Trois grandes figures victorieuses (2)
Vue de l'esplanade de Calcutta 1850
Buckle rencontra les meilleurs joueurs : Kieseritzky, Bird, Anderssen... « La lenteur chez un génie est difficile à supporter, mais celle d’un médiocre est intolérable. » Henry Thomas Buckle

Cochrane obtint son diplôme d’avocat en juin 1824 et, peu après, il se rendit à Calcutta alors capitale du Raj britannique, pour y exercer sa profession jusqu’en 1870. Aux Indes, Président du « Calcutta Chess Club », il joua contre des adversaires qui lui étaient souvent inférieurs mais trouva en Moheschunder Bannerjee, surnommé le « Brahmane », un adversaire redoutable qu’il engagea aussitôt pour animer le club. Il disputa avec lui un match en 1852 en 25 parties qu’il remporta. L’Indien réussit un score honorable avec 9 victoires pour 13 défaites et 3 nulles.

Moheschunder Bannerjee avait assimilé les règles européennes mais s’inspira des règles indiennes qui ne permettaient aux pions que d’avancer d’une case pour innover dans les ouvertures en jouant ce que l’on nommera plus tard les défenses « Indiennes ».

« Le Calcutta Chess Club compte aujourd’hui une quarantaine de membres et se targue de l’honneur d’avoir M. Cochrane pour Président. Le seul joueur ici qui a ses chances contre M. Cochrane, selon ses termes, est le Brahmane du nom de Moheschunder Bonnerjee. M. Cochrane lui-même a remarqué qu’il possède un grand talent naturel pour les échecs, comme aucun joueur qu’il n’ait jamais rencontré, sans aucune exception. Il s’agit d’éloges mais pas du tout exagérées, lorsque l’on connaît les circonstances. Jusqu’au début de l’année dernière, Moheschunder ne s’était jamais éloigné de plus de 20 miles de son village natal, n’avais jamais vraiment joué contre un bon joueur et connaissait à peine les règles européennes. »

Dans les règles indiennes seul le pion central ou royal pouvait se déplacer de 2 cases au premier coup, la prise en passant était inconnue et le plus étrange, une fois dans la partie le roi pouvait se mouvoir comme un cavalier.

(Source The Chess Player Chronicle 1850 p.318)

Pièces d’échecs indiennes 1850

Voici l’une des premières « Est-indienne » de l’histoire.

Cochrane,John - Mahescandra
Kolkata, 1851

Défense Est-Indienne [E76]

 

1.d4 f6 2.c4 g6 3.c3 g7 4.e4 d6 5.f4 0–0 6.f3 g4

L’attaque des 4 pions contre l’Est-indienne est un classique du XX siècle ! Pourtant à cette époque, on parlait de début irrégulier et c’est l’un des premiers exemples répertorié de cette défense.

7.e2 xf3 8.xf3 e5 9.dxe5 dxe5 10.xd8 xd8 11.fxe5 fd7 12.d5

De nos jours, cette position pourrait se rencontrer dans un tournoi du 21ème siècle, par exemple 12.Fg5 Te8 13.0–0–0 c6 14.e6 fxe6 = Colin-Apicella (Capelle la Grande 2002) 12.g5]

12...xe5 13.0–0 a6 14.g4?! c6

Les noirs sont mieux, meilleure structure et avantage de développement !

15.c3 dc5 16.g5 d6 17.f4 xf4 18.xf4 d2

Meilleur 18...d3 19.ff1 h5 20.f3 xb2 21.ab1 d2–+

19.af1 f8?! 20.e5 d3 21.d4! ac5 22.b4 e6??

22...c2! conservait l’avantage, en quelques coups les noirs ont ruiné leur position en entrant dans des complications hasardeuses.

23.d7??

Après 23.xe6! fxe6 24.e4 le clouage était décisif et conduisait à la perte du cavalier.

23...h5? 24.e4? xe5 25.f6+?! g7 26.xd2 hxg4 27.e2?! xc4 28.xg4 d8 29.e5 xe5 30.xe5 d2

Avec un pion pour la qualité, les noirs peuvent encore naviguer en eau trouble car la finale n’était pas le point fort de Cochrane. Opposé aux idées de Philidor, il ne pouvait admettre que les pions étaient l’âme du jeu.

31.a4 a6 32.b5 axb5 33.axb5 c5 34.ee1 b6 35.d1 xd1 36.xd1 d4 37.f2 f6 38.g4 e5 39.h4 f4 40.g1 f3 41.a1 e5 42.a6 c4 43.xb6 c3 44.e2 xg4

45.d6??

La dernière gaffe, 45.c6! gagnait facilement.

45...c2

Le triomphe du pion passé, un bon point à l’actif de Philidor !

46.d4+ h3 0–1

L’Histoire des échecs en Inde
Par Tamannacharya Padsalgikar Mars 1941 traduit en anglais en 2009

Plus pointu, une défense que l’on désignera par Grünfeld, du nom de son « inventeur » au XXe siècle.

Cochrane,John - Mahescandra

Kolkata, 1855

Défense Grünfeld [A34]

1.d4 f6 2.c4 g6 3.c3 d5 4.e3 g7 5.f3 0–0 6.cxd5 xd5 7.e2

Etonnant de modernité !

7...xc3?!

Correct était 7...c5 8.0–0 c6 9.b3 e6! 10.xb7 cxd4 11.exd4 xd4 12.xd4 xd4 avec des complications favorables aux noirs.

8.bxc3 c5 9.0–0 cxd4 10.cxd4 c6 11.b2 g4 12.c1 c8 13.a3 a5 14.b3 fe8?!
Mieux 14...fd8!? et si 15.c5 e6!

15.c5! b6 Si 15...e6 16.d5! 16.b5 d8?

Dans une position inférieure les noirs s’effondrent en quelques coups!

17.g5! xe2 18.xf7!

18...a5?? 19.h6+ h8 20.g8+!! xg8 21.f7# 1–0

Cochrane résida 18 mois à Londres entre 1841 et 43 et domina pratiquement tous ses adversaires à l’exception de Staunton. Pourtant quelquefois il était capable de lui infliger une déroute rapide utilisant souvent un sacrifice de pièce à la fois déconcertant et douteux comme l’exemple ci-dessous.

Howard Staunton

Cochrane,John - Staunton,Howard
London m2, 1842

Partie Ecossaise [C44]

1.e4 e5 2.f3 c6 3.d4 xd4

Un coup considéré inférieur, relégué aux oubliettes, pourtant il n’existe pas véritablement de réfutation claire.

4.xe5!?

Le cavalier pointe « f7 », une obsession chez Cochrane.

4...e6 5.c4 c6?! 6.xf7?!

Départ pour de nouvelles aventures! Ce sacrifice de pièce conduit à une position déséquilibrée où les difficultés de la défense pour sécuriser la position du roi sont réelles.

6...xf7 7.xe6+ xe6 8.0–0 f7 9.e3 e7 10.f4 d5 11.f5!? g8 12.c4 b5?!

A considérer 12...e8! avec l’idée si 13.cxd5 xf5!

13.cxd5 cxd5 14.c3 b7 15.e5 b4

16.f6!

Menace 17.f7 mat, la case préférée de Cochrane !

16...gxf6 17.exf6 g6 18.f7+ g7 19.d4+ 1–0

Le point fort de Cochrane était son sens tactique et sa vision romantique, il ne voyait les pions que comme des obstacles qui limitaient l’action des pièces. Voici un exemple contre un des meilleurs joueurs venus de Hambourg, William Popert (1797 – 1844), établi à Londres depuis 1835 et qui affronta Staunton dans un match en 1840 qu’il perdit. Par la suite, il fut victime d’une attaque cérébrale et sa force déclina rapidement.

Joueurs d’échecs 1846 (La plus vieille photo connue de joueurs d’échecs)

Cochrane,John - Popert,William
Londres, 1842

Gambit Ecossais [C44]


1.e4 e5 2.f3 c6 3.d4 exd4 4.c4 b4+ 5.c3 dxc3 6.0–0 c2?!

Plus prudent est 6...d6 7.a3 a5 8.b4 b6 9.xc3 f6 10.b3 0–0 mais les blancs ont une initiative prometteuse.

7.xc2 d6 8.b3 e7 9.d5! c5 10.g5 f6 11.xc6+ bxc6 12.c3 0–0 13.e5!?

« Un bon coup qui permet d’amener immédiatement le cavalier de l’aile dame pour aider les autres figures. » Staunton

13...dxe5 14.e4 a6?

Abandonne le contrôle de la case f5, plus coriace était 14...f5!

15.fe1!

15.h4! exploitait l’erreur adverse après 15...xf1? 16.xf6 gxf6 17.f5 suivi de 18.Dg3 avec un gain immédiat.

15...ab8 16.c2 d6 17.d4!? b7?

« Finement joué, l’étudiant doit observer que si les noirs s’étaient aventurés à prendre le cavalier, ils auraient perdu leur dame. » Staunton

Les noirs disposaient pourtant d’une bonne défense en soustrayant la dame à l’action de la tour avec 17...d7! 18.xf6 exd4! 19.d2 (19.g5? d3!–+) 19...f5 et les noirs font mieux que se défendre.

18.f5 e6

19.xg7! xg7 20.xf6+ g8 21.g5 1–0

« Tout au long de cette partie, l’attaque a été soutenue par M. Cochrane, dans un style brillant, presque sans pareil. » Staunton (Source: The Chess Player’s Chronicle Vol.2 p.33)

En 1869 Cochrane est de retour en Angleterre pour profiter d’une retraite confortable jusqu’à son décès qui surviendra le 2 mars 1878. Son jeu sera perçu par ses contemporains de manière très diverse, pour les uns c’était un génie capable de trouver des coups brillants comme un magicien sort un lapin de son chapeau, mais pour d’autres il n’était qu’un joueur aventureux, intrépide et excentrique, avantagé par des succès hasardeux.

HENRY THOMAS BUCKLE 1821-1862

Henry Thomas Buckle

Né dans la riche famille d’un armateur londonien, le jeune Henri Thomas fut un enfant à l’éveil tardif, âgé de 8 ans il ne savait pas encore lire et écrire. Il détesta l’école mais à 14 ans, il remporta un premier prix en mathématique et son père l’autorisa à quitter l’école pour rejoindre l’entreprise familiale. Quelques années plus tard, alors qu’il avait à peine 20 ans, son père, d’une santé fragile, fut victime d’une chute qui devait bientôt lui être fatale. La vie de Henry Thomas Buckle en fut radicalement changée et, alors qu’il bénéficiait d’une rente importante, il se mit à voyager à travers l’Europe et se découvrit une passion pour les échecs lors de son séjour à Paris en 1842. C’est à partir de ce moment-là qu’il commença à étudier dédiant pratiquement tous son temps à accumuler des connaissances dans de nombreux domaines, les échecs et l’histoire retenaient principalement son attention. Il n’envisagea jamais de devenir un professionnel du jeu car trop absorbé par un projet ambitieux, celui d’écrire un ouvrage monumental sur l’histoire des civilisations. Il constitua au cours de sa brève existence une bibliothèque de plus de 22’000 ouvrages et ne put terminer son œuvre, emporté par la fièvre typhoïde sur la route qui le conduisait à Damas en 1862.

En novembre 1843, il vécut son baptême du feu aux échecs en affrontant Staunton, qui lui rendait le trait et un pion (f7). Le résultat démontra que Staunton avait sous-estimé nettement les ressources de son jeune adversaire qui remporta le match avec six victoires pour une seule défaite.

Staunton évita soigneusement, par la suite, de se mesurer au talentueux Buckle, qui selon Steinitz était d’une force supérieure et ne pouvait que lui porter ombrage.

A la fois dilettante et autodidacte, Buckle progressa rapidement et rencontra les meilleurs joueurs de son temps avec des succès répétés. Citons Kieseritzky, Hainstein, von der Lasa, Harrwitz, Bird, Anderssen etc.

Voici par exemple une belle prestation extraite du match joué en 8 parties contre Kieseritzky à Paris en 1848 où il s’imposa avec 3 victoires pour deux défaites et 3 nulles. Il faut préciser que cinq ans auparavant Kieseritzky lui rendait le trait et le pion f7! « L’amateur hautement qualifié » selon Staunton démontre un bon sens positionnel et une maîtrise technique exceptionnelle pour l’époque.

Lionel Adalbert Bagration Felix Kieseritzky

Buckle,Henry Thomas - Kieseritzky,Lionel
Paris m (3), 25.07.1848

Giuoco Piano [C54]

 

1.e4 e5 2.f3 c6 3.c4 c5 4.c3 f6 5.d4 exd4 6.cxd4 b4+ 7.d2 xe4

Dans le style fougueux du champion venu de Livonie.

8.xb4 xb4 9.xf7+ xf7 10.b3+ d5 11.e5+

11...e7

De nos jours, cette variante reste jouable après 11...e6 12.xb4 c5 13.a3 cxd4 14.f3 b6 15.0–0 et les blancs ont des compensations pour le pion sacrifié.

12.xb4+ d6 13.b3 e8 14.0–0 f8 15.c3

Dans la première du match, les blancs obtinrent une bonne position après 15.e1 f6 16.c3 1–0 (43) Buckle,H-Kieseritzky,L Paris m (1), 1848

15...xc3 16.bxc3 c6 

Les blancs ont obtenu un « bon » cavalier opposé au « mauvais » fou.

17.fe1 e7 18.e3 e6 19.ae1 ae8 20.f3+

Avec l’occupation des colonnes ouvertes et une mobilité des pièces supérieures, c’est une illustration avant la lettre de la théorie de Steinitz basée sur l’accumulation des petits avantages.

20...g8 21.c2 c5!?

A la recherche d’un peu d’activité en provoquant l’ouverture de la colonne c.

22.ee3?!

Affaiblit la première traverse, méritait considération 22.Da4 ou 22.h3!? avec un trou d’air pour le roi blanc.

22...cxd4 23.cxd4 c7 24.c3 b4!

« Ingénieux, cela permet aux noirs de se soustraire à l’attaque en forçant quelques échanges. » The Chess Player’s Chronicle

25.h3 xc3 26.xc3 xc3 27.xc3 c8 28.xc8+ xc8 29.g4 f8 30.f1 e7 31.e2 b5 32.d3 g5?

Permet au roi blanc d’infiltrer la position car 33…Rd6 permet 34.Cf7 qui gagne un pion.

33.c3 d7 34.b4 e8 35.c5 e6 36.c6 a6 37.b4 g6 38.xd5 e4 39.e3 d3 40.d5+ e5 41.d6 e6 42.c6 b4 43.c5 a5 44.c6 1–0

En 1849 il remporta le seul tournoi de sa carrière, le « Divan Tournament », joué par élimination directe où il affronta entre autres Bird, Williams et Boden.

Le café du « Grand Cigar Divan »

Le café du « Grand Cigar Divan » avait ouvert en 1828, c’était un lieu de rendez-vous incontournable réservé aux gentlemen pour prendre un café accompagné d’un cigare tout en lisant les journaux. Débattre de politique ou parler affaires dans cette atmosphère bruyante et enfumée n’était pas l’endroit idéal pour jouer aux échecs, c’est pourtant ici que se retrouvaient les meilleurs joueurs de Londres et Buckle était un habitué.

Elijah Williams témoigna dans son recueil de parties jouées au « Grand Cigar Divan » « Horae Divanianae » publiée en 1852 :

« Je fais allusion au nombre de parties, jouées de main de maître par M. Buckle. Il est bien connu de par les personnes compétentes que nous n’avons pas de joueur plus profond et accompli. Les finesses tactiques, révélées dans les parties de ce gentleman, ont fait l’objet de tant d’admiration dans le monde des échecs que tout commentaire ou éloge sont superflus. »

Pourtant rapidement Buckle s’ennuya devant l’échiquier face à des adversaires plongés dans d’interminables réflexions. Il avait coutume de réciter ce petit poème :

I saw them sitting at a board
Like statues at a show
And I myself was also bored
To find them move to slow.

Buckle,Henry Thomas - Williams,Elijah
Ries' Divan knockout-prel London (2.1), 1849

Défense Hollandaise [A84]

1.d4 e6 2.c4 f5 3.f3 b4+ 4.d2 xd2+ 5.xd2 f6 6.c3 b6 7.e3 c5 8.e2 0–0 9.0–0 e7 10.ad1 d6?

Provoque l’ouverture de la colonne d, meilleur 10…Ce4!?

11.dxc5 dxc5 12.e5! b7 13.d6 xd6 14.xd6 e8 15.fd1

Avec logique les blancs se sont emparés de la colonne ouverte en s’appuyant sur la faiblesse des cases noires.

15...a6 16.f3 c7 17.1d2 e7 18.d1!

« En prévision sans doute du doublement des tours (18…Tae8). » Chess Player’s Chronicle

18...ce8 19.6d3 g5 20.a4 g4

Alors que toutes les pièces blanches sont actives, les noirs initient une contre-attaque facile à parer.

21.b5 g7 22.f2

« La position noire est embarrassante et il n’est pas facile de voir comment l’améliorer. » Chess Player’s Chronicle

22...a6?

« Le coup du texte n’est certainement pas de nature à le faire. » Chess Player’s Chronicle

23.d6 xd6? 24.xd6 e7 25.xb6 a5?

« Ceci aussi ne peut conduire au renforcement de la position noire. » Chess Player’s Chronicle

26.d7! xd7 27.xb7 f7 28.dxd7 1–0 (58 coups)

Une victoire convaincante sur l’homme qui allait pourtant battre Staunton dans la petite finale du tournoi de Londres 2 ans plus tard. Mais le défaut majeur qui singularisait Williams était son extrême lenteur, il pouvait réfléchir plus de deux heures sur un coup mettant à dure épreuve les nerfs et la résistance physique de son adversaire. Ceci provoqua l’exaspération de Buckle qui de rage lors d’une partie interpella son adversaire avec cette phrase demeurée célèbre :

« La lenteur chez un génie est difficile à supporter, mais celle d’un médiocre est intolérable. »

Les raisons de la non participation de Buckle au tournoi de Londres en 1851 ne sont pas totalement élucidées. Il aurait payé sa finance d’inscription mais n’aurait pu arriver à temps pour débuter le tournoi selon l’auteur de plusieurs biographies de joueurs, P.W. Sergeant (1872-1952). Selon d’autres sources, il n’aurait pas été invité sur l’insistance de Staunton qui voulait écarter un concurrent trop dangereux. Buckle joua plusieurs matches avec un enjeu de 20 livres sterling (16 pour le vainqueur, 4 pour le perdant) hors du Congrès de Londres et, à cette occasion, il réalisa une partie étonnante dans un style qui sera qualifié d’hypermoderne au début du XX siècle.

Johann Jacob (János Jakab) Löwenthal

Buckle,Henry Thomas - Loewenthal,Johann Jacob
London m1, 1851

Début Bird [A02]

1.f4 f5 2.b3 f6 3.g3 e6 4.b2 e7 5.g2 c6

« Le développement des fous blancs en fianchetto n’aurait certes pas paru déplacé parmi les grands-maîtres hypermodernes des années (19) vingts. Nous doutons toutefois que des joueurs comme Nimzowitsch ou Reti étaient au courant de l’existence de ces parties instructives jouées par Buckle! » GM Keene

6.c3 a6 7.h3 d6 8.0–0 0–0 9.e3 d7

Les noirs louvoient sans doute inspirés par le jeu adverse, plus classique était de prendre possession du centre avec 9…e5!?

10.e2 h6 11.fe1 c7 12.f2 e5?!

Ce n’est pas le meilleur moment pour provoquer l’ouverture du jeu alors que les pièces blanches sont mieux coordonnées. Centraliser le cavalier avec 12…Cb4!? 13.a3 Cbd5 était à considérer.

13.fxe5 dxe5 14.d3 d6?

« Les blancs ont contenu jusqu’ici leurs pions centraux, mais maintenant ils ont la possibilité de frapper au centre avec un puissant effet. » GM Keene

15.e4

« Ce n’est pas du grand jeu, naturellement, mais les idées sont intéressantes et prouvent que ces concepts ont été étudiés à l’époque, double fianchetto, poussée centrale retardée etc. » GM Keene

15...f4

« Les noirs sont si embarrassés qu’ils font un sacrifice qui ne peut être considéré comme sain. 15…fxe4 16.Cxe4 était la principale alternative et une stratégie plus raisonnable pour les noirs. » Keene

16.gxf4 g4 17.f2 d7 18.h4 h5 19.f5 f6 20.e2 xe2 21.xe2

« Projette une attaque décisive en doublant les tours sur la colonne g. » GM Keene

21...ae8 22.h1 b5

Offrant des tempi à l’attaquant, 22…Cc5 était raisonnable.

23.f3 f7 24.g1 h7 25.g6 g8 26.eg2

Alors que les blancs progressent dans la mise en ouvre de leur plan, les noirs se sont limités à un jeu défensif avec deux pièces pratiquement hors-jeu « Ca6 et Fd6 ».

26...b8 27.f2 bd7 28.d3 h8 29.c1 e7 30.h5 f8 31.h3 xh5 32.xh5 f6 33.h3 a3

34.xh6!

« Contre ce qui est le plus inconsistant, lancez ce que vous avez de plus solide. » Sun Tzu

34...h7

Si 34...gxh6 35.xh6+ xh6 36.xh6++–

35.xg7+ xg7 36.xg7 xg7 37.xg7 xg7 38.g4 c1 39.h5 e7 40.g6+ f8 41.f6 1–0

Chess Club, soirée du 8 mars 1891 à Londres

Buckle remporta son match contre Löwenthal avec 4 victoires pour trois défaites et une nulle. Il joua également contre le vainqueur du tournoi Anderssen 15 parties et en gagna huit !

Adolf Anderssen
Henry Thomas Buckle

Buckle,Henry Thomas - Anderssen,Adolf
London m (2), 1851
Giuoco Piano [C54]

 

1.e4 e5 2.f3 c6 3.c4 c5 4.c3 f6 5.d4 exd4 6.cxd4 b4+ 7.d2 xd2+ 8.bxd2 d5 9.exd5 xd5 10.b3 ce7 11.0–0 0–0 12.fe1 f4

Cette variante reste d’actualité mais plus solide est 12...c6 13.e4 b6 14.d3 ed5 15.c5 b8 16.c2 h6 17.a3 f4 18.h7+ h8 19.e4 f6 20.b4 d8 21.ac1 += recommandé par le MI J. Pinski.

13.e4 eg6 14.ae1

« Ces deux coups de tours donnent aux blancs une position très agréable. » The Chess PlayerIl est évident que Buckle avait pour principe de coordonner ses pièces en leur offrant un maximum de mobilité.

14...f6

Steinitz poursuivit avec 14...f5 15.4e3 d6 16.e5 xe5 17.xe5 g6 18.f3 += sans parvenir à égaliser Green-Steinitz (Londres 1862)

15.e5 g5?

16.xf7+! h8 17.xg6+ hxg6

Si 17...xg6 18.f3 f6 19.xg6 xg6 20.e7 h3 21.h4 f6 22.g3+–

18.g3!? xg3 19.hxg3 xf7 20.xf4 g8??

C’est le coup indiqué par « The Chess Player » Vol.1 p.112 avec le commentaire : « Une gaffe, mais la position est perdue. » D’autres sources indiquent 20...xf4 21.e8+ h7 22.gxf4+– car le roi est dans un réseau de mat dont il ne peut s’extraire qu’au prix fort après 22...b6 23.f3 b7 24.g5+ h6 25.e3 etc.

21.e8+ 1–0

Anderssen déclara par la suite que Buckle était « Le plus fort joueur qu’il eut rencontré jusqu’à ce jour. » Une petite pointe contre Staunton mais ce qui est certain, c’est qu’à cette époque Buckle n’accordait déjà plus la priorité aux échecs et se limita bientôt à ne jouer que des parties avec un handicap au café du « Grand Cigar Divan », opposé à des adversaires de second plan. Il était pleinement absorbé par la rédaction du premier volume de « History of Civilization in England » qui paraîtra en 1857. Il parvint à terminer le second volume qui fut publié en 1861 peu avant de partir pour un voyage au Proche Orient en passant par l’Egypte où il fut terrassé par une fièvre typhoïde sur la route qui le conduisait à Damas. Ses dernières paroles auraient été : « Oh mon livre, mon livre, je ne pourrai jamais terminer mon livre! » (Source: Writing in chess History John S. Hilbert Olomouc 2012)

Biographie de Buckle

Je dédie cette chronique à la mémoire de Sylvain Zinser, sa passion pour l’histoire des échecs et son admiration pour le héros des guerres napoléoniennes Deschapelles, ont fait l’objet de débats animés lors de nos rencontres.

Je tiens à remercier Gérard Demuydt pour son aide régulière dans la mise en ligne de mes articles et le Musée du Jeux de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld. www.museedujeu.ch

Georges Bertola


Publié le 20/04/2015 - 05:00 , Mis à jour le 20/04/2015 - 08:39
Les réactions (2)
Tous nos membres ayant un abonnement en cours de validité (hors période d'essai) peuvent commenter les articles. Abonnez-vous!
euphorbe - 18/04/2015 08:57
Pour moi aussi un inconnu ce monsieur Buckle.
en plus d 'etre passionnant ce vogage dans le temps m'a éclairé sur le mot indien ,les cadences de l'époque et la sociologie du milieu social de l 'époque.
Et j'en oublie certainement.



rical - 12/04/2015 20:22
Il aurai été interessant de voir Buckle jouer contre Morphy.
Je découvre seulement ce joueur dans cette rubrique !