Les échecs à St. Pétersbourg avant 1917 (2)

Tournoi de St. Pétersbourg 1895/96

« Si un joueur, dit positionnel, est incapable de calculer une combinaison gagnante de 5 ou 6 coups à l’avance après le coup de son adversaire, alors ce n’est pas un joueur positionnel, mais un fantoche. » Chigorin

Les échecs à Saint-Pétersbourg avant la révolution de 1917 (2)

Le Cavalier de bronze ou Le Cavalier d'airain

Chigorin - une stature de prétendant au titre mondial

Saint Petersbourg A Toselli

C’est à la fin du XIXe siècle que St-Pétersbourg connut sa plus forte croissance. Elle comptait 540.000 habitants en 1864 pour dépasser le million en 1890. Cette ville prospère attira de nombreux étrangers qui contribuèrent à son édification, notamment des Polonais, des Allemands, des Estoniens et des Lettons. Son caractère cosmopolite ne fut pas toujours perçu de manière positive.

« Bien des choses dans notre histoire peuvent s’expliquer par le fait qu’un Russe, Pierre le Grand, chercha à faire de nous des Allemands, tandis qu’une Allemande, Catherine la Grande, désirait faire de nous des Russes. » Le Prince Viazemski

Mikhail Chigorin et Wilhelm Steinitz

Le meilleur joueur de la capitale, Chigorin, fut l’un des adversaires les plus coriaces du premier champion du monde de l’histoire, Wilhelm Steinitz (1836-1900). Même s’il fut battu à deux reprises, le match revanche, disputé à La Havane en 1892, fut particulièrement serré. Voir mon article : http://www.europe-echecs.com/art/echecs-a-cuba-500-ans-d-histoire-6481.html

Sans s’opposer véritablement aux théories du champion du monde qui appuyait son évaluation de la position basée sur des critères rationnels comme l’avantage de développement et d’espace, les cases fortes ou faibles, la mobilité des pièces, l’occupation des colonnes ouvertes, la structure de pions etc. Chigorin pensait que les éléments cités par Steinitz ne permettaient que de s’orienter car tout dépendait des ressources concrètes que recelait chaque position. Il affirmait notamment : « Le même Steinitz finissait lui-même souvent par être victime de ses convictions, niant par principe des revers positifs comme la possibilité de créer de belles et complexes combinaisons. »

Chigorin, biographie par Grekov

De nos jours ce que Chigorin avait pressenti tend à se vérifier au travers de l’apport des outils informatiques. Le jeu ne peut se limiter, pour paraphraser Lasker (1868-1941), à « une application d’une logique universelle reconnue par tous ». Au contraire, la victoire s’obtient souvent par une transgression des principes, l’exception qui confirme la règle, solidement appuyée par une variante, même si insolite mais concrète.

Voici le credo de Chigorin, il y a plus d’un siècle : « Dans chaque position se trouve cachée une combinaison possible et chaque combinaison naît de la position. Si un joueur, dit positionnel, est incapable de calculer une combinaison gagnante de 5 ou 6 coups à l’avance après le coup de son adversaire, alors ce n’est pas un joueur positionnel, mais un fantoche. »

Pourtant, l’assimiler à un joueur essentiellement « romantique » semble trop réducteur. L’intéressant « Great Chess Romantics »,  signé par le MI écossais Graig Pritchett, l’inclut en compagnie de la référence historique incontournable, l’Allemand Anderssen. Chigorin comme le Hongrois Réti, le Danois Larsen et le Russe Morozevich ne sont pas vraiment des « Romantiques » mais plutôt des artistes du jeu combinatoire dotés d’une très bonne vision positionnelle. Voici un exemple du jeu de Chigorin où la tactique n’est utilisée que pour conclure. L’adversaire est complètement dominé sur le plan stratégique, un véritable écrasement positionnel ! Pourtant, Hermann Clemens (1846-1908), d’origine estonienne, faisait partie de l’élite pétersbourgeoise de l’époque.

Chigorin,M – Clemens,H - Saint-Pétersbourg, 1880 – Sicilienne fermée

1.e4 c5 2.c3 c6 3.g3 f6 4.g2 e6 5.d3 e7 6.f4 d6

Plus actif est 6...d5 7.e5 d7 8.f3 b5 9.0-0 b4 10.e2 avec des chances égales.

7.ge2 0-0 8.0-0 c7

Le théoricien russe Grekov préférait 8…b6 suivi de la mise en fianchetto du fou de cases blanches sur b7.

9.b3 a6 10.a4 e5

Selon Grekov à nouveau plus souple était 10…b6 suivi de 11…Fb7.

11.f5!? d7 12.h1

Avec l’idée de sécuriser le roi et faire un usage agressif de la colonne "g".

12...d4 13.g5 xe2?

Rien ne justifie cet échange du cavalier centralisé et bien placé.

14.xe2 c6 15.g4 b5

Niveler la position avec 15...xe4!? était meilleur 16.xe4 xe4 17.xe4 xg5 18.xb7 a7 avec des chances égales.

16.d2 b4 17.d1 d7?!

Ralentir le développement de l’attaque avec 17…h6 était une option intéressante.

18.g5 f6 19.g6! h6

Après 19...hxg6 20.fxg6 le roi noir reste coincé sur l’aile roi avec des difficultés pour les défenseurs de le secourir, par exemple 20...fd8 (20...f5!? pour libérer la case f6 pour le cavalier permet de parer le mat au prix du matériel après 21.h3! d5 22.xf5 xf5 23.xf5 f6) 21.h5 f8 22.h3 d7 (22...e8 indiqué par Grekov permet de mater après 23.e6+ xe6 24.h7+ f8 25.h8#) 23.xd7 xd7 24.e3 e8 25.g1+- avec la menace Taf1; Tf3 et Th3.

20.h5

Après 20.Dh5

Un véritable écrasement positionnel qui menace de se terminer tactiquement avec 21.Fxh6!

20...b6 21.e3

Le cavalier, arme fétiche chez Chigorin, apporte sa contribution à l’attaque. Si 21.xh6 gxh6 22.xh6 d8 permet de défendre la 7e rangée.

21...a7 22.g4 d8 23.f3

L'immédiat 23.xh6! était plus fort.

23...e8 24.g3 1-0

La menace est 25.Fxg6 hxg6 26.Cxh6 Rg7 27.Cf7 +- (Grekov)

C’est ce genre de partie, qui distingue Chigorin de l’attitude romantique à la recherche du mat à tout prix. Il pouvait aussi s’accrocher avec ténacité à un fil conducteur essentiellement stratégique dans des positions fermées. La suivante, pointée par Craig Prichett, présente beaucoup de similitudes avec la précédente.

Mikhail Ivanovich Chigorin et Emmanuel Schiffers 

Chigorin,M – Schiffers,E – St. Pétersbourg m1, 1880 – Sicilienne fermée

1.e4 c5 2.c3 c6 3.g3 d6 4.g2 e5 5.ge2 f6 6.d3 e7 7.f4 g4 8.h3 xe2 9.xe2

Logique est plus flexible 9.Dxe2. (Pritchett)

9...h5 10.c4 d7 11.f5!?

« Nouvelle stratégie pour l’époque, les blancs cherchent à utiliser leur domination des cases blanches pour contenir le potentiel d’une contre-attaque de la part des noirs en essayant peu à peu de mobiliser les pions de l’aile roi. Les noirs peuvent occuper d4, mais ce n’est qu’une seule case dans une position déséquilibrée. » Pritchett

11...a6 12.c3 g5 13.h4!?

« Un autre coup surprenant. Chigorin a éventuellement planifié de regagner le contrôle de la case g4 en manœuvrant avec son fou sur f3 et attaquer le pion "h", sans craindre de l’échanger pour un cavalier sur g4 et ainsi dynamiser ses pions de l’aile roi. »

13...xc1

Les noirs liquident le « mauvais » fou.

14.xc1 f6 15.d2 g4 16.f3 d4 17.xg4 hxg4 18.f2 f3?!

Le cavalier occupait une case forte, critique était 18…g6! pour déstabiliser immédiatement la position.

19.d1 g6 20.d5 gxf5 21.exf5 h5 22.g2 f8?!

Après 22...Rf8?!

« Les blancs menaçaient de gagner le pion g en jouant 23.Ce3, aussi bien que le sacrifice positionnel Th1-f1 suivi de l’échange sur f3 avec un contrôle total des cases blanches. Cette idée était bonne aussi après 22…Txf5 23.De2 (menace 24.De4) Th5 24.Thf1 suivi de 25.Txf3 mais les noirs devaient tenter cela. » Pritchett

Toutefois les blancs peuvent récupérer le pion sans sacrifier la qualité après 22...xf5 23.f1 d7 24.e2 (24.b6 c6!) 24...d8 25.e4 etc.

23.e2 c8?

Si 23…Tf5 24.De4! et les blancs ont une dangereuse initiative.

24.b6 c6 25.xa8 xh4+ 26.g1 xh1+

Si 26...f3+ 27.f2 xf5 28.e4!+-

27.xh1 f3+ 28.g2 h2+ 29.f1 h1+ 30.f2 xc1 31.e4 c2+ 32.e3 h2 33.xb7 f1+ 34.e4 xg3+ 35.d5 g7 36.e7 e2 37.xd6 g3 38.g5+ h7 39.f6 1-0

Portrait d'Emmanuel Schiffers

1893 Le grand Match

Portrait de Mikhail Chigorin et Siegbert Tarrasch

Le portrait de Chigorin par Tarrasch : « Ses meilleures années se situent entre 1880-1896. Après avoir été longtemps considéré comme le meilleur joueur de Russie, il fit son entrée sur la scène internationale au tournoi de Berlin en 1881. Il remporta un des premiers prix et son style fougueux et élégant fut très remarqué. Son jeu dégage une énergie envoûtante. Qu’il soit bien ou mal, qu’il attaque ou se défende, il joue toujours avec une force colossale. Ses coups étaient parfois incorrects, mais jamais faibles et il a toujours été un adversaire des plus dangereux. Il ne portait pas de jugement sur sa position, pouvait bien jouer, mais sans approfondir sa pensée échiquéenne, et ce point faible était sa grande force. Parce qu’il n’avait aucun sens de l’autocritique et une grande confiance en lui, Chigorin était de sorte convaincu d’être toujours en mesure de gagner la partie. »

St-Pétersbourg - Toselli

Pour la première fois un match prestigieux allait se dérouler à St-Pétersbourg organisé par la Société d’échecs. Le Prince Saburoff, lors du festival Wagner à Bayreuth, après de longues négociations entamées en 1892, avait invité le Dr. Tarrasch (1862-1934), considéré comme un prétendant au titre mondial, pour jouer un match à St-Pétersbourg au meilleur des dix premières victoires.

En 1893 St-Pétersbourg, sous le règne du tsar Alexandre III, connut de nombreux changements, des fabriques gigantesques furent construites, des banques puissantes furent fondées.

« St-Pétersbourg était en effervescence. Cette folle activité économique engendrait une foule de nouveaux riches désireux de s’affirmer comme les maîtres de la capitale. Voulant jouer le rôle de généreux mécènes, ils étaient prêts à sacrifier des sommes astronomiques pour soutenir la culture nationale. » (Saint-Pétersbourg Solomon Volkov Ed. du Rocher 2003)

Le contexte était très favorable pour accueillir ce premier grand évènement échiquéen en Russie. Tarrasch quitta Nürenberg le 30 septembre 1893 pour arriver à St-Pétersbourg le 4 octobre. Le 8, les deux hommes se retrouvaient face à face pour disputer la première partie. Après 22 parties, le match s’acheva le 14 novembre sur une parfaite égalité avec 9 victoires chacun pour seulement 4 parties nulles.

Tableau joueurs d'échecs

Le duel passionna essentiellement les joueurs d’échecs, souvent issus des classes aisées ou aristocratiques mais fut totalement éclipsé par la mort mystérieuse survenue le 6 novembre 1893 du célèbre compositeur Piotr Tchaïkovski. Ses funérailles grandioses, mobilisèrent des milliers de gens qui lui rendirent un dernier hommage. Jamais St-Pétersbourg n’avait vu une procession funéraire de cette envergure.

Funérailles de Piotr Tchaïkovski
Piotr Tchaïkovski

Pourtant, le match fut suivi dans le monde entier, plusieurs journalistes étrangers témoignèrent de ce duel. A.N. Romashkevich rapporta : « Dans la soirée je me suis rendu dans les locaux de l’«Association des Echecs», assez tard, car la partie avait déjà commencé. Lorsque j’ai pénétré dans le club, j’ai eu de la peine à me faufiler dans le hall, empli de nombreux spectateurs. Dans une salle adjacente où l’on accédait par une porte vitrée, il y avait une table avec un échiquier et, de chaque côté, étaient assis Chigorin et Tarrasch. Il y avait aussi les secondants des célèbres grands-maîtres, et les organisateurs, qui transmettaient les coups reproduits sur un échiquier de démonstrations. Ils faisaient l’objet immédiatement de critiques ou d’analyses de la part du public. Il régnait une grande agitation, on pouvait entendre des commentaires à chauds, même des cris, exprimant avec alternance l’approbation ou les désaccords…

Mikhail Ivanovich était particulièrement excité. En effet, Chigorin était très éloigné de la personne que j’ai connue neuf ans auparavant lorsqu’il était en pleine puissance de ses moyens. Les années qui se sont écoulées ont évidemment altéré l’apparence de Mikhael Ivanovic. Il avait par-ci par-là des cheveux gris, de fines rides avaient commencé à apparaître sur son visage. Il avait pris du poids et présentait une apparence lourde et massive. »

Photo de joueurs d'échecs, 1893

« Le match a attiré l’attention d’un grand nombre de personnes, même parmi celles qui ne savaient pas jouer aux échecs. Durant les premiers jours du match, le club fut visité à chaque fois par 30 à 100 personnes ; ce nombre aurait pu être beaucoup plus élevé si les règles avaient été moins strictes. Selon celles-ci, le club ne pouvait être visité que par des personnes connaissant un membre du club, et ce fut pourquoi de nombreux amateurs ne purent assister au match. Il y avait un sérieux obstacle à la réussite de M. Chigorin. Il ne pouvait supporter l’odeur du tabac et ; lorsque le Dr. Tarrasch allumait son cigare, la petite pièce où se trouvaient assis les adversaires était tellement emplie de fumée que les secondants étaient parfois obligés de quitter leur poste. » Rapporté par un témoin dans le British Chess Magazine

Siegbert Tarrasch et Mikhail Chigorin en 1893

Jimmy Adams, auteur d’une superbe biographie « Mikhail Chigorin the Creative Genius » (New in Chess 2016) remarqua :

« Dans leurs aspirations créatives, Chigorin et Tarrasch étaient aux antipodes. Aux antipodes, ils l’étaient aussi dans leurs caractères : Le modeste, sans prétention, Chigorin, qui donnait de lui une image désintéressée de sa passion des échecs et de l’ambitieux Tarrasch, sûr de lui. Mais malgré toute son arrogance, Tarrasch ne pouvait que reconnaître que Chigorin était un digne adversaire, et, que sans une victoire face à Chigorin, sa prétention d’être le plus fort joueur d’Europe était sans fondement. »

Livre du tournoi 1893

Le match fut très difficile pour Chigorin, le plus souvent mené au score. Après la 17ème partie, il était clairement distancé subissant huit défaites pour seulement cinq victoires et quatre nulles. Mais Chigorin était un lutteur exceptionnel et réussit à remporter trois parties d’affilée avant de s’incliner à nouveau !

La 22e fut décisive et alors que Chigorin fut contraint de relevé le débat théorique imposé par Tarrasch dans l’Espagnole, il réussit à éviter la confrontation en amenant une nouveauté dès le 2e coup dans la Française qu’il utilisa à dix reprises avec un excellent résultat. (+5 -3 =2).

Chigorin amena des positions intéressantes et jouables sans vraiment chercher à s’imposer, au contraire de son adversaire, sur le plan théorique dans le traitement de l’ouverture. A défaut d’être totalement convaincant sur la valeur de son début, Chigorin démontra que sur le plan technique et pratique, il faisait pour le moins jeu égal avec son prestigieux adversaire.

Dessin de Mikhail Chigorin et Siegbert Tarrasch

Chigorin,M – Tarrasch,S - St Pétersbourg (18), 1893 - Défense Française

1.e4 e6 2.e2!?

« Dans mon match avec le Dr. Tarrasch, le coup 2.De2 joué dans les parties où j’avais les blancs, a privé la défense Française de son caractère premier, en lui apportant une touche originale. Mais je suis loin d’attribuer une signification bien définie à ce coup. Ni moi, ni le Dr.Tarrasch, étions en mesure d’apporter une conclusion définitive sur sa valeur, en ayant pourtant acquis maintenant une certaine familiarité à son sujet. On peut l’évaluer seulement en relation avec un plan plus général qui en découle, mais non pas isolément comme l’ont fait quelques Messieurs parmi les critiques. » Chigorin

2...e7 3.b3 d5 4.b2 f6 5.xf6

« Dans une partie précédente, j’ai joué 5.e5. A mon avis, les deux coups offrent des avantages et des désavantages mais 5.e5 crée pour les blancs (et probablement aussi pour les noirs) une partie plus difficile et compliquée, soit des pièges ou embûches cachées plus abondants ; c’est du moins l’impression que j’avais durant le match. » Chigorin

5...xf6 6.e5 fd7 7.g4 0-0 8.f4 c6

« De nos jours, tous les maîtres auraient d’abord joué 8…c5. » Botvinnik

9.f3 f5 10.h3 e8 11.c3 f8 12.e2 g6 13.g3 d4

« Chassant le cavalier de la case c3 d’où il défendait le pion a2 » Botvinnik

14.a4 b4 15.d1 d3

« Ce coup est à l’origine de la défaite des noirs. Tarrasch sous-estima ou simplement ne vit pas le 18e coup adverse. Il cherche à entrer dans une suite forcée mais ce n’était pas encore le moment pour cela. » Botvinnik

« Correct était 15...b5 16.b2 c5 17.0-0 b7! et les noirs obtenaient un avantage évident au centre et sur l’aile dame, tandis que les tours blanches ne sont pas encore liées. » Botvinnik. Chigorin n’avait considéré que 17...d5 18.g5 h6. (Ou 18...f8 19.a4!) 19.h5! ; « Il faut souligner qu’après 15...d5 16.xd4 dxf4 17.f3 d7 les noirs auraient également une partie au moins égale. » Botvinnik

16.c4 b5

« Injustement les commentateurs critiquèrent ce coup. Le Docteur Tarrasch avait vu que, tôt ou tard, les blancs gagneraient le pion d3 et avec la poussée h2-h4, ils obtiendraient une attaque qui devenait dangereuse pour les noirs. » Chigorin

17.cxb5 d5

Après 17...Cd5

18.d4!

« Un coup remarquable que n’a pas dû prévoir Tarrasch. Si d’abord 18.0-0 alors 18…Cdxf4 et le cavalier blanc sur f3 n’a pas de bonnes cases. Maintenant après le transfert du cavalier de f3 à c6, le cavalier noir ne peut rester sur f4 et la position noire au centre s’effondre. » Botvinnik

18...dxf4 19.c6 d5 20.c3! c5

« Les 3 derniers coups blancs des cavaliers représentent sûrement la plus forte continuation. Après ce coup, la dame noire sera immédiatement refoulée et la position noire pratiquement désespérée. » Tarrasch

« Les noirs auraient dû simplement prendre le pion "g", après 20...xg2 21.f3 xg3+ 22.hxg3 d5 23.xd5 exd5 24.xd5+ e6 qui aurait permis d’avoir une bonne partie à cause de la faiblesse du pion e5. » Tarrasch

21.b4 f8 22.0-0! e2+ 23.xe2 dxe2 24.xe2 d7 25.c3

« Défend le pion b4 et la case d4. La lutte tranchante s’achève en faveur des blancs puisqu’ils ont déjà un pion de plus. Maintenant commence la phase technique pour valoriser l’avantage. » Botvinnik

25...xc6 26.bxc6 h8 27.d4 ed8 28.c4 f7 29.ad1 e7 30.b5 d5 31.f3 e7

« Il s’avère que ce n’est pas si simple de concrétiser le pion de plus puisque la position est de nature fermée et les noirs disposent d’un point fort d5. »

32.a3 b6 33.b3

« Les blancs ont évité d’échanger les pièces mineures mais ici les noirs forcent l’échange car 33.Fa2 permet a6! qui facilite l’entrée en jeu de la tour. » Botvinnik

33...xc4

Si 33...d5 34.xd5 xd5 35.xf5 xd4 36.xd4 exf5 (Chigorin) 37.e3+-

34.xc4 g6 35.d5

« Le « Deutsche Schachzeitung » appelle ceci une grosse erreur, avec pour conséquence partie nulle après un jeu correct. Selon l’avis de ce magazine, les blancs doivent percer sur l’aile dame avec le coup 35.a4! après quoi la partie est gagnée. » Chigorin

35...exd5 36.xd5 xd5 37.xd5 d8! 38.a2 xe5 39.a1 xa1 40.xa1 g7

Après 40...Rg7

« Une finale de tours et ainsi obtenue dans laquelle les blancs ont l’avantage. Cet avantage consiste dans le fait que les pions blancs avancés sont en mesure de créer par eux-mêmes un pion passé. De plus, les noirs ont des pions faibles sur a7 et c7. Avec leur dernier coup, les noirs préviennent la manœuvre Ta1-e1-e7. » Botvinnik

41.f2 f6 42.a4 d5

« Les noirs défendent leur position passivement. Très intéressante était la tentative d’échanger le pion faible en jouant 42...a6! et ici 43.b1 (ou 43.e3 e6 44.h4 d5 45.b1 axb5 46.axb5 d6 et les blancs sont contraints de défendre le pion b5. » Botvinnik) 43...axb5 44.xb5 d6 45.c5 d4 46.a5 e6 47.e3 a4 suivi de 48…Rd6. » Botvinnik

43.e3 e5 44.c1

« Après ce coup, 44…a6 est impossible à cause de 45.b6. Maintenant la différence entre la position de la partie et les variantes précédentes est claire : Le pion b5 est défendu par le pion a4 et la tour blanche se retrouve libre pour manœuvrer. » Botvinnik

44...g5

Cette offensive de pions, commente le « Deutsche Schachzeitung » n’atteindra pas son objectif puisque le pion f5 va devenir une faiblesse. Les noirs devaient jouer un coup d’attente et auraient probablement obtenu la nulle. 45.g3 h5 « Plus simple et meilleur 45…h6 pour appuyer le pion g5. » Botvinnik

46.c4 g4

« Un nouvel affaiblissement. Les noirs devaient au contraire jouer 46...d1 et les blancs n’étaient pas en mesure de renforcer leur position. Par exemple 47.h4 (ou 47.c5+ e6 48.a5 b1 49.d3 f6 50.c2 b4 51.c3 b1 52.d5 e6 53.d7 xb5 54.xc7 xa5) 47...gxh4 48.gxh4 e1+ 49.d2 a1 » Botvinnik

47.b4 e6

Plus précis 47...d6 48.d4 xd4 49.xd4 e6 = Botvinnik

48.a5 f6

A nouveau 48…Tc5! limitant la mobilité des pions blancs était plus sûr.

49.b6 axb6 50.axb6 cxb6 51.c7 c5 52.xb6+

Après 52.Txb6+

Les noirs se retrouvent face à un dilemme. S’ils défendent les pions avec le roi, ce sera le pion c7 qui décidera de la partie. Si, au contraire, il porte le roi vers le pion c7, ils perdent les pions de l’aile roi. » Tarrasch

52...g5?

« L’erreur décisive, Tarrasch cherche à utiliser son pion de plus sur l’aile roi mais ceci s’avère être un plan fautif. Si les noirs avaient amené leur roi sur l’aile dame avec 52...f7! ils auraient obtenu des chances de nuls. 53.b7 e6 54.f4 d7 (54...c2!?) 55.c8+ xc8 56.h7 c2 57.xh5 f2+ 58.e5 d7 59.xf5 xh2 60.f4 e6 61.xg4 h8 = » Botvinnik

53.b7 h4 54.d4 c1 55.e5 hxg3 56.hxg3 c3

« Aussi après 56...f4 les noirs étaient perdus, par exemple 57.gxf4+ h4 58.d6 d1+ 59.e7 c1 60.d7 d1+ 61.c8 g3 62.b8 c1 63.c8 xc8+ 64.xc8 g4 65.f7 f3 66.f5 g2 67.g7+-  » Chigorin

57.d6 d3+ 58.e7 e3+ 59.d6 d3+ 60.e5 c3 61.a7 f4 62.d4! 1-0 Sans attendre 62...c6 63.a5+ f6 64.c5+-

Tabelle du match 1893

1896 Le premier grand tournoi disputé en Russie

Tournoi de St. Pétersbourg 1895/96

Après l’un des tournois les plus forts de l’histoire du XIX siècle, Hastings 1895, remporté par Harry Nelson Pillsbury (1872-1906) une nouvelle étoile venue des Etats-Unis, la société d’échecs de St-Pétersbourg invita les cinq premiers classés soit dans l’ordre Pillsbury, Chigorin, Lasker (1868-1941), Tarrasch et Steinitz pour clarifier la situation au sommet de l’olympe échiquéen.Le jeune Lasker, qui avait détrôné Steinitz en 1894, n’avait remporté que le 3e prix. Son titre obtenu face à un homme, son aîné de 32 ans et qui approchait de la soixantaine, n’avait pas vraiment convaincu.

Tarrasch déclina l’invitation devant les exigences de sa profession de médecin car il ne pouvait s’absenter pour une longue période.

St-Pétersbourg connaît alors un essor économique, social et culturel sans précédent. Le Tsar Nicolas II vient de succéder à son père, assassiné le 1er octobre 1894. L’une des tentatives ayant abouti parmi tant d’autres. En 1887, Alexandre Oulianov, issu de la noblesse de fonction, sera pendu pour avoir été le meneur de la préparation d’une tentative d’assassinat contre le Tsar. Il n’était autre que le frère aîné de Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine. Nicolas II se comporte en autocrate slavophile et orthodoxe dans une Russie en pleine mutation où règne un climat d’insécurité. L’élite de l’Empire est exposée aux attentats terroristes des organisations révolutionnaires.

Le Tsar Nicolas II à Paris en 1896

En octobre 1896, Nicolas II se rendra à Paris pour une visite officielle où il recevra un accueil triomphal. Il posa la première pierre du « Pont Alexandre III » en mémoire de son père, artisan de l’alliance franco-russe.

Peter Alexandrovitch Sabouroff (1835-1918)

Peter Alexandrovitch Sabouroff (1835-1918), diplomate, collectionneur d’art, joueur et organisateur, Président d’honneur du Club de St-Pétersbourg était une personnalité importante qui a contribué à développer les échecs en Russie.

« Notre grand tournoi débutera le 10 décembre et durera environ 40 jours. Cet évènement, le premier tournoi international en Russie, se veut d’un caractère original ; il a été organisé sur l’initiative du Président d’honneur de club de St-Pétersbourg, M. Sabouroff. Les résultats obtenus lors des tournois jusqu’à ce jour sont souvent imprévisibles, et souvent différents des résultats obtenus en matches entre les mêmes joueurs. C’est pourquoi il est difficile de comparer la force respective des maîtres. Dans cette compétition, chacun jouera 6 parties avec chacun des autres compétiteurs et, par conséquent, ce sera la nature singulière de ces matches qui, pour la première fois, produiront une certaine mesure pour évaluer les forces relatives des joueurs. » Extrait de Novoe Vremya

Le Livre du tournoi de 1896

Le tournoi débuta le 13 décembre 1895 pour se terminer le 27 janvier 1896. Voici le déroulement de la première ronde rapportée par un témoin pour le British Chess Magazine :

« Dans deux angles opposés de la grande salle sont placés deux tables avec des échiquiers. Sur d’autres tables dans la même salle, des groupes d’amateurs suivent et commentent les coups joués par les maîtres. Sur le mur sont accrochés verticalement deux grands échiquiers, qui montrent au coup par coup l’évolution des parties. Mr. Pillsbury joue sans effort apparent, avec assurance et facilité. Il semble avoir une partie simple, bien que son adversaire fut Herr Lasker, le vainqueur de Steinitz. La finale notamment fut jouée avec rapidité par Mr. Pillsbury, alors que son adversaire prenait tout son temps. Lorsque Lasker abandonna, Mr. Pillsbury, qui par sa modestie et son tempérament placide avait déjà acquis beaucoup de sympathie parmi nos amateurs, fut chaudement félicité. Herr Lasker suivit alors la partie opposant MM. Steinitz à Chigorin, et un grand silence régnait dans la salle. Mr. Steinitz fumait méthodiquement cigare après cigare. M. Chigorin semblait un peu nerveux… »

Les participants, 1896

Lasker,E – Pillsbury,H.N - St. Pétersbourg 1895/96 - Défense Petrov

1.e4 e5 2.f3 f6 3.xe5 d6 4.f3 xe4 5.d4 d5 6.d3 e7 7.0-0 c6 8.e1 g4 9.c3 f5 10.b3 0-0 11.f4?!

Une variante toujours d’actualité après le correct 11.Cbd2. Ce coup permet d’affaiblir la structure sans compensation.

11...xf3 12.gxf3 g5 13.g2 d7 14.c2?

Une perte de temps critiquée par Schiffers. Intéressant 14.xb7 e6 15.xe6!? xe6 16.b5!? avec des complications peu claires.

14...e6 15.c1 d6 16.d2 ae8

Les noirs ont la meilleure position et l’initiative.

17.f1?

Une gaffe qui permet de s’imposer tactiquement.

17...exd4 18.d1 xe1 19.xe1 xf3!!

Après 19...Cxf3!!

Un sacrifice parfaitement correct.

20.xf3 f4 21.d1 e5+ 22.e2 g4+ 23.d2 xd1+ 24.xd1 xd3

Les jeux sont faits, le reste n’est plus que question de technique.

25.e2 e5 26.f3 e8 27.b3 g4+ 28.d2 e3 29.b2 g2 30.h3 c5 31.h2 f2 32.c4 dxc4 33.bxc4 h5 Les blancs dépassèrent le temps imparti. 0-1

Un hommage au grand théoricien russe Petrov ne pouvait que lui apporter les faveurs du public et Pillsbury semblait à nouveau en mesure de récidiver l’exploit réalisé quelques mois auparavant à Hastings. Pourtant, peu après, on pouvait lire de la plume du correspondent du « New York Daily Tribune » daté du 15 janvier 1896 :

« Pillsbury a beaucoup changé en apparence. Ceux qui l’ont observé de plus près ont constaté que son apparence trahissait une sorte de trouble au-delà des conséquences de son échec face à Steinitz (-4 =2 !). Il semblait qu’aux yeux des observateurs toute forme d’énergie l’avait abandonnée, bien que cela puisse être attribué à des problèmes personnels. Cela ne faisait aucun doute qu’il était affecté et, non des moindres, par les conditions climatiques. C’était désolant de constater qu’après avoir réalisé un si bon départ, qui a donné à l’Amérique l’espoir d’un autre grand triomphe, son destin s’est retourné contre lui. »

St. Pétersbourg. Petr Vereshchagin

En réalité plusieurs témoignages concordent pour dire qu’il était malade et avait attrapé la grippe. J. N. Pope dans sa biographie du grand champion américain précise que son attention fut détournée parce qu’il avait entamé une relation intime avec une admiratrice russe.

« Une relation intime qui a été considérée comme étant à l’origine de la maladie vénérienne qui a finalement causé sa mort. Une autre théorie plausible est que Pillsbury avait contracté la syphilis avant le tournoi de St-Pétersbourg (peut-être en Angleterre durant le tournoi de Hastings). Si cela est vrai, les premiers stades de la maladie sont responsables de sa mauvaise performance lors du tournoi. »

Harry Nelson Pillsbury

Quelques curiosités marquèrent ce tournoi. Un dénommé Suvorin, éditeur du « Novoe Vremja », avait acquis les droits exclusifs pour publier les parties contre une somme de 500 roubles. Il souhaitait exploiter la popularité croissante du jeu et avait fait inscrire une règle surprenante avec l’aval du comité d’organisation :« Toutes les parties sont la propriété du comité d’organisation et sont destinées à être publiées dans un livre sur le tournoi. Le comité se réserve aussi la possibilité d’autoriser la publication des parties dans des périodiques russes ou étrangers que sur la base d’un accord officiel. »

Dessin revue russe

Ce qui aurait pu être un triomphe pour le meilleur joueur russe tourna rapidement au cauchemar car il ne put se soustraire à la dernière place. Le grand vainqueur fut le tenant du titre Emmanuel Lasker. Tarrasch avait émis les plus grandes réserves à son sujet, notamment après l’avoir devancé d’un point et demi au tournoi de Hastings, écrivit alors :

« Lasker pour la première fois a démontré qu’il était un fort joueur. »

Grille de classement 1896

Jusqu’ici les résultats de Chigorin avaient été très probants, comment expliquer une telle contre-performance ? Selon une biographie soviétique signée par Vasiukov, Narkevic et Nikitin publiée en 1972, Chigorin était en charge de toutes les responsabilités administratives du tournoi jusqu’à être dérangé durant les parties. Lorsqu’on lui demanda les raisons de cette déroute, il répondit :

Mikhaïl Ivanovitch Chigorine en 1896

« Je suis étonné de n’avoir pas perdu toutes les parties. Alors que je m’asseyais à l’échiquier, je commençais à penser qu’ils allaient me jeter hors de mon domicile avec toutes ces factures qui s’accumulaient et qu’il fallait honorer immédiatement, aux calomnies et aux intrigues qui circulaient à mon sujet… »

Emmanuel Lasker avec signature

Lasker,E – Chigorin,M - St Pétersbourg 1895/96 - Pion Dame

1.d4 d5 2.f3 f6 3.f4 bd7 4.c3!?

Tarrasch considérait ce coup comme une hérésie dans l’ouverture du pion Dame. Cependant Lasker vise à un développement simple où le cavalier est plus agressif que sur d2. Il dissuade de pousser c7-c5 dans beaucoup de variantes à cause de « Cb5 ». GM Soltis

4...c6 5.e3 e6 6.d3 b4

Un coup qui va affaiblir les cases noires après l’échange du fou. Préférable 6...e7 7.0-0 0-0 8.e4 dxe4 9.xe4 xe4 10.xe4 f6 11.d3 b6 += GM Fine

7.0-0 h6 8.e2

Sans craindre 8…Fxc3 9.bxc3 Ce4 10.Fxe4 dxe4 11.Cf2 f5 12.Dh5 avec avantage blanc.

8...0-0

A considérer 8...h5!? pour liquider le fou.

9.e4 xc3 10.bxc3 dxe4 11.xe4 xe4 12.xe4 f6 13.d3 d5?!

« Tout au long de la partie, Chigorin ne se préoccupe pas de développer son fou dame. Ici 12…b6 suivi de …Fb7 et …c5 lui aurait permis d’avoir une position jouable. » GM Fine

14.d2 e7 15.fe1 g6 16.e5!? xe5 17.xe5 f6

Le pion « e6 » devient faible, à nouveau 17…b6 suivi de 18…Fb7 était à considérer.

18.e3 f5?

L’affaiblissement des cases noires va s’avérer pénible pour Chigorin. Rellstab a proposé 18…De8 19.Tg3 Rh8 +=

19.g3 h4 20.h3 e7

Si 20...g4? 21.f3 g6 22.xh6!+-

21.e1 f6

Le début d’un plan douteux visant à consolider le pion arriéré.

22.f4

Malgré les fous de couleurs opposées, les blancs ont un net avantage. Leur fou contrôle les cases noires avec des possibilités d’attaque sur l’aile roi par rapport à celui de l’adversaire, simplement passif et mauvais.

22...d7 23.g3 e8 24.c4 d7

Si 24...g6 pour alléger la défense 25.xg6 (25.xf5!? Fine) 25...xg6 26.d5 avec une dangereuse initiative.

25.ge3 b6

Les blancs projetaient 26.c5 suivi de 27.Fd6.

26.e5

Après 26.Fe5

26...g6?!

« Une erreur stratégique dans une position difficile. Sur g6, la tour est utile uniquement pour défendre l’aile roi alors que sur f7, elle aurait été également utile pour défendre l’aile dame. » GM Fine

27.f3!

Privant la tour de sa mobilité, à partir d’ici les noirs vont jouer pratiquement avec une pièce de moins.

27...f7 28.a3

Déplaçant le combat sur l’aile dame et de poursuivre avec l’idée Tb1, c5, Da6 et Ta3.(GM Soltis)

28...b5

Les noirs engagent la bataille alors qu’ils sont en infériorité.

29.cxb5 cxb5 30.c3 c8

D’un point de vue pratique, il fallait éviter l’échange de cette tour utile en défense, par exemple 30...a5 31.c7 d8 32.c5 g5 33.g3 b4 (GM Soltis) avec des chances de naviguer en eaux troubles.

31.ee3 c4?!

Meilleur 31...xc3! 32.xc3 d8 33.xa7 h7 34.g3 (34.e3 g5 35.e2 c1+ 36.f2 e8 37.c5 h1 +=) 34...g5 35.f4 h5 GM Khaliman) avec du contre-jeu sur l’aile roi affaiblie pour le pion sacrifié.

32.xc4 bxc4 33.b4

La menace 34.Tc3 permet de gagner un pion sans véritable contre-jeu.

33...d8 34.xc4 a5?!

Sur l’aile roi 34…Dg5 offrait plus de possibilités.

35.c3 h7 36.h3 e8 37.a3 b5 38.b4 a6 39.c7! c6!

Les blancs ne craignaient pas 39...f1 car 40.f8! xg2+ 41.h1 h2+!? 42.xh2! g2+ 43.xg2 e2+ 44.g3 e1+ 45.f4 d2+ 46.e5 et le roi blanc échappe à l’échec perpétuel.

40.c4!

Les noirs menaçaient 40…Txg2+! 41.Rxg2 De2+ 42.Rg1 De3+ 43.Rf1 Df3+ 44.Re1 De3+ 45.Rf1 =

40...xf3 41.g3?!

Très fort 41.f2 c6 (41...xg2 42.f8!) 42.d5 xd5 43.cxd5 d3 (43...xg2+ 44.xg2 e2+ 45.g1 e3+ 46.f1 f3+ 47.e1+- et le roi échappe à l’échec perpétuel.) 44.d4+-

41...b6 42.f2 e4 43.xb6 axb6 44.a4 h5 45.h4!

La tour noire ne peut toujours pas entrer en jeu, alors que le roi blanc va jouer un rôle décisif en se dirigeant vers l’aile dame pour soutenir l’avance des pions.

45...g4 46.e3 g2 47.d3 g8 48.c3 f8

Pour tenter de débloquer la situation avec la poussée g7-g5.

49.f4 e8

Si 49...g5? 50.hxg5 h4 51.d6+ g8 52.gxh4+-

50.a7 g5 51.xg5 xg3+ 52.b4 xg5?

Après 52...g4 53.e7+ d8 54.xe6+ le roi seul ne peut arrêter les pions blancs, par exemple 54...d7!? (54...c7?! 55.f6! f4 56.e5++-) 55.xb6 xd4 56.b8! menace Td8. 56...c7 57.b5 f4 58.f6 e4 59.e5+ d7 60.a5 f3 61.g3 e2 62.f5 les blancs conservent des chances de gain.

53.hxg5 h4 54.h7 h3 55.g6 1-0

Cette partie exemplaire sur le plan stratégique est une illustration de la formule de Tarrasch :« Une pièce mal placée rend toute votre position mauvaise. »

La domination des cases noires est l’autre élément déterminant qui a contribué de manière décisive à la victoire. Si la présence des fous de couleurs opposées est un facteur important pour annuler en finale avec un pion de moins, voir même deux, dans le milieu de partie, au contraire, cela ne fait que détériorer les possibilités du camp le plus faible.

Lasker et Steinitz en 1896

Avec cette victoire, Lasker assis pleinement sa réputation de champion du Monde. Un début un peu hésitant le plaça pour un temps à la poursuite du vainqueur de Hastings, Pillsbury, mais son jeu solide, puissant, lui permis peu à peu de s’emparer de la première place pour la conserver jusqu’à la fin. Il remporta le premier prix avec aisance et deux points d’avance.

St. Pétersbourg en hiver

Je tiens à remercier Gérard Demuydt pour la mise en ligne de mes articles et le Musée Suisse du Jeux de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld. www.museedujeu.ch

Georges Bertola

Rédacteur en chef de la revue Europe-Échecs

Georges Bertola

 
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Publié le 12/05/2017 - 10:00 , Mis à jour le 12/05/2017 - 12:07
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