8. La tactique (3)


L’attaque double et la « fourchette ».

Gérard Demuydt
le 26 janvier 2008.

L’attaque double

« Le thème de l’attaque double intervient d’une manière ou d’une autre dans l’immense majorité des combinaisons. » a dit Youri Averbakh. C’est dire l’importance de ce thème qui ressemble d’une certaine façon à celui de « l’échec double ». L’idée de « l’attaque double » est d’attaquer deux pièces en même temps. Voyez le digramme N° 54 ci-dessous.

Le Roi blanc, en se déplaçant de la case d3 à la case e4 par 1.e4 !, attaque le Fou et le Cavalier noir à la fois. Comme le Fou ne peut s’éloigner tout en défendant le Cavalier et que le Cavalier ne peut pas non plus défendre le Fou, une des deux pièces doit succomber. Dans notre exemple le Cavalier peut quand-même jouer 1...f4 attaquant le pion blanc en g2, mais après 2.xe5 xg2 le déficit matériel est très important.


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Dans le diagramme N° 55 ci-dessous, un autre exemple, légèrement plus subtil, sur le thème de « l’attaque double ». Cette fois, ce sont les Noirs qui jouent et gagnent :


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Dans cette position où le matériel est égal, le lecteur découvrira rapidement « l’attaque double » par, 1...b6 ?! attaquant les deux Tours blanches. Cependant, il ne servirait à rien de jouer ce coup immédiatement à cause de la réplique blanche : 2.a6 ! « clouant » le Fou. En effet, si les Noirs continuent par : 2...xf2, les Blancs poursuivent simplement par : 3. xc6 et les Noirs n’ont rien gagné, ils ont seulement échangé une Tour contre une Tour, et doivent maintenant défendre leur Pion en e6 attaqué par la Tour blanche en c6.

C’est ici qu’interviennent la réflexion du joueur et la logique du jeu pour résoudre le problème posé. Puisque la Tour noire en c6 empêche « l’attaque double », il suffit donc de déplacer cette Tour sans perte de temps. Ainsi, la solution est trouvée : 1...xc3 ! 2.bxc3 b6 ! et si 3.a6 xf2 4. xe6.

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Diagramme N° 56. Position après 4. Txe6

Les Noirs restent avec un Fou de plus que les Blancs en échange d’un seul pion et la position peut être jugée comme « -+ » (les Noirs ont un avantage décisif).

La fourchette

La fourchette est, comme l’attaque double, une manœuvre tactique avec laquelle une pièce ou un pion attaque plusieurs pièces ennemies en même temps. Dans le diagramme N° 57 ci-dessous le lecteur découvrira plusieurs « fourchettes ».


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Sur la gauche de l’échiquier, le Pion qui vient d’avancer de la case b6 à la case b7 donne non seulement un échec au Roi noir mais il attaque aussi la Dame noire. Bien entendu, si la Tour blanche en b5, soutenant le Pion, n’existait pas, la Dame noire prendrait simplement le Pion, parant la menace. Cette fourchette « royale » (puisqu’elle attaque le couple royal) peut aussi être réalisée avec un Cavalier. Sur la droite de l’échiquier, le Pion qui vient d’avancer de la case g2 à la case g3 effectue quant à lui une « fourchette » sur les deux Tours noires. Idem pour le Cavalier en g6. Notez que le Pion blanc en h2 n’est absolument pas nécessaire pour réaliser « la fourchette » sur les Tours noires, puisque selon leurs façons de se déplacer, aucune des Tours noires ne peut prendre le Pion blanc en g3.

Comme souvent aux échecs, ces « combinaisons » n’apparaissent pas par hasard sur un échiquier. Par exemple, dans le diagramme N° 58 ci-dessous, les Noirs jouent et gagnent du matériel. Cherchez quelques instants avant de lire la solution sous le diagramme :


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La première étape consiste à découvrir où se trouve la « fourchette ». Ici c’est le Pion noir en d5 qui aurait cette possibilité, s’il pouvait avancer sur la case en d4, attaquant le Fou blanc en e3 et le Cavalier blanc en c3 à la fois. Cependant, la case d4 est déjà occupée par un Cavalier noir. Vous l’aurez maintenant compris, il suffit donc de libérer cette case pour le Pion d5. Est-ce que cela est possible sans laisser le temps aux Blancs de se défendre contre la « fourchette » ? La réponse est oui !

Après 1...xf3+ ! un coup qui donne échec ( !), peu importe comment les Blancs reprendront la pièce en f3 (avec le Pion en g2, avec le Fou en e2 ou avec la Tour en f1), les Noirs effectueront une « fourchette » en d4 avec leur Pion par 2...d4 et gagneront soit le Fou en e3, soit le Cavalier en c3.

Le Cavalier, par son déplacement particulier, est le grand spécialiste de cette arme tactique que représente la « fourchette » et les bonds de cet animal sont toujours à surveiller avec la plus grande attention.

La « fourchette » peut parfois être utilisée accompagnée d’une autre menace. Voyez le diagramme N° 59 ci-dessous :

La « fourchette royale » par 1. e6+ ! saute aux yeux et il est dommage pour les Blancs que le Pion noir en f7 empêche ce coup. Mais en y regardant de plus près, on aperçoit une autre menace, encore plus forte que le gain de la Dame noire. La voyez-vous ?


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Après 1. e6+ ! fxe6 (pour ne pas perdre la Dame noire) les Blancs peuvent continuer par 2. xg6+ ! Tout est là. La « fourchette » en e6 a servi à « détourner » le Pion noir qui supportait le Pion en g6, 2...h8 le seul coup noir 3. h7 # « échec et mat ! ».

Il est fréquent dans le jeu d’échecs de rencontrer, comme ici, plusieurs thèmes tactiques dans une même combinaison. Par exemple, dans le diagramme ci-dessus, « la fourchette » ne fonctionnait pas en tant que telle, mais elle à servi à « détourner » le Pion f7 de sa fonction défensive du Pion g6, et à ainsi permis de donner « un échec et mat ». Ce qui nous amène au chapitre suivant.

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