"...nous savons qu'une telle pratique est bonne pour l'enfant, nous savons aussi qu'elle est une excellente méthode d'apprentissage des règles de comportement, de respect de concentration, de fair-play.

Il y a un point commun entre l'éducation civique et l'exercice d'un jeu : c'est justement le respect de la règle, c'est même bien plus que le respect de la règle, c'est le respect de l'autre !"

Paroles extraites du discours de M. Gilles De Robien, de la plus haute importance, car elles placent notre discipline au coeur d'une démarche novatrice en matière d'évolution des apprentissages scolaires - et elles marquent une étape importante dans le développement du jeu d'échecs.

Le discours de M. De Robien a succédé à celui de M. Jean-Claude Moingt (voir ci-dessous). Ensuite, le ministre de l'Education nationale et le président de la FFE ont signé la convention-cadre, en présence de M. François Baroin, ministre des DOM-TOM et député-maire de Troyes, des vice-présidents de la FFE, MM. Léo Battesti et Joël Lautier (Le n°2 français a d'ailleurs fait le voyage Paris-Troyes en compagnie de M. de Robien, le ministère ayant obligeamment proposé d'emmener un représentant de la FFE dans l'avion privé du Ministre.).

Etaient également présents M. Laurent Vérat, Directeur Général de la FFE ainsi que des personnalités locales. Le principal du collège Pierre Brossolette, à La Chapelle-Saint-Luc (près de Troyes) était l'hôte de cette importante cérémonie qui augure une avenir plein de promesses pour le jeu d'échecs.


Discours de Jean-Claude Moingt, président de la Fédération Française (F.F.E.), prononcé lors de la signature de la convention-cadre entre le Ministère de l'Éducation Nationale et la F.F.E., à Troyes le 15 février 2007, en présence de M. Gilles de Robien, Ministre de l'Éducation Nationale, M. François Baroin, Ministre des DOM-TOM et maire de Troyes, des vice-présidents de la F.F.E., MM Léo Battesti et Joël Lautier, du principal du collège Pierre Brossolette et d'élus locaux.

Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Principal,
Mesdames et Messieurs,

C'est avec beaucoup d'émotion que je m'adresse à vous aujourd'hui, car j'ai le sentiment que nous vivons un moment de la plus haute importance.
De la plus haute importance pour le jeu d'échecs en France, évidemment, puisque la convention que je vais signer, au nom de notre fédération, avec M. Gilles De Robien, va ouvrir officiellement la porte des écoles, collèges et lycées français, à notre discipline.
De la plus haute importance aussi pour l'évolution des apprentissages scolaires, qui intègreront désormais dans leur arsenal un complément légitime et pertinent des activités éducatives proposées par l'école française.
Depuis des siècles, on disserte à l'infini pour essayer de caractériser cette discipline unique en son genre qu'est le jeu d'échecs.
Un Jeu ? Un Art ? Une Science ? Un Sport ? Et bien, à vrai dire, certainement un peu des 4 à la fois ! Quelle autre activité humaine peut-elle se targuer d'une telle universalité ?
En janvier 2000, ce débat a été clos en France puisque, grâce au travail acharné de mon regretté prédécesseur Jean-Claude Loubatière, un décret du Ministère Jeunesse & Sports nous a octroyé l'« agrément sport ».

C'est avec passion que le jeu d'échecs est alors entré de plain-pied dans une nouvelle dimension, en tant que membre à part entière du mouvement sportif.
Ce jour-là, nous avons enfin convaincu nos interlocuteurs que la dimension sportive du jeu d'échecs était une évidence, tant sur le plan de l'investissement que nécessite sa pratique régulière, que sur celui de la structuration de la compétition échiquéenne.
Cette première reconnaissance officielle nous a comblés de joie, car nous avons enfin trouvé notre place au sein de la grande famille sportive.
Mais, vous le savez bien, le joueur d'échecs est un perfectionniste, et nous avions toujours un petit goût d'inachevé...
Car pour être complète, cette reconnaissance ne devait pas ignorer la dimension éducative du jeu d'échecs.
Et où cette dimension pouvait-elle se matérialiser au mieux, si ce n'est à l'école de la République ? Depuis de nombreuses années, des expériences significatives, menées dans de nombreuses régions, avaient permis de valider des pratiques et des outils exploitant le jeu d'échecs dans un cadre scolaire.
Parmi ces expériences réussies, certaines ont dépassé nos espérances les plus folles...
Je citerai évidemment la Corse qui, sous l'impulsion de mon vice-président, Léo Battesti, a connu un développement exponentiel ces dernières années.
(J'en profite également pour saluer mon autre vice-président, Joël Lautier, ici présent... C'est l'un des plus grands champions d'échecs français de l'histoire, qui travaille également à mes côtés.) Pour revenir à l'exemple corse, Léo Battesti a fait du développement de masse tourné en priorité vers le public scolaire, une véritable philosophie. Et ça marche!
3.000 enfants sur la grande place de Bastia pour la finale scolaire, un taux de pénétration du jeu d'échecs dans la population inégalé : seul le football peut rivaliser !
A l'autre bout de la planète, en Guyane, les 33 élèves d'une école éloignée de tout, à 2 heures de pirogue de la première route, suivent un enseignement régulier des échecs, grâce à un étroit partenariat noué avec l'ensemble de l'Académie de Guyane.
En métropole, je souhaite mettre en avant le remarquable travail de la Ligue d'échecs de Bretagne. Elle est en effet la première à avoir signé un partenariat régional avec le Rectorat, et continue à être une région-pilote pour le jeu d'échecs.
Malheureusement, je ne peux pas citer tous les pôles majeurs de formation au jeu d'échecs. Il existe des endroits d'excellence partout en France, de Belfort à la région toulousaine, en passant par Bennwihr en Alsace, Cannes, Hyères, Nice ou Pau...
Que les autres m'excusent de les oublier, mais sachez qu'en tout, ce sont sans doute près de 300.000 enfants qui, tous les ans, sont initiés au jeu d'échecs dans les écoles de France.
Les trois exemples qui précédent sont symptomatiques d'un développement, certes hétéroclite pour l'instant, mais qui ne demande qu'à être fédéré sur le plan national.
Car un peu partout en France, ce sont des centaines d'initiatives locales qui sont portées à bout de bras par des passionnés, ou par des professeurs convertis par les succès du jeu d'échecs à l'école. Dans les banlieues, les expériences-pilote se multiplient, et nous avons nous-mêmes mis sur pied des conventions locales dans les zones dites sensibles, à Évry, Sarcelles, Clichy-sous-Bois ou Saint- Quentin-en-Yvelines, pour ne citer qu'elles.
Les résultats sont étonnants, il existe vraiment un effet « les Échecs contre l'échec scolaire », c'est absolument incontestable...
Il ne manquait donc plus qu'une pièce au puzzle, qu'un chaînon manquant, qui va être comblé par notre accord au niveau national...
Pour une multitude de raisons, la convention-cadre entre la Fédération Française des Échecs et l'Éducation Nationale tombe à merveille.
Je n'en citerai que quelques-unes parmi les plus flagrantes...

À un moment où la jeunesse se cherche, où les valeurs vacillent, où l'on explore désespérément de nouvelles pistes, il est temps de donner à nos enfants des armes nouvelles pour affronter le monde moderne.
Certes, le jeu d'échecs n'est pas la panacée...
Mais par la simplicité de ses règles, par les qualités de raisonnement qu'il développe, par la concentration et la maîtrise de soi qu'il induit, par son aspect ludique très prononcé, et par les repères qu'il contribue à créer, le jeu d'échecs cristallise tout ce qu'il y a de bon et de positif chez l'enfant.
Il existe évidemment d'autres disciplines qui véhiculent des valeurs positives. Mais le jeu d'échecs, nous en sommes convaincus, est leader en la matière.
Nous sommes profondément honorés que, pour la première fois, le Ministère de l'Éducation Nationale en prenne conscience à un point tel qu'il nous propose d'encadrer le développement scolaire de notre discipline.
Et nous sommes d'autant plus heureux que cette signature hautement symbolique a lieu dans la Communauté d'Agglomération de Troyes, dont le Président, François Baroin, est un passionné d'échecs notoire !
Gageons que cette passion commune pourra déboucher sur un développent massif de notre discipline et, pourquoi pas, sur l'organisation d'une grande manifestation nationale à Troyes même...
Je vous remercie...


CONVENTION-CADRE

Établie entre les soussignés :

L'État - Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
représenté par Monsieur Gilles de Robien, ministre,
ci-dessous dénommé " le Ministère "

et

La Fédération française des échecs
représenté par Monsieur Jean-Claude Moingt, président,
ci-dessous dénommé " la Fédération "

Rappelant

Que le jeu d'échecs, activité à la fois ludique et sportive, constitue aussi et surtout une activité intellectuelle qui permet de développer des compétences diverses chez ceux qui le pratiquent, et notamment chez les jeunes auprès de qui il constitue un réel vecteur de formation.

Que la pratique des échecs encourage notamment le développement des capacités intellectuelles telles que la mémoire, le raisonnement logique, la capacité d'abstraction, l'analyse de problème et la mise en oeuvre de stratégies de résolution.

Que la pratique des échecs contribue également à la construction de la personnalité en encourageant l'attention, l'imagination, l'anticipation, le jugement et la confiance en soi.

Que le jeu d'échecs, école de concentration et de maîtrise de la pensée, est enfin une école de maîtrise de soi qui favorise l'apprentissage des règles et le respect d'autrui, et à ce titre participe de l'apprentissage de la citoyenneté.

Considérant

Que, pour toutes ces raisons, le jeu d'échecs constitue un complément légitime et pertinent des activités éducatives proposées par l'Ecole.

Que de nombreuses expériences menées en académies ont permis de mettre en oeuvre des projets de qualité associant des établissements scolaires et des clubs d'échecs dans un cadre réfléchi et concerté entre les parties concernées.

Que ces initiatives ont permis de développer des pratiques et des outils permettant une exploitation du jeu d'échecs dans un cadre scolaire et/ou périscolaire.

Il a été convenu ce qui suit :

Article 1 - Objectifs

Par la présente convention le Ministère et la Fédération affirment leur volonté commune de favoriser le développement de la pratique du jeu d'échecs dans les écoles, les collèges et les lycées. Ils se donnent comme objectifs la mise en oeuvre de deux axes de travail privilégiés :
  le jeu d'échecs au service de l'égalité des chances, l'expérience montrant que la pratique des échecs peut constituer pour des élèves en difficulté scolaire une occasion privilégiée de se remotiver et de se remettre sur la voie de la réussite scolaire
  la dimension éducative du jeu d'échecs auprès du plus grand nombre, en favorisant la transférabilité des acquis entre les pratiques ludiques et les situations d'apprentissage.

Article 2 - Egalité des chances

Le Ministère et la Fédération conviennent de développer l'accès de la pratique des échecs auprès des publics scolaires qui en sont les plus éloignés pour des raisons sociales ou géographiques. Le partenariat portera en particulier sur des actions impliquant :

  les collèges " ambition réussite ", qui visent à offrir un cadre d'excellence à des publics scolaires confrontés aux plus grandes difficultés socio-économiques. La contribution de la Fédération consistera notamment en mise à disposition de matériel (ludique et/ou pédagogique), en actions de sensibilisation ou de formation organisées dans le cadre des établissements concernés, en appariements des collèges avec des clubs de proximité ou encore en parrainage de certains collèges par des joueurs de haut niveau recommandés par la Fédération.

  l'opération " Ecole ouverte ", qui accueille les jeunes dans les EPLE pendant les vacances scolaires pour leur proposer des activités de loisirs à visée éducative. Parce qu'il conjugue les dimensions ludique et formatrice, le jeu d'échecs correspond bien à l'esprit de ce dispositif qui contribue à modifier l'image de l'école auprès des jeunes.

  les dispositifs relais (classes et ateliers), qui accueillent temporairement des élèves en voie de décrochage ou de désocialisation. La pratique des échecs peut permettre à ces jeunes de reprendre goût à l'activité intellectuelle, tout en leur inculquant le respect des règles et de l'autre.

Article 3 - Action éducative

De façon plus générale, le Ministère et la Fédération conviennent d'encourager la connaissance et la pratique des échecs auprès du plus grand nombre. A ce titre, ils pourront notamment :

  développer la pratique des échecs dans le cadre des activités péri-scolaires au sein des internats scolaires, des clubs et des foyers socio-éducatifs, en partenariat avec les clubs locaux.

  mettre en place des actions de sensibilisation et/ou de formation dans les écoles et les établissements volontaires, en rapprochant les équipes éducatives et les clubs selon des modalités à préciser entre les partenaires concernés : enseignement et pratique dans le temps scolaire ou périscolaire, projets thématiques fédérateurs s'appuyant sur les dispositifs transversaux, opérations d'information et d'animation, tournois scolaires à l'échelle d'une ville ou d'un bassin, etc.

  développer des ressources en co-édition, en lien avec le réseau des CRDP et des CDDP (sites Internet de jeu pour les écoles, dépliants de présentation, outils pédagogiques, etc.).

Article 4 - Contribution des partenaires

La Fédération française des échecs s'engage à apporter aux écoles, collèges et lycées qui en font la demande une aide en matériel ou en ressources diverses (publications, outils pédagogiques etc.). Dans le cas d'actions spécifiques conduites au sein des établissements dans les temps scolaire ou périscolaire, les cadres qualifiés de la Fédération ou de ses organes déconcentrés devront avoir reçu un accord préalable du Ministère et/ou de ses services déconcentrés ; ils pourront apporter des aides techniques ponctuelles auprès des enseignants qui en feront la demande après avoir pris l'avis des corps d'inspection.

De son côté, le Ministère s'engage à diffuser, par le biais de son réseau de communication et de diffusion ainsi que par l'intermédiaire de ses services déconcentrés, l'information nécessaire à la mise en oeuvre de ce partenariat.

Article 5 - Communication

L'application du présent accord-cadre peut donner lieu à des déclarations et communications aux médias par chacun des partenaires, lesquels conviennent de se concerter préalablement.

Article 6 - Mise en oeuvre et suivi

Les partenaires conviennent de se réunir au moins une fois par an pour examiner les conditions de mise en œuvre de l'accord-cadre et dresser un état des lieux des actions entreprises sur la période de l'année écoulée.

Article 7 - Durée

La présente convention est signée pour une durée de trois ans à compter de la date de la signature. A l'issue de ces trois années un bilan global permettra de faire le point sur l'évolution des pratiques à l'école, au collège et au lycée et d'étudier sur cette base les termes du renouvellement de la convention. Elle peut être résiliée par l'une ou l'autre des parties, à l'expiration d'un délai de trois mois suivant l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en demeure.


Publié le 17/02/2007 - 00:05 , Mis à jour le 17/02/2007 - 16:06