« Forza Michael Massoni ! »
Portrait de Michael Massoni, Corsica Chess Club, 2300 Elo, champion de France cadets 2010 (Troyes), par Frédéric Sellier.

Palmarès :

  vice-champion de France cadets 2009 (Aix-les-Bains)
  champion de France cadets 2010 (Troyes)

Affronter Viswanathan Anand ou encore l'ogre de Bakou Garry Kasparov reste un privilège rare... c'est pourtant ce bonheur qu'à connu Michael Massoni, ce jeune compétiteur originaire de corse. Dans une forme printanière étincelante, il s'est récemment imposé dans la catégorie cadets lors du dernier championnat de France Jeunes à Troyes ! Malgré sa discrétion, Michael Massoni, qui a définitivement le talent et le potentiel pour devenir un grand joueur, se livre à cœur ouvert pour les lecteurs d'Europe Echecs...

Peux-tu te présenter et retracer ton parcours échiquéen aux lecteurs d'Europe-Echecs ?
Je m'appelle Massoni Michael, j'ai 18 ans et j'habite en Corse à Bastia. Voici comment j'ai rencontré les échecs ...
Comme tous les enfants j'ai eu des jeux de société et l'un d'eux était un jeu d'échecs. Ma grande soeur m'a appris les règles et les déplacements des pièces et parfois nous faisions des parties. Et puis, un jour un monsieur est venu dans mon école de St Joseph (une école "ZEP")) et pendant une heure, il a fait un cours d'échecs. Là, j'ai attrapé le « virus » et la semaine suivante, j'étais inscrit au "Corsica Chess Club" ( j'avais 9 ans et demi ) Chaque cours était un émerveillement. J'apprenais à élaborer des mats, à défendre mes positions, à préparer mes attaques ... et puis les tournois ont commencé. J'ai mis en pratique ce que j'avais appris et lors de mon premier tournoi (en parties rapides) j'ai gagné ma première coupe.

Championnat de Corse 2009

Un mot justement sur les échecs en Corse et ton évolution ?
La Ligue Corse d'Echecs organise tous les ans un tournoi unique "Le Corsican Circuit": certains des plus grands joueurs du monde viennent s'affronter !
Là, le jeux d'échecs a une autre dimension: en voyant jouer ces Grands, des questions se sont bousculées dans ma tête. Un jour pourrais-je jouer aussi bien ? Dès ce moment, j'ai voulu comprendre pourquoi et comment leurs parties étaient aussi intenses? Chaque pièce déplacée, même la plus banale, avait finalement un but précis que l'on ne découvrait que quelques coups plus tard.

Et mes propres parties ? Parfois, j'affrontais des joueurs plus forts que moi mais souvent après une défaite le vainqueur m'expliquait les erreurs que j'avais commises et ainsi il contribuait à ma progression. Et celle-ci a été rapide ... Aux échecs lorsque tu veux apprendre quelque chose personne ne te dit «  ce n'est pas de ton âge ! » j'étais libre de voir tout ce que je voulais, toutes les ouvertures, les finales, les milieux de parties. Je pouvais, essayer certaines stratégies qu'elles soient bonnes ou mauvaises . Je faisais mes propres expériences. C'est ainsi qu'à 11 ans, je terminais 3eme aux championnat de France Jeunes et qu'ensuite après un stage en équipe de France j'ai joué aux championnat d'Europe et du Monde.

Depuis j'ai continué à jouer, donc à progresser et l'année dernière j'ai été vice-champion de France Cadet et cette année Champion de France Cadet.

Championnat de Corse par équipes 2009. Photo Jean Philippe Orsoni

Sacré champion de France cadets à Troyes 2010, peux-tu nous expliquer ton parcours lors de ce championnat de France Jeunes ? comment as-tu négocié les départages ?
Dans ce championnat, à deux parties de la fin, nous étions une dizaine de joueurs à avoir la possibilité de remporter le tournoi. Aussi, lorsqu'il a fallu faire les départages je savais que mon adversaire était un très bon joueur. Donc, mon seul atout résidait dans mon mental. Mon but n'était pas de gagner à tout prix, mon but était de faire la meilleure partie. Aussi, j'étais calme, serein et sans stress. La partie fut intense.

As-tu un joueur préféré ? un modéle ?
Au cours des tournois, j'ai rencontré des joueurs extraordinaires et certains sont devenus mes idoles. Dès le début, mon rêve était de faire une partie avec Anand et au club de Bastia cela a été possible ! (je jouais aux échecs depuis 2 mois) et ce grand joueur a accepté de disputer une partie. C'est avec sérieux et sans aucune condescendance qu'il a joué.
Ma toute dernière rencontre fabuleuse est la partie que j'ai jouée avec Kasparov en octobre 2008. Cette rencontre a été intense . Après la partie, il m'a expliqué les erreurs que j'avais commises.
Ces grands joueurs, parmi tant d'autres, sont des modèles à suivre car ils allient maîtrise du jeu, savoir, force et gentillesse spontanée face à des joueurs de moindre niveau.

Les échecs maintenant et tes objectifs ?
Aux échecs, on ne gagne pas toujours. Parfois, les défaites sont importantes mais j'ai la chance d'avoir une famille qui me soutient et qui est toujours derrière moi et un club « le Corsica Chess Club » qui ne m'a jamais laissé tomber. Et c'est grâce à eux que j'ai pu surmonter certaines difficultés et devenir encore meilleur.

Tournoi de blitz au club de Bastia. Photo Jean Philippe Orsoni

Au fil du temps, mes priorités ont évoluées. Ce qui compte aux échecs, c'est de jouer le mieux que l'on peut et se dire que si l'on perd c'est que l'adversaire est plus fort et donc il faut progresser encore. C'est un jeu qui n'a pas de limites. J'ai appris à relativiser les défaites et les victoires. Et c'est pourquoi je joue toujours et mon plaisir de jouer a augmenté. Maintenant c'est un vrai jeu. A chaque tournoi je rencontre des jeunes comme moi et des liens d'amitié se tissent. Je suis moins timide et les tournois deviennent une fête.

Voilà pourquoi j'envisage mon avenir de cette manière : je continuerai à jouer le plus possible, à faire de belles parties face à des joueurs plus ou moins forts que moi. Ainsi, j'améliorerai mon jeu, je deviendrai plus fort encore et un jour, je serai M.I. et pourquoi pas G.M.I...
Je ferai tout cela en partageant ma passion avec d'autres joueurs, leur transmettant tout ce que j'ai appris, la joie que j'éprouve en jouant, les aidant à gérer leurs défaites en les transformant en victoires et enfin tisser des liens d'amitiés nouveaux.

En conciliant ces deux aspects du jeu d'Echecs, ma vie sera bien remplie, riche et j'en suis très heureux...

Commentaire de...

Léo Battesti, président de la ligue Corse des échecs:

Léo Battesti
"Il est pour nous un fort exemple. D'abord par son talent et sa personnalité très attachante. Ensuite parce qu'il est le reflet de la politique développée depuis une dizaine d'année par notre ligue. Lors de sa création en 1998, il y a avait 160 licenciés dans notre île, il y en a près de 5 000 aujourd'hui. Nous avons initié aux Echecs plus de 25 000 jeunes depuis, pour une population de 300 000 habitants. Les résultats sont également là sur le plan qualitatif. Nous avons une trentaine de jeunes d'un excellent niveau. Parmi eux, d'autres Michaël Massoni surgiront bientôt.
Nous avons également un nombre important de joueurs moyens (de 1400 à 1800 elo). Le nombre de classés Fide en Corse ne cesse de croître. Il y en a plus, comme l'atteste une récente enquête statistique, que dans une cinquantaine de pays affiliés à la FIDE... et le nombre de parties jouées dans notre île ( plus de 2 000 par an) est supérieur à celui de 120 pays ! Dans un tel environnement favorable, le titre de Michaêl a eu un impact considérable en Corse et a fait la une de tous les médias."

Jean-Philippe Orsoni, Directeur de la ligue corse :

Jean-Philippe Orsoni
"Que de chemin parcouru depuis la classe de Cm1 de l'école Campanari de Bastia où il a poussé ses premières pièces à ce titre de champion de France à Troyes .
Ça a été de grands moments, beaucoup d'émotions...
Michael est un bagarreur sur l'échiquier. Sa principale force est son mental. Il va volontiers au combat et sait être offensif. Il a aussi une imagination fertile et une très bonne force de calcul.
C'est un exemple, une locomotive pour tous les jeunes Corses.
Après son titre de Vice champion de France cadet l'année dernière, il a su cette année confirmer tous les espoirs portés en lui.
Il deviendra dans pas longtemps j'en suis persuadé l'une des valeurs sures des échecs Français .
Je suis vraiment très heureux car Michael prouve que la démocratisation du jeu d'échecs en Corse, nous permet de détecter et former des jeunes talentueux.
C'est pour notre ligue une immense fierté."

Akkhavanh Vilaisarn, Maître Fide, Arbitre International, responsable de la formation au sein de la ligue corse des échecs.

Akkhavanh Vilaisarn
"Toujours présent pour donner un coup de main, donner un conseil à des plus jeunes, d'une grande gentillesse et d'une grande humilité, voilà le Michaël que j'ai la chance de connaître. Sur l'échiquier, Michaël est fort, très fort tactiquement. Il a un jeu très imaginatif. Pourtant, ce qui le caractérise le plus, je pense, c'est cet instinct qu'il a sur l'échiquier. C'est un lutteur dans l'âme. Alexandre Alekhine disait : « Pour me battre, il faut me battre trois fois : une fois dans l'ouverture, une fois dans le milieu de jeu, et une fois en finale. » Michaël fait partie des ces joueurs qui ont ce que j'appellerai un « coefficient de survie » très élevé. Très difficiles à battre ! Par ailleurs, Michaël est en train de développer son jeu positionnel et sa technique. Ajoutez à cela son sens tactique aigu et cette volonté d'en découdre sur l'échiquier, sa marge de progression est immense. "

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Publié le 25/05/2010 - 12:00 , Mis à jour le 30/05/2010 - 13:52