La référence francophone du jeu d'échecs

Un problème signé Alfred de Musset (2/2)

« La position d'Alfred de Musset est, sans aucun doute, une amélioration considérable, car elle réalise l'idée d'une manière bien plus ample et par des moyens plus élégants. »

En mai 1856, la revue « La Régence » publia une composition en six strophes du grand poète français de l'idéalisme et de la passion amoureuse. Ce poème est présenté ci-après. Alfred de Musset (1810-1857) y dresse un parallèle délicieux entre le jeu des échecs et celui de l'amour.

Cet article était également illustré par une étude du seul problème connu, signé Alfred de Musset.

Le Caprice, une étude approfondie

Dans le problème composé par Alfred de Musset, le Cavalier de la défense qui obstrue la case où sera donné le mat aura été obligé, par zugzwang, de la quitter.

Le savant chercheur (l'Amateur de l'ex-UAAR) que nous avons cité dans la première partie de cet article ajoute que l'idée n'était déjà pas nouvelle en 1842, et qu'il l'avait trouvée dans un vieux manuscrit persan de l'ancien jeu oriental, manuscrit ignoré probablement de d'Orville et de Musset.

Bon nombre de problèmes ont réalisé depuis la même idée. Bornons-nous à donner deux exemples.

1. Un mat par le Cavalier

La manœuvre du problème suivant amène un mat par Fou et Cavalier.

2. Une charge de Cavalerie

Dans la composition fantaisiste suivante, où quatre Cavaliers supplémentaires peuvent être le résultat de quatre promotions de pions, l'idée de Musset se trouve réalisée au centre de l'échiquier.

L'Amour et les Echecs, un poème d'Alfred de Musset

L'Amour et les Echecs ont cette ressemblance

Qu'ils exercent sur nous une entière puissance ;

Que c'est comme une extase, amoureux et joueurs

N'entendent, ne voient plus; la vie est suspendue

Ou bien double pour eux; ils planent dans la rue.

Profanes, gardez-vous de troubler ces bonheurs.

Cela seul à mon sens est un attrait extrême,

Qu'ils disent à chacun : prends un autre toi-même

Qui sente autant que toi, qui soit à l'unisson

De flamme pour son jeu, pour le reste de glace,

Et qui marche à son but, quoi qu'on dise et qu'on fasse

Avec la même ardeur, la même passion.

Et suivant cette loi de tout temps, de tout âge,

Qu'il ne soit rien de bon que ce qui se partage

L'Amour et les Echecs ont ce très bon côté

Qu'il y faut être deux pour faire la partie ;

Tandis que séparés, joueur, femme jolie,

Ont autant l'un que l'autre l'horreur de l'unité.

En Amour, aux Echecs, le temps ne se mesure

Qu'avant le rendez-vous : jamais pendant qu'il dure.

Qu'importe le passé, qu'importe l'avenir !

Le monde tout entier, dans un étroit espace,

Concentre entre deux Fous, quelquefois face à face,

Tout ce qu'on peut sentir de vie et de plaisir.

À chacun de ces jeux son genre d'éloquence,

Ses mots brefs, expressifs, comme aussi son silence ;

Ses instants décisifs qui font battre le cœur

Quand le jeu se complique et que la fin arrive,

Que le front a rougi, que l'attaque est plus vive

La Dame compromise, et qu'on se croit vainqueur.

Au jeu de Palamède, ainsi qu'en l'art de plaire

Tel brille à son début d'une ardeur téméraire

Qui ne peut soutenir ce vol audacieux ;

Tel autre plus habile en sa guerre savante,

Modeste dès l'abord en sa marche prudente,

Réserve pour la fin ses coups victorieux.

Tel autre a compromis, par sa fougue étourdie

Des amours fortunés, aux Echecs sa partie,

Par les fâcheux écarts de sa légèreté.

Au milieu du triomphe arrive la mécompte,

On rêvait la victoire, on a trouvé la honte,

Et l'amour-propre encore crie : Oh ! Fatalité !

Que de sages leçons donnent l'expérience ;

Qu'aux Echecs, qu'en Amour, on gagne de science !

Oh ! qu'on apprend la vie à les jouer tous deux !

Si je devais régler les destins de la terre

J'en donnerais la charge et chaque ministère

À des joueurs d'Echecs ou bien des amoureux.

Amours, adieux ! Je cours à la Dame d'ivoire.

Je ne veux plus la quitter que pour la Dame noire ;

Auprès d'elles encore je rêve des succès.

Que l'amour, ce trompeur, quand il voudra s'envole !

Philosophiquement, hélas ! je me console

Des échecs de l'Amour par l'amour des Echecs.

Solutions :

Kohtz et Kockelkorn 1893

1.♖d8 ♘g6 2.♖h8 ♘xh8 3.♘xe5 ♘g6 4.♘d3 suivi de Cavalier noir joue, par exemple 4...♘h4 5.♘f4 mat.

Fred Lazard 1920

1.♘ef6+ ♔g5 (si 1...♔h4 2.♘f3#) 2.♘f3+ ♔f5 3.e4+ ♘xe4 4.g4+ ♘xg4 5.♘h5 suivi de Cavalier noir joue, par exemle 5...♘gf4 (5...♘e3 6.♘xe3# ; 5...♘d4 6.♘g7# ; ou 5...♘g3 6.♘xg3#) 6.♘e7 mat.


Publié le , Mis à jour le