La ronde 1
Luke McShane ENG (2671)
Quelques jours après le Mémorial Tal, retrouvons 5 des participants pour cette 3e édition du London Chess Classic: Anand, Carlsen, Aronian, Kramnik et Nakamura, opposés à 4 joueurs anglais. Magnus Carlsen bat Howell dans la seule partie décisive du jour.

La troisième édition du London Chess Classic se déroule du 3 au 12 décembre 2011 au «Olympia Conference centre de Kensington». Jour de repos le 7 décembre.

Site officiel www.londonchessclassic.com avec parties en direct à 15 h 00 (heure française), ronde 4 à 17 h 00, ronde 9 à 13 h 00 et streaming

Malcolm Pein, le directeur du tournoi, a annoncé que cette année il y aura un exempt à chaque ronde qui participera aux commentaires des parties du jour. La cadence est de 40 coups en 2 heures, puis 20 coups en 1 heure et enfin, 15 minutes + 30 secondes par coup pour le reste de la partie. Application des «Sofia Rules» et victoire à trois points.
Les joueurs ne peuvent pas annuler sans le consentement de l'arbitre en chef et seulement pour: une triple répétition des coups, 50 coups consécutifs sans coup de pion ni aucune prise et les positions complètement nulles. Dans ce dernier cas l'arbitre principal peut être conseillé par le MI Malcolm Pein, directeur du tournoi, ou par le GM Julian Hodgson.

Présentation de la 3e édition du London Chess Classic par le GM Robert Fontaine.

Nom Pays Elo # Age
1 Magnus Carlsen NOR 2826 1 30.11.1990
2 Viswanathan Anand IND 2811 2 11.12.1969
3 Levon Aronian ARM 2802 3 06.10.1982
4 Vladimir Kramnik RUS 2800 4 25.06.1975
5 Hikaru Nakamura USA 2758 10 09.12.1987
6 Michael Adams ENG 2734 17 17.11.1971
7 Nigel Short ENG 2698 48 01.06.1965
8 Luke McShane ENG 2671 74 07.01.1984
9 David Howell ENG 2633 139 14.11.1990

Résultats de la ronde 1 du 3 Décembre 2011 à 15 h 00
Vladimir Kramnik (2800) - Hikaru Nakamura (2758) : ½-½ (45) Partie catalane
Levon Aronian (2802) - Luke McShane  (2671) : ½-½ (41) Défense slave
Magnus Carlsen (2826) - David Howell (2633) : 1-0 (40) Partie espagnole
Michael Adams (2734) - Viswanathan Anand (2811) : ½-½ (49) Sicilienne Najdorf
Nigel Short (2698)   Exempt, commentera les parties.







 

Le plus intrigant des Anglais est Luke McShane. C'est un jeune grand-maître talentueux, également mathématicien. Il y a quelques années il abandonnait les échecs, puis l'année dernière il a quitté son emploi à la City de Londres pour revenir aux échecs mais, une nouvelle fois, il abandonnait les échecs pour retourner travailler à la City. Il a même refusé de jouer en 2012 dans le tournoi principal à Wijk-aan-Zee, bien que sélectionné en 2011 pour avoir remporté le tournoi «B». Luke est un homme impulsif, l'année dernière, lors de son retour tonitruant aux échecs, il a commencé avec 2 sur 2, en battant de belle manière Magnus Carlsen, et affirmait avant la dernière ronde pouvoir gagner le tournoi. Finalement il s'est satisfait en partageant les 2-3e places avec Anand. Comme la dernière fois, après avoir délaissé les échecs, McShane possède cette incroyable capacité de faire un énième retour. Cependant, un grand succès de l'anglais reste difficile à croire. Extrait de l'article du rédacteur en chef du magazine «64» Mark Glukhovsky, paru sur le site de la Fédération Russe des Echecs.

Les parties du jour :

Aronian-McShane après 17... Tc8

 

Luke McShane a toujours eu un problème dans sa gestion du temps, comme l'a souligné Nigel Short lors des commentaires en direct. Son manque de pratique constante (voir ci-dessus) accentue ce phénomène. Après 17 coups, il ne lui reste que 22 minutes, contre 1h31 pour son adversaire Levon Aronian ! De plus la position est également favorable aux Blancs. Ils possèdent un pion de plus, et la tâche des Noirs va consister à trouver une défense contre l'avance du pion c.

 

 

 

Mais Aronian ne va pas réussir à concrétiser son avantage. Alors qu'il dominait son adversaire, ce dernier avec seulement quelques minutes à la pendule, va réussir à l'arnaquer. L'Anglais sacrifie d'abord une Tour avant de tisser un réseau de mat pendant que le pion blanc file à Dame. Le dépit se lisait sur le visage de l'Arménien quand il se rendit compte que l'échec perpétuel était inévitable.

Situation un peu similaire pour David Howell qui s'est vu attribuer les Noirs face au n°1 mondial comme entrée en matière. Il comptait presque une heure de retard à la pendule par rapport au Norvégien (26 minutes contre 1 h 22 après le 17e coup). Magnus Carlsen a sacrifié 2 pions pour l'attaque. Dans une position très délicate, l'Anglais ne trouve pas la bonne défense (selon Carlsen, il fallait jouer 20... Rf8 plutôt que Td6). Le Roi noir est dans une position précaire et les pièces noires sont cantonnées en défense. Howell finit par craquer au 40e coup, permettant à son adversaire de s'emparer seul de la tête du tournoi.

Le dernier Anglais en lice aujourd'hui est Michael Adams, qui vient de fêter ses 40 ans le 17 novembre. Il a le privilège d'affronter le Champion du Monde indien Anand. Il lui joua le même début que l'an dernier, mais comme le reconnaissait Anand pendant la conférence de presse post-match, il a préféré rapidement dévier pour ne pas subir comme lors de la précédente édition. Il regretta son 24e coup (Cxb6), une imprécision selon lui. Mais à sa grande surprise, après l'échange en e4, Adams choisit Cf4 au 27e coup, au lieu de Cd1 (avec l'idée Cc2) qui selon lui assurait un léger avantage aux Blancs. Anand suscita l'hilarité de l'audience en affirmant avoir joué la finale de Dames comme "un idiot complet".  Il faillit même commettre une erreur (41 Dd6+), mais vit au dernier moment la parade Dd5+, et opta pour le plus sûr Dg1. Après avoir évité cet écueil, la nulle est inévitable.

La dernière partie opposa Kramnik à Nakamura. Lors du récent Mémorial Tal, ces deux joueurs n'avaient pas pu se départager et avaient fait nulle en 42 coups. Le Russe reste fidèle à la Catalane. Le coup nouveau est l'œuvre de l'Américain (22... Tf7). Après 34 coups, la position semble vraiment solide des 2 côtés et on ne voit pas comment l'un des deux camps pourrait progresser. De fait, après quelques échanges, dans une position complètement aplanie, les 2 joueurs partagent le point au 45e coup.

Lors de la conférence de presse d'après-partie, Kramnik a avoué avoir été surpris par la variante choisie par Nakamura (5... Cc6). En effet, ce dernier ne l'avait jamais jouée, alors que Kramnik a déjà utilisé cette arme avec les Noirs, notamment l'an dernier à Bilbao contre Anand.  Il ne pensait pas que quelqu'un lui jouerait cette ligne, surtout que les Noirs sont toujours sur le fil du rasoir. La plupart de leurs coups sont des coups forcés et la moindre imprécision risque d'être immédiatement sanctionnée. Mais l'Américain montra son excellente préparation en révélant que sa nouveauté du 22e coup avait même été jouée lors de parties par correspondance. Les Blancs tentèrent d'exploiter la mauvaise position des cavaliers noirs (25. Ta1), mais les Noirs s'en sortirent grâce à 25. Td3! Malgré la poussée du pion "c", les Noirs réussirent à replacer leurs Cavaliers et la position ne peut mener qu'à la nulle.


Publié le 03/12/2011 - 14:30 , Mis à jour le 12/12/2011 - 17:14
Les réactions (31)
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RedFox - 11/12/2011 22:14
@EE
quelques petites erreurs dans les départages

Kramnik 2 gains noirs
Carlsen 0 gain noir
Nakamura 1 gain noir
McShane 3 gains noirs


JPG64 - 10/12/2011 14:53
Evidemment, l'aspect psychologique est plus qu'intéressant, mais la difficulté de la retransmissions, c'est la durée. Contrairement à ce qui a été évoqué en parlant d'autres sports (tennis cité par Kempelen80), l'action aux échecs (au moins en partie longue) est à mon avis mieux mise en évidence par les analyses faites par des spécialistes qui peuvent nous aider à comprendre ce qu'il se passe sur l'échiquier. Si on doit rester devant son écran à regarder les visages des joueurs et l'échiquier, je pense que je vais trouver la partie très longue... avec les commentaires et les analyses en direct cela m'intéresse davantage.
L'idéal serait sans doute d'avoir le tout, mais il me parait illusoire d'avoir 3 caméras par échiquier (1 sur chaque joueur, une au dessus de l'échiquier !!!); imaginez les moyens nécessaires pour retransmettre le London Chess Classic, au moins 12 caméras (et ça serait bien pire pour des tournois avec plus de joueurs !). Alors qu'avec les moyens déjà en place, échiquier DGT, moteurs d'analyse puissants, des bons commentateurs (y compris un des participants !) on peut facilement suivre les actions sur différents échiquiers; ensuite à la fin de la partie nous avons en direct les commentaires des joueurs eux-mêmes, à chaud, en nous expliquant leurs idées. Personnellement, je trouve que c'est déjà très bien !
Kempelen80 - 10/12/2011 14:06
Salut JPG64 je comprends ce que tu veux dire, oui c'est important de suivre les coups joués sur l'échiquier, mais n'oublions pas qu'il y a des hommes derrière tout cela, et de voir les attitudes des joueurs dans les différents moments de la partie est important, même si parfois ils ne montrent pas grand chose de leur émotion (sauf Kasparov pour citer une exception). C'est souvent très subtil. En tout cas pour moi, l'aspect psychologique, la réalité des réactions humaines ainsi que le bois de l'échiquier et la beauté des pièces ont une grande importance, c'est indissociable de l'aspect technique de la partie. Personne ne joue de la même façon avec un échiquier en plastique ou devant un ordinateur que contre un joueur humain. Pour les tournois retransmis c'est pareil Il faut que l'on puisse retrouver l'ambiance d'une salle de tournoi, le silence entrecoupés de quelques bruits (déplacement des joueurs, bruit de chaise etc).
francoisfrancois - 10/12/2011 08:06
"Après la ronde 5, Nakamura et Carlsen possèdent tous deux 3,5 points, mais la victoire à 3 points place Nakamura un point devant Carlsen alors que l'Américain a perdu contre le Norvégien. Où est la logique de ce pointage ?"

Bizarre comme point de vue. Avec le système traditionnel, on peut trouver le même type de configuration ou le premier au classement s'est pourtant fait battre par le deuxième ... ?

RevolverOcelot - 09/12/2011 23:45
Pour populariser les échecs, oui on veut voir la chemise d'Anand et la coupe de cheveux de Carlsen. Comment intéresser les non initiés sinon ??

Les échecs étaient populaires avec des phénomènes comme Fischer ou les 2 KK. Mais qu'avons nous à présenter à un grand public à part des parties nulles (il y en avait pourtant pas mal avec les KK...)?

Le jeu d'échecs peut supporter tous les supports, passer tous les âges et intéresser tout le monde. Pas grand chose n'est fait...