Polémiques sur les compétitions féminines en Turquie
Les faits concernent 2 compétitions distinctes, le Championnat du Monde féminin qui s'est déroulé en en décembre à Antioche, et le Championnat d'Europe féminin qui devait se tenir en mars.

Le Championnat du Monde féminin

Retrouvez le compte rendu et les vidéos d'Europe-Echecs ici.

Dans une lettre publiée sur le site de l'A.C.P. (Association of Chess Professionals) 18 des 64 participantes se plaignent des conditions de ce tournoi, notamment l'aspect financier. Les joueuses soulèvent les points suivants :

Hôtel et lieu

Les participantes étaient obligées de loger à l'hôtel Anemon Antakya et de payer 130 euros pour la pension complète. Leurs accompagnateurs devaient également y être hébergé, aux mêmes conditions. Ceci a occasionné des dépenses supplémentaires aux joueuses. Or le prix d'une chambre pour cet hôtel est de 60 euros, avec le petit-déjeuner. La différence aurait pu être utilisée pour prendre déjeuners et diners ailleurs. Au précédent Championnat à Nalchik, les joueuses étaient libre de déjeuner et diner où elles le souhaitaient.

Il n'était pas possible pour les joueuses de réserver directement, on leur annonça que l'hôtel était complet et qu'elle devait passer par le Comité d'Organisation.

Les participantes étaient hébergées dans un hôtel 4 étoiles, mais il était à côté d'une autoroute bruyante et sale, l'air n'était pas sain. Il n'y avait pas d'endroit où marcher, et les murs étaient si fins qu'on entendait tout ce qui se passait dans les chambres adjacentes.

La nourriture laissa également à désirer : les premiers jours, les joueuses avaient faim, tellement les portions étaient congrues. Il n'y avait pas de buffet où se servir, et dans un événement auquel viennent des participantes du monde entier, une certaine diversité de mets aurait pu être proposée.

Elles reprochent aux organisateurs de leur avoir fait payer un prix exagérément élevé, au regard du service offert. Mais elles n'avaient pas le choix, et étaient contraintes d'y loger avec leurs accompagnateurs.

Transfert et droit d'inscriptions

Les joueuses ont dû s'acquitter de 40 euro pour un trajet de 10 minutes entre l'aéroport et l'hôtel, alors qu'un taxi aurait été beaucoup moins cher. De plus, les joueuses auraient pu se partager un taxi. Elles ont également dû verser 100 euros de droit d'inscription, ce qui est une nouveauté à un Championnat du Monde.

Organisation

Les participantes sont également déçues par l'organisation globale : pas de comité d'accueil, la première partie fut jouée au Musée archéologique d'Antioche, un endroit magnifique, mais qui n'est pas acceptable comme lieu d'un tournoi de haut niveaux. Tous les bruits de la rue parvenaient dans la salle, ce qui a dérangé les joueuses. La décisions de déplacer le lieu de jeux ne serait ce que pour une ronde est inacceptable pour des compétitions de ce niveau.

De plus, il manquait également des arbitres pour les premières rondes, notamment les tie-breaks. DEs accompagnateurs et des joueuses ont dû surveiller les parties de départage.

Prochaines étapes

Suite à la déception occasionnée, les joueuses ont l'impression que les organisateurs ont cherché à dépenser le moins ossible, tout en cherchant à faire du bénéfice aux dépens des joueuses. Pour éviter qu'une telle situation se reproduise, les signataires invitent la FIDE à prendre des mesures supplémentaires pour futures villes candidates. Un contrat devrait garantir les points soulevés ci-dessus, et une joueuse (de préférence) devrait visiter la ville candidate avant que la Fide donne son accord.

Les signataires sont :

Elina Danielian, Nana Dzagnidze, Jovanka Houska, Tatiana Kosintseva, Alexandra Kosteniuk, Maia Lomineishvili, Evgenia Ovod, Amina Mezioud, Lilit Mkrtchian, Elisabeth Paehtz, Anna Muzychuk, Maria Muzhychuk, Natalia Pogonina, Marina Romanko, Irina Slavina, Soumya Swaminathan, Anna Zatonskih

La réponse du président délégué de la Fide

Georgios Makropoulos, président délégué de la FIDE
Georgios Makropoulos réfute les allégations des protestataires. Dans une lettre publiée sur le site de Chessbase, il réplique qu'à l'occasion de ces championnats, les organisateurs ont pris à leur charge la part de 20% des prix devant revenir à la Fide. Ainsi, les joueuses ont pu gagner au moins 750 $ (pour les éliminées du 1er tour) de plus qu'initialement prévu. Le surcoût de l'hôtel est ainsi plus que compensé.

Il remet en cause également la description des lieux. La route principale était goudronnée, et les voies annexes ne l'étaient pas en raison des chantiers de ce quartier en plein développement. Il réfute également les autres points soulevées par les joueuses, affirmant que les conditions étaient normales.

Le problème de nourriture a été réglé immédiatement, et selon lui ce probème mineur a été immédiatement résolu grâce à la diligence de l'organisateur.

Il conclut en mettant en garde les joueuses contre l'impact négatif d'une telle lettre ouverte, notamment vis à vis des sponsors.


Championnat d'Europe féminin

Résumé des épisodes précedents :

29 décembre 2010

Le Championnat d'Europe féminin devait se tenir à Gaziantep du 20 au 31 Mars. Ali Nacizi, Président de la Fédération turque, a annoncé qu'il était annulé, tout comme le Championnat d'Europe féminin de blitz qui devait se tenir quelques jours avant. Dans une lettre ouverte disponible sur le site de la fédération turque, il fait part de son impossibilité de trouver un accord avec l'European Chess Union, concernant notamment les aspects financiers et le fait que les dates du tournoi empiètent sur celles du Grand Prix Fide de Doha (Qatar).

Extrait de la lettre ouverte: "Ces dernières semaines nous avons communiqué avec le Secrétaire général de l'ECU (European Chess Union) pour finaliser les détails du Championnat d'Europe féminin puis, à la suite d'un comportement insultant et condescendant de leur part, nous avons demandé l'intervention du Président de l'ECU, M. Silvio Danailov. Aucune de ces tentatives n'ont fonctionné, comme vous pouvez le voir dans les divers e-mails et lettres envoyés, nous avons été complètement négligés par la direction de l'ECU. C'est vraiment une grosse déception pour moi, sachant que j'étais la première personne à féliciter le nouveau président [Silvio Danailov] pour sa victoire à la présidence de l'ECU juste après l'élection et à lui souhaiter bonne chance pour les quatre prochaines années."

Nous rappelons à nos lecteurs que Danailov et Yazici ont été rivaux lors de l'élection à la présidence de l'ECU à l'Olympiade d'échecs 2010 à Khanty-Mansiysk, en Russie. Silvio Danailov a remporté cette élection.

La lettre de Ali Yazici continue par: "J'ai également envoyé un message officiel le 24 Décembre 2010. Encore une fois, nous n'avons pas reçu de réponse. Au regard de ce comportement injuste, nous avons décidé de nous retirer de l'organisation européenne du Championnat individuel féminin 2011. Un évènement qui serait entré dans l'histoire des échecs avec des prix au même niveau que l'évènement d'Aix-les-Bains (France). Nous espérons que ce sera le dernier conflit entre la direction de l'ECU et la TSF."

le 04 janvier 2011

Dans l'article paru le 31 décembre 2010 sur gambit.blogs.nytimes.com de Dylan Loeb McClain, on découvre que la fédération turque des échecs voulait facturer 70 euros de frais d'organisation par joueur, 120 euros pour tout joueur qui préfère de ne pas être hébergé dans l'un des deux hôtels réservés par les organisateurs et enfin, une taxe pour tous ceux qui ne s'inscrivent pas avant le 10 février 2011.

Dans un entretien téléphonique de mercredi, Danailov a suggéré qu'il pourrait y avoir un problème plus important: La fédération aurait eu des difficultés pour financer ce championnat d'Europe. Il a déclaré que la fédération turque devait verser 7500 euros de dépôt en mai 2010, mais que cela n'a pas été fait. Puis, six mois avant l'évènement, en septembre 2010, la fédération était censée fournir 97.500 euros de garantie bancaire pour les prix, mais que ça n'a pas non plus été le cas.

Danailov a finalement dit de Yazici: « Depuis le début le gars cherchait comment se retirer. »

Actualisé le 19 janvier 2011

Bien évidemment, Yazici a répondu dans une lettre :

"[...] C'est une grand tristesse de lire vos commentaires sur ce problème, affirmant que nous n'avons pas l'argent pour l'organiser. Ce n'est pas vrai. Nous mettons ceci sur le compte de votre expérience limitée en tant que Président de l'ECU (European Chess Union). Nous souhaitons de nouveau vous tendre la main, comme après l'élection, et proposer de nouveau d'organiser cet événement. Nous espérons que vous clôturerez le dossier des élections, et en tant que joueur d'echecs vous jouerez le bon coup.

Nous sommes disposés à organiser le Championnat d'Europe Individuel Féminin, aux mêmes conditions finaisées dans le document attaché.

[...] Si vous pensez que le calendrier proposé n'est pas suffisant pour organiser l'évènement en mars, nous sommes prêt à l'organiser du 31 juillet au 19 août à Gaziantep. Je dois néanmoins vous avertir qu'il y fait très chaud à cette période de l'année. [...] "


Publié le 24/01/2011 - 08:26 , Mis à jour le 29/01/2011 - 07:24