Un problème signé Alfred de Musset (1/2)
« M. Alfred de Musset, joueur d'une désinvolture toute poétique, étonnant les spectateurs, par le capricieux vagabondage de son imagination et ses romantiques essais, par le pétillant éclat des plus hardis débuts, l'originalité, la fantasmagorie des combinaisons... »

Alors que Napoléon 1er (1769-1821), l'Empereur joueur d'échecs s'éteignait en exil sur l'île de Sainte-Hélène, un nouvel élan romantique rayonnait sur les Lettres, comme sur les échiquiers. L'écrivain allemand Goethe (1749-1832) avait été le père spirituel de ce nouveau courant artistique. Goethe était un joueur passionné. En 1774, il fait dire à Adelhaïde, l'héroïne de son drame « Götz von Berlichingen » : « Ce jeu est la pierre de touche de l'intelligence ».

Les Romantiques de la Régence

A Paris, Stendahl (1783-1842), l'auteur du roman culte « Le Rouge et le Noir », s'inscrivit dans la fameuse tradition échiquéenne et littéraire du Café de La Régence - que l'on voit ci-dessus en 1845. Il pouvait y côtoyait Lamartine (1790-1862). L'auteur des célèbres « Méditations Poétiques » était lui-même un ardent pousseur de bois.
Alfred de Musset (1810-1857) y composa, quant à lui, quelques problèmes d'une grande précision technique. Cet art de la composition était revenu en vogue, au cœur du 18e siècle, sur l'impulsion du Syrien Stamma (1705-1755).
Un siècle après la mort de ce champion de l'Empire britannique, la revue « La Régence » (mai 1856) publia une composition en six strophes du grand poète français de l'idéalisme et de la passion amoureuse. Alfred de Musset y dresse un parallèle délicieux entre le jeu des échecs et celui de l'amour.
Ce poème fut présenté dans un article de la revue « Les Cahiers de l'Echiquier Français » (1925-1936), dirigée par Gaston Legrain. Il était également illustré par une étude du seul problème connu, signé Alfred de Musset.

Le Caprice, un problème original composé par Alfred de Musset

Ce problème peut être étudié dans une position symétrique.

« On prétendait un jour, devant le grand poète, que le mat par deux Cavaliers était impossible. Musset rumina la question et le lendemain, il attachait son nom à un problème célèbre, le seul qu'il nous ait laissé.
Il convient de préciser : le mat Roi dépouillé, Rex solus, par deux Cavaliers est, sinon impossible, du moins pas forcé, car une position de pat précède la position angulaire du mat. Le pat est évité, si le Roi n'est pas obligé de bouger, s'il lui est adjoint une pièce ou un pion.
Dans le problème de Musset, un Cavalier accompagne le Roi noir.

Alfred de Musset, La Régence 1849
Les Blancs font mat en trois coups

La position initiale comportait deux pions blancs à c5 et a5 et deux pions noirs à c6 et a6, dont le but était d'éviter les variantes 1...c6 ou a6 avec mat par 2.f6.
On a depuis supprimé ces pions, estimant avec raison qu'il vaut mieux laisser subsister ce défaut, insignifiant dans un problème de ce genre où l'idée est tout, que d'encombrer fâcheusement l'échiquier.
Aucun commentaire n'accompagnait ce problème à son apparition, ce qui démontre péremptoirement combien l'auteur était encore méconnu. S'il prenait fantaisie au grand poète X de nous envoyer un « trois-coups » acceptable, nous ne pourrions l'accueillir sans le remercier vivement de l'honneur qu'il nous fait. Quelle est l'idée exprimée dans le problème d'Alfred de Musset ?
« Elle consiste essentiellement, dit l'Amateur de l'ex-UAAR, dans un mat par deux Cavaliers, amené au moyen de l'obstruction momentanée d'une case non attaquée par les Cavaliers blancs, et que l'un de ceux-ci commandera en même temps qu'il fera mat, lorsque que le Cavalier, de la défense qui obstrue cette case aura été obligé par zugzwang de la quitter.
La position caractéristique de mat est la suivante :

Le problème d'Alfred de Musset réalise cette idée de façon économique, élégante et pure.
Quand à l'idée elle-même, il est vraisemblable qu'Alfred de Musset l'avait trouvée, à l'état embryonnaire, il est vrai, dans le recueil d'Auguste d'Orville, publié en 1842, où figure le problème suivant :

Auguste d'Orville, 1842
Les Blancs font mat en trois coups

Solutions :

Alfred de Musset, La Régence 1849
1.d7 xd7 2.xc6, suivi de Cavalier noir joue, par exemple : 2...xc5 3.f6 mat.

Auguste d'Orville, 1842
1.c5+ xc5 2.c7+ xa5 3.c4 mat.


Publié le 06/10/2006 - 13:17 , Mis à jour le 06/10/2006 - 13:37