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L'autre pays du vélo

Le billet quotidien d'Yves Marek sur la partie majoritaire Karpov - Reste du Monde, disputée à l'occasion du Tour de France.

Yves Marek

Lorsque les coureurs français se sont élancés ce matin de Saint-Jean de Maurienne, non loin du parc de la Vanoise, grisés par leurs derniers succès, ils ont peut-être eu une pensée condescendante pour leurs collègues bataves, traditionnellement nombreux dans le Tour, qui ne connaissent que les plates pistes des Pays-Bas, traversant des polders gagnés sur la mer, avec une monotonie telle que l'on comprend bien qu'Erasme ait voulu faire l'éloge de la folie. Puis passant à Saint-Pierre d'Entremont, - Entremont c'est autrement bon ! - leur sang ne fit qu'un tour et plutôt que d'admettre que la Hollande pouvait être l'autre pays du fromage, avec ses insipides Gouda et Edam, incapables de concurrencer nos 400 fromages de Gaule, ils se décidèrent à admettre que l'on pouvait plus facilement concéder à la Hollande d'être l'autre pays du vélo.

En effet, puisque nous avons décidé de nous intéresser à ce pays, comme disait méchamment Voltaire, "de canaux, de canards et de canailles", le Tour de France aligne pas moins de trois équipes néerlandaises: Rabobank, longtemps dirigée par le légendaire Joop Zoetemelk, Vacansoleil-DCM et Argos-Shimano ex Bankgiroloterij, à laquelle il faut ajouter une équipe belge Quick Pharma en partie financée par le mécène hollandais bien connu des échecs, candidat à la Présidence de la Fédération internationale des échecs, Bessel Kok.

Le Tour de France est donc l'occasion pour tous ceux qui n'ont pas tout jeunes dragué sur le camping, pour parfaire leur maîtrise de la langue, les jolies hollandaises colonisant le sud-ouest et dévorant nos canards confits, d'entendre la sonorité rugueuse des noms hollandais, et en particulier ceux du Tour 2012, Lauren Ten Dam, Steven Kruijswijk, Robert Gesink, Johnny Hoogerland, Koen de Kert, Kenny Robert Van Hummel, Tom Veelers, Albert Timmer, (j'oublie Van Garderen, sans doute rescapé du Mayflower, qui est américain). On regrette l'absence cette année du rapide Van den le Dos, du colérique Van de Bout et du pusillanime Van de Panijk. Cette langue est si imprononçable que lors de la dernière réunion conclusive des ministres des affaires étrangères pour la signature du traité de Maastricht, le ministre des Affaires étrangères néérlandais raconta en début de repas pour détendre l'atmosphère que, pendant la guerre, on faisait prononcer le mot Maastricht aux supposés nazis inflitrés pour deviner si c'était de vrais hollandais, plaisanterie qui resta en travers de la gorge du ministre allemand Genscher, comme une choucroute sans saucisse. Allez vous étonner que le traité ait été rejeté ! La Hollande a donné même son nom au Vélo hollandais, pas exactement un modèle de course, mais plutôt, avec son élégant guidon et son panier à provisions, un moyen utile pour faire ses courses, se garer devant le musée Van Gogh, aller acheter sa dose de cannabis en vente libre, ou visiter un Eros center d'Amsterdam, si l'on a une autre optique de l'éthique que Spinoza. Il se peut, qu'à la pensée de ces plaisirs défendus, certains coureurs débauchés, approchant, dans l'Isère, de la belle ville de Romans, aient eu comme des idées de ...carnaval. On ne sait si les échecs sont de la même manière, une forme de débauche dont il faut préserver la puritaine Amérique, mais le précieux site Europe-Echecs nous apprend que le sextuple champion des Pays-Bas, le sympathique Loek Van Wely, déclarant qu'il venait aux Etats-Unis donner des cours d'échecs, a été hier arrêté, menotté et renvoyé dans son pays. On ne sait pas si c'est son Loek fantaisiste, ou s'il a crié "Vive Bobby Fischer" dans l'aéroport alors que ce dernier fut recherché par toutes les polices fédérales, ou si Loek a eu simplement affaire à un douanier consciencieux et prudent, qui, ayant noté dans les archives du FBI et du Département de la Santé au début du siècle les aveux en bonne et due forme d'un certain Sigmund venu enseigner la psychanalyse et déclarant "Ils ne savent pas que je leur ai apporté la peste", a décidé cette fois avec une sagesse admirable et un patriotisme intransigeant, qu'il fallait définitivement prémunir l'Amérique des cerveaux européens supérieurs.

Anatoly Karpov, dont les pièces sont désormais aussi bien rangées que les containers sur le port de Rotterdam, pas impressionné par l'arrivée intempestive dans ses eaux de la Dame noire, comme le "Hollandais volant" dans "Pirates des caraïbes", l'a repoussée d'un petit g3. Et, à l'arrivée de l'étape, encore en partie une étape de montagne, mais plutôt en descente vers l'Ardèche, remportée par l'anglais David Millar, suivi encore d'un valeureux Français, Jean-Christophe Péraud, les Bataves n'ont pas fait merveille si bien que dans la ville d'arrivée, les distributeurs de récompenses, soulagés, n'auront aucun de leurs terribles noms à ...Annonay.

Yves Marek

auteur de "Art, échecs et mat" (éditions Actes Sud)

Anatoly Karpov | Photo : Claude Baranton (DR)
La partie, après 14. g3

Publié le 13/07/2012 - 20:15 , Mis à jour le 24/08/2012 - 17:42

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