Vlad Tkachiev, 8ème champion d'Europe !
Et oui, depuis Louis-Charles Mahé de la Bourdonnais (1795-1840), voire le champion de La Régence Lionel Kieseritsky (1806-1853), voire Tartakover, occultons le 4ème champion du Monde Alekhine, voire Lautier et Bacrot, aucun champion français n'avait fait retentir la Marseillaise comme Vlad l'a fait, à Dresde, le 15 avril.

Sacré 8ème champion d'Europe, l'idole de Cannes-Echecs a gravi un Olympe invraisemblable. Que la frilosité des meilleurs GMI tricolores s'efface... Vlad l'a fait ! Le champion de France en titre a gagné une compétition internationale majeure. Avec ou sans Kramnik, Anand ou Topalov, à ce niveau, seule la victoire est belle !

Vlad Tkachiev - Europe Echecs septembre 2006 : "Je ne commente presque jamais mes parties. Je l'ai fait deux ou trois fois pour "Europe Echecs", une fois pour "New in Chess", et jamais pour "L'Informateur". Les raisons sont assez multiples :

1) Je suis feignant.
2) Je n'aime pas mentir a ceux qui lisent ce que j'écris, car ce n'est ne pas si facile d'être franc lorsqu'on commente une partie : dans l'ouverture, on a une grosse envie de cacher ce que l'on pense vraiment (pour des raisons professionnelles), et après, on a du mal à admettre ses fautes, presque inévitables, dans les phases suivantes de la partie. Le plus révoltant, c'est de voir comment le commentateur donne les mauvaises lignes pour tendre une piège à ceux qu'il va affronter bientôt, et donc, gagner une autre partie grâce a cette ruse ingénieuse. De tels littérateurs sont très nombreux, même majoritaires. Il y a d'autres exemples, bien sûr, mais à mon avis, celui qui a toujours su résoudre ce conflit d'intérêts en respectant ses lecteurs, c'est Shirov !

3) Je n'aime pas fouiller dans les variantes compliquées (surtout dans les finales), à la recherche de la vérité perdue : "Est-ce que c'était quand même gagnant, ou pas ?" A vrai dire, c'est la dernière chose qui m'intéresse. De toute façon, le progrès constant des logiciels nous apprend la relativité de notions comme : "une partie classique" ou "un coup génial".

4) Je ne joue pas souvent des parties dignes d'être commentées.

5) Je n'ai pas de temps... Ah, pardon, c'est feignant, et je l'ai déjà écrit ! Voilà, c'est un gros tas des raisons !

Et voici quelques morceaux choisis concernant Vlad publiés dans Europe Echecs :

Joël Lautier - Juillet 2002 : " Je n'ai rien contre Vlad Tkachiev qui a beaucoup d'amis et de supporters en France, mais n'étant ni Français, ni mieux classé qu'Etienne ou moi, je n'ai pas compris pourquoi il a été choisi par les organisateurs de Prague pour représenter notre pays."

Olivier Marino - Avril 2005 : "Le but : organiser le concours "World Chess Beauty", afin d'élire la plus belle joueuse de la planète ! Les créateurs se présentent sous le nom des "blitz brothers". Inutile de chercher très loin le nom de l'initiateur de ce concept, il s'agit de Vlad Tkachiev. Le joueur de la Croisette a pour objectif d'attirer plus de sponsors dans les Echecs. Il mise sur le charme des joueuses et espère ainsi rendre moins terne "un paysage échiquéen trop noir et blanc". Il a réuni un jury composé de GMI tous plus "mignons" les uns que les autres... Je vous laisse juger vous-mêmes : Robert Fontaine, Alexander Grischuk, Artur Kogan, Gilberto Milos, Nigel Short, Dimitri Tyomkin et bien sûr, Vlad lui-même."

Europe Echecs - Janvier 2006 : Vlad Tkachiev (2642) s'était engagé lui aussi dans ce nouveau tournoi annuel [Super Blitz de Moscou], dont il avait remporté la première édition en décembre 2004. Où trouver une meilleure préparation dans la perspective du championnat d'Europe de blitz, qui se déroulera à Cannes, les 18 et 19 février !? Cette fois, le n°3 français a dû se contenter de la 5e place à 2,5 points de Grischuk, 1er au départage devant Morozevich.

Jean-Claude Moingt - Juin 2006 : Comment expliquer l'absence de Marie Sebag et de Vlad Tkachiev en équipe de France pour les olympiades de Turin ?
"Les deux cas sont très différents. Vlad était en attente de sa naturalisation. Cela pouvait durer quelques jours, ce fut le cas, comme plusieurs semaines. Une sélection avait été préétablie et par correction et afin que les joueurs s'organisent, il fallait communiquer l'équipe. C'est ce qu'a fait Pavel Tregubov, le sélectionneur."

En septembre 2006, Vlad commente pour Europe Echecs sa victoire dans le championnat de France de Besançon :

2645 V. Tkachiev - I. Sokolov 2589
[E15] Défense Ouest-Indienne
National A (6)

38...h5 39.c7 e6 40.c6+
Et avec le contrôle du temps est arrivé le bon moment de respecter le rituel sacré toilettes-café-cigarette (ici aussi, l'ordre des coups est très important, je tiens à le signaler !) C'est alors que deux souvenirs réjouissants m'ont traversé l'esprit. Les deux sont liés à Peter Leko, mon collègue et ami. Premièrement, je me suis dit que ma finale était peut-être une meilleure version par rapport à celle qu'il avait réussi à gagner contre Kramnik (à Brissago 2004).

40...f7
Et deuxièmement, je me suis rappelé que, dans les commentaires de l'une de ses parties contre Anand (à Linares 2003), il avait expliqué que le problème principal des Noirs, dans une situation pareille, était surtout la fatigue qui s'accumule. Leko avait analysé cette partie dans le numéro d'avril 2003 d'Europe Echecs. Voici le commentaire du Hongrois après le 37e coup des Blancs : 37.xa5

Diagramme d'analyse - Leko-Anand, Linares 2003

« Cette position est une nulle théorique, mais la pratique la plus récente a montré qu'il n'est pas si simple de défendre une telle finale. Selon moi, il s'agit plus d'un problème psychologique. Le camp qui défend obtient généralement une telle position après avoir défendu durement, ce qui a requis une grande dépense d'énergie. Et donc, après avoir fait le plus dur (obtenir une position de nulle théorique), il arrive que vous vous relâchiez naturellement, avant de vous réveiller un peu trop tard ! » Et Anand avait abandonné au 65e coup.

41.d6
La fatigue fait parfois des miracles. Jamais je n'avais pu imaginer que Leko puisse gagner, contre Anand, cette finale de Tours nulle théorique [ce fut d'ailleurs la première victoire de sa carrière en classique face à l'Indien !]. Et donc, ces deux pensées positives m'ont beaucoup rafraîchi l'esprit et j'ai pris une décision pratique et assez sévère. Comme de toutes façons, vus mon épuisement et ma déception, je ne suis pas capable de réfléchir profondément dans cette finale, je vais jouer vite, pratique et superficiel... mais vite!!! Et pour une fois, ça marche... Ce qui a crée un autre choc pour moi, dans cette partie.

41...b2 42.c5 g5
Quelques considérations sur cette finale :
1) Il est compréhensible que les Noirs aient bougé leur pion en g5, sinon les Blancs préparent la poussée des pions « e » et « f », après avoir transporté leur Fou quelque part, en c5.
2) Le 38e coup d'Andreï m'avait réjoui, mais j'aurais préféré qu'il garde le schéma avec les pions en g5 et h6.
3) Malgré tout, il est fort probable, que 46...a2 annulait quand même.
4) Après le gain du deuxième pion, les Blancs sont gagnants sans trop de difficultés techniques.
5) Il est évident qu'il faut apprendre les bouquins de Dvoretsky par cœur (ses traités de finales). Mais le plus dur, c'est de se souvenir après de toutes ces finales. Je n'ai jamais réussi.

43.h3 a2 44.g3 a4 45.e5 xe5 46.xe5 f6 47.d5 a1 48.h4 g4+ 49.f4 g6 50.d6+ g7 51.e4 a2 52.g5 e2 53.e6 xf2 54.xh5 f7 55.g6 a2 56.xg4 a8 57.g5 g8+ 58.f5 h8 59.f4 g8 60.e5+ e7 61.f5 g1 62.g5 h1 63.g4 f7 64.f5 a1 65.e5 f1+ 66.f4 h1 67.h5 e7 68.g5 e6 69.h6 xe5 70.g4 e6 71.g6 Et les Noirs abandonnèrent. 1-0

Merci Vlad pour ta classe, ton humanité, tes titres, ton étoile qui ne cessera jamais plus de rayonner au Panthéon des échecs français !


Publié le 24/04/2007 - 00:00