Nice 1925 3e Championnat de France
Les participants du tournoi de Nice 1925
Le tournoi « Maître » avec 9 joueurs débuta le 2 septembre pour se terminer le 11. Les deux vainqueurs; MM. Betbeder et Gromer se virent qualifiés pour le tournoi championnat de 1926.

Le choix de jouer à Nice ne rallia pas tous les suffrages :

« Il est question de faire jouer le prochain tournoi-championnat à Nice. J’ai l’impression que si le choix de cette ville est maintenu, nous n’obtiendrons pas le succès espéré. Nice est de tous les points de France le plus éloigné pour la majorité des concurrents et tout me porte à croire que pour ce motif nous assisterons à une répétition de ce qui c’est passé en 1923 et que nous aurons 4 concurrents… si même nous les obtenons.

Nous augmentons, très judicieusement, la durée du tournoi de deux jours. S’il faut ajouter encore trois jours pour les délais de route et repos, je crains que les concurrents, dont pour la plupart les vacances sont strictement limitées, ne disposent du temps nécessaire. » Fred Lazard (Bulletin de la FFE)

De plus, dans cette atmosphère de reconstruction des dommages de la première guerre mondiale, les débuts de la FFE étaient pour le moins laborieux comme le remarquait le vice-président J. Conti :

« Je suis convaincu que les joueurs d’échecs français estimeront qu’il est mortifiant de voir les Américains organiser des tournois d’échecs qui coûtent plus de 300.000 francs (New York 1924 GB) pendant que la caisse de la Fédération Française ne contient que des sommes ridicules. Cela est d’autant plus attristant que l’on dépense en ce moment des millions pour le sport. Tout pour les muscles et rien pour le cerveau. » (Bulletin de la FFE no 11 1924)

Nice 1925

Pourtant ces propos pessimistes furent infirmés par le succès remporté par le 3ème championnat de France dont l’essentiel de l’organisation reposait sur Georges Renaud (1893-1975) aidé notamment par le Grand-Maître Alekhine (1892-1946) qui officiait gracieusement en tant qu’arbitre du tournoi. Ce fut une véritable sinécure car toutes les parties s’étaient jouées dans une atmosphère cordiale et il n’eut aucune occasion d’intervenir dans le bon déroulement de la compétition. Il ne put que rendre hommage à Georges Renaud et il déclara lors de la cérémonie de clôture :

Portrait Alekhine par E. Voellmy en 1925

« En véritable apôtre des échecs, il a perdu ses chances de concurrent en sacrifiant toutes ses facultés et son talent à l’organisation des tournois, merveille du genre. » Alekhine

On ne pouvait pas encore parler d’une renaissance des échecs français qui connurent leur apogée avec Philidor et La Bourdonnais, mais c’était un démenti cinglant aux propos tenu par Diderot dans la grande Encyclopédie en 1775.

« On n’étudie guère aujourd’hui les livres d’échecs, car les échecs sont assez généralement passés de mode; d’autres goûts, d’autres manières de perdre son temps, en un mot d’autres frivolités moins excusables ont succédé. Si Montaigne revenait au monde, il approuverait bien la chute des échecs. D’autres personnes, au contraire, frappées de ce que le hasard n’a point de part à ce jeu, ont regardé les bons joueurs comme doués d’une capacité supérieure. »
 

Le tournoi « Maître » avec 9 joueurs débuta le 2 septembre pour se terminer le 11, soit une ronde par jour jouée à la cadence de 15 coups à l’heure et, pour la première fois, un tournoi subsidiaire se jouait en parallèle. Les deux vainqueurs; MM. Betbeder (1901-1986) et Gromer (1908-1966) se virent qualifiés pour le tournoi championnat de 1926, avec à la clé, la lutte pour le titre de champion de France.

La Grille du tournoi
Isidor Gunsberg

La soirée se conclut avec un tournoi éclair qui vit Alekhine remporter toutes ses parties devançant Chéron d’un point. Plusieurs visiteurs de marque étaient présents et parmi eux Isidore Gunsberg (1854-1930) qui avait disputé un match pour le titre mondial contre Steinitz en 1889!

 

« La victoire de Crépeaux, avec une seule partie perdue dans la dernière ronde, alors que le titre lui était déjà assuré a été des plus régulières et des plus méritées. Le jeune champion a joué beaucoup mieux qu’à Strasbourg. Fortifié par l’expérience anglaise du tournoi de Bromley et, également par l’étude, il a prouvé qu’il n’était pas seulement le brillant technicien dont, l’an passé, nous nous plaisions à vanter les belles qualités mais aussi un excellent joueur de position. » Georges Renaud

Cette partie fut considérée comme la meilleure de la part de Crépeaux (1900-1994). Une ouverture traitée de façon moderne et dynamique lui permit de prendre l’avantage. Un milieu de partie aux complications intéressantes, alimenté par un sacrifice de la qualité hasardeux remis les blancs en selle. Sous pression, les blancs gaffèrent et offrirent la victoire à Crépeaux. Jouée à la 3e ronde, alors que Bertrand menait le tournoi avec deux victoires, elle fut commentée par H. Wolf dans la revue « Kagan’s Neueste Schachnachrichten »

Robert Crépeaux
Henri Bertrand

Bertrand,Henri - Crepeaux,Robert
FRA-ch 03rd Nice (3), 04.09.1925
Début anglais [A34]

 

 

1.c4

Ce coup était à la mode à l’époque et conduisait souvent à des transpositions dans le gambit Dame.

 

1...f6 2.c3 d5 3.cxd5

« Les blancs devaient s’abstenir d’échanger, car cela ne favorise que la centralisation des pièces adverses, et jouer 3.d4! pour entrer dans une bonne variante du gambit Dame. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten

 

3...xd5 4.f3 g6 5.g3 g7 6.g2 c5! 7.0–0 c6

Les noirs se sont développés de manière énergique et ont obtenu une position aujourd’hui encore très prisée.

 

8.e3

« Apparemment avec l’intention de poursuivre avec d2–d4; mais ce plan n’est pas réalisable et ne crée qu’une irrémédiable faiblesse sur d3. Entrait en considération 8.e5! et si 8...xc3 9.xc6 etc. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten; Critique était 8.xd5 (8.d4!?; 8.b3!?; 8.a4) 8...xd5 9.d3 0–0 10.e3!? qui propose un intéressant sacrifice de pion pour l’initiative.

 

8...db4! 9.e1?!

« Une retraite forcée, pour interdire la désagréable variante qui débute avec 9…Cd3. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten

Il n’était sans doute pas trop tard pour jouer 9.d4!? avec un sacrifice de pion retors après 9...cxd4 10.xd4 xd4 11.exd4 xd4 12.a4+ d7 13.b3 e6 14.a4+ forçant une répétition.

 

9...e6!? 10.f4

La menace 10…Fc4 ne pouvait être parée par 10.b3?? (Kagan’s Neueste Schachnachrichten) à cause de 10...xc3! , etc.

 

10...c4 11.f2 d7 12.e4 b6 13.d3 b5?

« Les Noirs pouvaient ici tranquillement capturer le pion sur a2. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten

 

14.a4?

Après 14.c3! qui provoquait l’ouverture de la grande diagonale, le pion d3 devenait tabou et les noirs ne pouvaient éviter de perdre du matériel, par exemple 14...a6 15.a3 xc3 16.axb4 xe1 17.xe1 b7 18.bxc5 bxc5 19.c3 0–0 20.xc5 xd3? 21.d2+–

 

14...a6 15.a5 0–0 16.b3?! ad8

« Soustrait la tour à la menace latente tout en augmentant la pression sur le pion faible. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten

Pourtant 16...xa5! semble une option très intéressante si 17.xa5 bxa5 18.xc5 c8 et le fou c1 est en prise.

 

17.axb6 axb6

18.xa6?!

Un sacrifice de qualité aventureux pour compliquer dans une situation compromise.

 

18...xa6 19.xb6 cb8?!

Après l’actif 19...cb4!? 20.xc5 xc5 21.xc5 b8 les pièces noires devenaient dangereuses, la menace est 22...Tfc8.

 

20.c2

L’échange sur c5 était immédiatement sanctionné 20.xc5? xc5 21.xc5 c8–+

 

20...c8 21.b3

La bataille se focalise autour du pion c5. Les blancs veulent installer le fou de case noire sur la diagonale a3–f8.

 

21...c6 22.b5 c7 23.a5 fc8 24.a3 e6!

« Protège indirectement le pion c5, en pointant e3 et b3. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten

 

25.c4 f5

Trop affaiblissant. Il fallait préférer 25…Cd7 avec une position compliquée.

 

26.h3?!

Meilleur 26.g5! car si 26...xe3+? 27.f1 d4 28.d5+ g7 29.h3 avec la menace 30.Fc1!

 

26...d5?! 27.c3 d7 28.g2

« Les noirs tendent un piège, si maintenant 28.e4? c6! 29.xa6 xc3! avec une décision rapide. » Kagan’s Neueste Schachnachrichten

 

28...d8!

« Ce retrait anodin tend à nouveau un piège dans lequel les blancs vont tomber. »

 

29.d5+ h8 30.e6??

Après une retraite comme 30.Fg2 tout restait possible.

 

30...c6 Sans attendre 31.Dxd8 Txd8 32.Fd5 Tb6 –+ 0–1

Un prix de beauté fut décerné à Frédéric Lazard (1883-1949), champion du Cercle Philidor à Paris, pour sa victoire contre André Chéron (1895-1980), déjà réputé pour ses connaissances des fins de parties.

Etude de Chéron

Depuis 1925, Chéron publiait régulièrement des études sur les fins de parties dans le Bulletin de la FFE et deviendra bientôt une autorité mondiale en la matière.

Voici un exemple d’étude sur un thème original :

1...e7+ 2.d4 f7 3.d5 f5! 4.d6 f6! 5.c6 f5 6.c5 f4! 7.b6 f6+

« On voit que la manœuvre de nullité consiste pour les noirs à manœuvrer leur roi de façon telle qu’il n’obstrue pas les échecs horizontaux de la tour noire, aussitôt que le roi blanc menace de libérer sa tour en soutenant son pion. » Chéron

8.c7 f7+ 9.c6 f5!

Une dernière possibilité pour se tromper 9...f6+? 10.d7 f7+ 11.e6+–

10.b6 f6+ 11.c7 f7+ 12.c6 f6 ½–½

Souffrant de maladie pulmonaire, Chéron résida longtemps à Leysin, village de montagne du pays de Vaud et, en 1925, il participa également au championnat Suisse qui s’était joué à Zürich en juillet (7e avec +3 =4 –4). La Revue Suisse le décrivit comme :

« Un digne champion avec un avenir prometteur est André Chéron. Il a de grandes connaissances théoriques, excelle dans les combinaisons, planifie très bien, mais il ne semble pas encore s’être trouvé sur un plan plus personnel. »

André Chéron
Frédéric Lazard

Cheron,Andre - Lazard,Frederic
FRA-ch 03rd Nice (3), 04.09.1925

Gambit Dame [D66]

 

1.d4 d5 2.c4 e6 3.c3 f6 4.g5 bd7 5.e3 e7 6.f3 c6 7.c1 0–0 8.d3 dxc4 9.xc4 a6 10.0–0

« 10.a4 est préférable. » Lazard

 

10...b5 11.d3 c5 12.a4 c4

La théorie retient 12...bxa4 13.xa4 cxd4 14.xd4 b7; Ou 12...b4 13.e4 cxd4 14.xd4 b7 comme tout-à-fait jouable pour les noirs.

 

13.b1 d5

« Défendant indirectement le pion b5. » Renaud

 

14.c2?!

« Attaque prématurée. » Lazard
Logique 14.xe7 xe7 15.b3! avec un léger avantage blanc. Euwe

 

14...g6 15.h6 e8 16.e4 xc3 17.bxc3 b7 18.e1?!

« Evidemment dans l’intention de jouer la poussée f2–f4. Mais la suite démontre que ce coup ne pourra être joué sans préjudice pour les blancs. » Lazard (18.De2!? Renaud)

 

18...f6 19.e2 b6 20.g5 c6 21.xf6

« Pour poursuivre leur plan, les blancs vont laisser l’adversaire avec l’avantage des deux fous contre cavalier et fou. » Lazard

 

21...xf6 22.axb5 axb5 23.f4 d8 24.f3 f6 25.e5?!

« Cela facilite la tâche des noirs, il semble malaisé toutefois de trouver une bonne continuation pour les blancs. » Lazard

 

25...f5

« Avec ce coup les noirs entravent complètement l’action du fou de case blanche ennemi. » Renaud

 

26.b2?!

« Cherchant une attaque sur le pion b5 mais cette attaque demandera trop de temps et sera inopérante. » Lazard

 

26...h6 27.c2 g5 28.fxg5 hxg5 29.b1?! g4 30.e1

« Si 30.xb5 xb5 31.xb5 a6 etc. » Lazard

 

30...a5 31.c1 f8

« Tout en prévenant toute velléité de sacrifice du fou blanc, les noirs préparent l’attaque finale. » Lazard

 

32.h6

A considérer 32.h3!? avec l’idée d’ouvrir les lignes car le roi noir est aussi exposé que celui des blancs.

 

32...f7!

33.h1

« La dernière contre-chance des blancs était, au lieu du coup incolore, de tenter 33.d5 » Renaud. Après 33...xd5 34.d1 b6+ 35.h1 xe5 36.xf5 exf5 37.xb6 a6 38.d8+ g7 39.d7 e4 40.g5+ g6–+ l’attaque blanche s’estompe pour devenir inexistante.

 

33...d7 34.d1 d5 35.g1 g7 36.c1

« Sans doute qu’en portant la dame à e3 ou d2, les blancs auraient résisté quelques coups de plus, mais en la jouant à c1, ils restent avec l’espoir chimérique d’un contre-attaque par sacrifice de leur fou et cherchent dans ce but à maintenir une pression sur le f5. » Lazard

 

36...g5 37.b1 e3+ 38.h1 h7 0–1

« Cette partie a obtenu le prix spécial, offert par le Cercle de Cannes, à la partie la mieux jouée, et il fut décerné par le grand maître Alekhine. » Renaud

Robert Crépeaux
Renaud avec Alekhine

Deux miniatures du tournoi principal

Crépeaux,Robert - Renaud,Georges
FRA-ch 03rd Nice (8), 09.09.1925
Défense Hollandaise [D30]

1.f3 f6 2.d4 d5 3.c4 c6 4.e3 e6 5.bd2 e4 Ce coup n’a pas bonne réputation.

6.d3

6.cxd5 xd2 (6...exd5 7.xe4 dxe4 8.d2) 7.xd2 exd5 8.d3 les blancs sont un peu mieux.

6...f5

Transpose dans le « Stonewall » de la défense hollandaise.

7.e5 d7? Nécessaire 7…Df6 ou 7…g6. 8.h5+ g6 9.xg6 df6 10.h4? Correct était 10.Dh3 +–

10...g8

Les noirs pouvaient exploiter tactiquement l’erreur précédente avec 10...xf2! 11.xf2 h6! basée sur la fourchette royale via g4.

11.xf8 xf8 12.f3?

Trop optimiste, 12.0–0 était meilleur.

12...xg2! 13.xe4 fxe4 14.e5 e7 15.d2 g4?

Après 15...d7 16.h3 g7 17.xe6 a5! (17...xe5 18.b4++–) 18.d6+ e7 les noirs pouvaient résister.

16.h3 xe5 17.xg2 f3+ 18.e2 xd2? 19.hg1 e8 20.g8+ 1–0

« Ouverture – on nous a souvent fait remarquer que ce mot ne devrait pas être employé comme synonyme de début. Quand il s’agit d’une partie fermée, la plume se refuse à écrire; ouverture fermée. »

Raoul Gaudin était un spécialiste des locutions vicieuses dans « Les Cahiers de l’Echiquier Français » mais pas forcément des débuts ouverts.


Gaudin,Raoul - Lazard,Frederic
FRA-ch 03rd Nice (5), 06.09.1925
Défense des 2 Cavaliers [C57]

 

1.e4 e5 2.f3 c6 3.c4 f6 4.g5 d5 5.exd5 d4

« Une suite habituelle est 5…Ca5. Le coup du texte, imaginé par Fritz, à fait l’objet d’une analyse de Schlechter. » Lazard

 

6.c3?!

Un coup sain (probablement parce que le joueur peut se reposer dessus aimait à préciser Gaudin) est 6.c3 b5 7.f1 xd5 8.cxd4 xg5 9.xb5++– Lazard. Ce n’est pas aussi tranché après 9...d8 10.f3 b7 11.0–0 b8 et les blancs sont seulement mieux. Pinski

« Contre un amateur lyonnais après 6.d6 j’ai joué cette partie amusante 6...xd6 7.xf7? (7.xf7+ e7 8.b3 xb3 9.axb3 h6 10.f3 e4 11.g1 f7 avec un léger avantage noir. Bogoljubov-Rubinstein, Stockholm 1919.) 7...c6 8.xh8 xg2 9.f1 e4+ 10.e2 f3# » Lazard

 

6...h6 7.ge4

« Il était préférable de jouer 7.f3 g4 8.e2 etc. » Lazard

 

7...xe4 8.xe4 h4 9.d3

9.g3 g4 10.f3 (10.e2 xe2 11.xe2 e4 etc.) 10...f5 = (10…Cf5 Lazard 11.De2!)

 

9...g4 10.d2

10...f3 11.b5+?

« Si 11.0–0? e2+ 12.h1 h3! 13.g1 xg1 14.gxf3 xf3–+ ; Le moins mauvais aurait été 11.f1 » Lazard

 

11...c6 12.dxc6 0–0–0 13.cxb7+ b8 14.a6 xg2 0–1

Une miniature du tournoi subsidiaire

Louis Betbeder Matibet

Betbeder,Louis - De Lucovich,Claude
Nice, 09.1925
Défense Slave [A00]

 

1.d4 d5 2.c4 c6 3.c3 e5

« Le gambit Winaver considéré actuellement comme la meilleure défense. » Betbeder « Une tentative violente et courageuse pour s’emparer de l’initiative. La théorie soutient que les blancs peuvent conserver l’avantage avec un jeu précis, mais ce n’est pas clair du tout. » G. Flear en 1988

4.cxd5

La partie Lazard-Crépeaux du même tournoi se poursuivit avec 4.dxe5 d4 5.e4 a5+ 6.d2!? xe5 7.g3 c5 8.f3 e6? (8...e7!?) 9.e3! c6 10.d3 1–0 (10) Lazard, F-Crepeaux,R Nice 1925. Ce fut la seule défaite du champion de France.

4...cxd5 5.dxe5

5.f3 est plus sûr pour espérer gagner l’initiative.

5...d4 6.b1

Le coup retenu par la théorie est 6.e4

6...a5+

« 6...c6 s’imposait et donnait aux noirs l’égalité. » Betbeder

7.d2!?

7...xe5 8.f3 d5 9.g3

Intéressant 9.c3!? qui gagnait un pion sans véritable compensation.

9...c6 10.g2 c5

« Ce fou en l’air placé là pour maintenir la pression sur le pion d5, va servir de point de mire aux attaques des blancs. » Betbeder

11.0–0 ge7?

Critique 11...f6

12.g5! d8?

Encore une erreur 12...c4 pour maintenir le contrôle de la diagonale a2–g8 offrait plus de résistance.

13.b3!

13...0–0

« Ce coup perd tout de suite. Relativement meilleur 13...f8 14.xh7 h8 15.g5 et les blancs sont beaucoup mieux. » Betbeder

14.c2! d3 15.xc5 dxe2 16.e1 1–0

L’une des vedettes du tournoi n’était autre que l’affiche :

« Le comité de Nice avait fait imprimer une affiche hyper-moderne, selon l’expression chère à notre ami Renaud. Elle a pleinement rempli son but d’attirer l’attention des joueurs d’échecs et des profanes, et le jeune maître Marcel Duchamp (1887-1968), doit être félicité pour avoir mis son talent au service de la cause du noble jeu, malgré que l’expression figurée de sa pensée par une dégringolade de cubes y ait un effet particulier. » Le Bulletin de la FFE

Dans les colonnes de « L’Eclaireur du Soir », Georges Renaud précisa que le fort joueur Duchamp était aussi un peintre talentueux. « C’est un homme très modeste qui a protesté parce que j’ai dit aux lecteurs qu’il était l’auteur de l’affiche officielle du tournoi. J’avais promis de ne pas le dire mais nullement de l’écrire. »

« Comme d’habitude, l’originalité des idées graphiques de Duchamp donna lieu à l’une des meilleures affiches que les tournois d’échecs aient jamais connues. Il photographia un certain nombre de cubes d’un jeu de construction, qu’il mit dans un filet de manière à former une accumulation; dans l’agrandissement qu’il fit de cette photo, il élimina tous les détails et ne laissa subsister que l’agencement fortuit des blocs à l’intérieur du filet. Cet agrandissement fut le point de départ du dessin final, dans lequel les cubes sont colorés en rose pâle et noir.

Ce dessin fut alors reproduit sur un fond gris clair, obtenu à partir de la reproduction agrandie d’un roi des échecs (modèle Staunton). L’organisation fortuite des cubes sur l’affiche semble souligner le rôle du hasard dans un jeu où apparemment, il n’en joue aucun. » Arturo Schwarz (Marcel Duchamp, éd. Georges Fall 1974)

Duchamp du « Cercle Rouennais »  avait été sacré champion de Haute Normandie en 1924 :

« Marcel Duchamp qui à la suite de son résultat (50%) prend rang parmi les maîtres de la FFE a joué avec un grand sens de la position. Son tempérament n’est pas celui d’un joueur de tournoi, il devait battre Gaudin, annuler avec Lazard et contre Crépeaux il avait partie archi gagnée. Il aurait dû terminer avec 6 points. » Georges Renaud

Marcel Duchamp
Henri Bertrand

Cette partie à la conduite quelque peu hasardeuse fut publiée dans le « British Chess Magazine » de 1925.

Duchamp,Marcel - Bertrand,Henri
FRA-ch 03rd Nice (9), 11.09.1925
Gambit Dame [D53]

 

1.d4 e6 2.c4 d5 3.f3 f6 4.c3 e7 5.g5 bd7 6.e3 c6 7.c1 e4 8.xe7 xe7 9.cxd5

Plus ambitieux est 9.Fd3.

9...xc3 10.xc3

« 10.bxc3!? était peut-être meilleur mais les blancs pensaient que cela conduisait à une partie nulle. » BCM

10...exd5 11.d3 0–0 12.c2 g6 13.0–0 f5?

« Une erreur positionnelle qui abandonne définitivement la case e5 aux blancs. » BCM

14.e1?!

Développer une attaque de minorité sur l’aile dame était plus adéquat pour les blancs.

14...f6 15.e5 e4 16.a3 e6 17.f3 d6 18.c5 a6

« Si 18…Cc8 19.b4! » BCM

19.e4?

« 19.b4 pour développer le jeu sur l’aile dame était à nouveau la bonne politique. » BCM

19...c7?!

Après 19…fxe4 20.fxe4 Df6!? les noirs ouvraient avantageusement la position au centre.

20.exd5 xd5 21.c4 xc4 22.xc4 fe8

Sur 22…Fxc4, recommandé par le BCM, il y a le coup intermédiaire 23.Te7! +–

23.ae3 xe3 24.xe3 f7?

La position était loin d’être claire après 24…Df4!? Maintenant les blancs vont envahir le camp noir avec tempo.

25.d6+ g8 26.e8 d8

« Meilleur était 26…Df7 27.Te7 Txe8 28.Txf7 Rxf7 qui aurait posé plus de problèmes aux blancs pour vaincre. » BCM

27.e7 f7?

Le seul coup pour résister était d’entrer dans une finale semblable à la précédente avec 27…Dxe8.

28.f6+ g7 29.e5 f8 30.d7 1–0

A défaut d’aborder le jeu comme un vrai professionnel, c’était alors son objectif, cette partie illustre la vision de Duchamp. C’est avant tout celle d’un artiste, qui malgré tous ses efforts, éclipsait le joueur d’échecs.

A cette époque, il séjournait à Monte Carlo et expérimentait avec succès la roulette avec une martingale qu’il avait inventée : « Je voudrais forcer la roulette à devenir un jeu d’échecs. »

Lorsque son ami Jacques Doucet lui fit remarquer qu’il ne saisissait pas la relation du jeu d’échecs qui implique l’intervention de l’esprit et celui de la roulette qui fait appel au hasard, Duchamp répondit :

« Dans les deux cas il y a lutte entre deux êtres humains, et en introduisant plus de hasard dans les échecs et en réduisant le facteur hasard dans le jeu, les deux activités pourraient se rencontrer de quelque façon. »

 

Je tiens à remercier  Gérard Demuydt  pour son aide régulière dans la mise en ligne de mes articles, le Musée du Jeu de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld www.museedujeu.ch et Dominique Thimognier http://heritageechecsfra.free.fr/

 

Georges Bertola


Publié le 13/09/2015 - 09:00 , Mis à jour le 14/09/2015 - 07:55
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