Go-Makkah Djerba

Une partie sur la plage… une partie à l’hôtel ! Copyright Chess Go-Makkah
Un festival ambitieux et 1er du Masters. « Pour mon habituel tournoi de fin février, j’avais décidé de quitter le froid et les tempêtes de la France pour partir en Tunisie, sur l’île de Djerba. » Par Maxime Lagarde


Le directeur du Masters, Abderrahmane Bousmaha, m’avait invité à venir jouer ce tournoi fermé relativement fort. J’espérais gagner des points dans ma conquête des 2700 tout en passant une semaine agréable dans ce cadre de vacances.

Du débutant à Karpov et Judit

Cette 2e édition du festival se déroulait du 15 au 24 février. L’organisateur, Chokri Saidi, en collaboration avec Shaher El Din El Miladi, et leur équipe de Go-Makkah avaient mis les petits plats dans les grands, en proposant pas moins de quatre tournois ! J’étais le favori du Masters, qui opposait 10 joueurs, parmi lesquels huit GMI internationaux, ainsi que le MI tunisien Amir Zaibi et le MI algérien Mahfoud Oussedik. L’open A était réservé aux plus de 2000 Elo avec un 1er prix de 2000 euros. Le B réunissait les joueurs classés entre 1500 et 2000 Elo, et le C réunissait les joueurs ayant un classement inférieur à 1500. Le total des prix s’élevait à plus de 15 000 euros. Cerise sur le gâteau (ou olive sur le tajine), l’organisation avait fait appel non pas à une, mais à deux légendes pour donner encore plus d’impact à l’événement. Ainsi, les participants purent jouer une simultanée contre l’ancien champion du monde Anatoly Karpov, ainsi que contre Judit Polgar.

Echecs et tourisme

Concernant le cadre et l’atmosphère, les organisateurs étaient aux petits soins pour les joueurs. Dès l’accueil à l’aéroport, des hôtesses du tournoi nous ont offert une rose pour nous souhaiter la bienvenue. La salle de jeu était située dans les salons de l’hôtel, le SunConnect, lui-même en bordure de plage. Il y avait une immense piscine et même des tables de ping-pong pour se détendre après une partie intense, et un buffet d’une très belle qualité pour récupérer l’énergie dépensée. Une excursion fut organisée lors de la journée de repos afin que nous puissions visiter Djerba et partir à la découverte des crocodiles et des chameaux ! Les invités du Masters ont même eu droit à des attentions particulières avec, notamment, un tour en quad d’une heure sur l’île ou encore des dégustations dans des restaurants typiques, le tout avec une météo absolument parfaite.

Une partie sur la plage… une partie à l’hôtel ! Copyright Chess Go-Makkah

Tournoi à normes de GMI

Toutefois, il ne fallait pas se laisser endormir par le charme tunisien, puisque la qualité du tournoi nécessitait un niveau de jeu très relevé. La moyenne Elo était de 2544. Parmi les autres invités, on retrouvait notamment le Néerlandais Sergei Tiviakov, ex-détenteur du record du nombre de parties classiques sans défaite, ou encore le jeune et très talentueux GMI argentin A. Pichot (2606). Le Géorgien M. Gagunashvili (2580), le Polonais B. Heberla (2575), l’Ukrainien A. Sumets (2543), l’Espagnol J.F. Cuenca Jimenez (2528) et le Grec V. Kotronias (2526) complétaient le plateau de GMI. Les deux MI, M. Oussedik (2423) et A. Zaibi (2402), jouaient pour la norme. Malheureusement pour eux, le niveau était tel qu’ils ont fini aux deux dernières places.

Sous le soleil de Tunisie

Je commençai timidement avec trois nulles contre trois de mes rivaux GMI. Lors de la 4e ronde, j’avais les Noirs contre Zaibi, et j’ai remporté ma première victoire à la veille de la journée de repos. Cette coupure me fut bénéfique puisque j’ai gagné mes cinq dernières parties, en battant notamment l’homme en forme du tournoi, Sergei Tiviakov, à la dernière ronde (cf. analyse). C’est un très bon résultat final pour moi. Je suis reparti de Djerba avec 14 points Elo de plus à mon compteur. Malheureusement, ma performance à Gibraltar, en janvier, avait été tellement catastrophique que cela rattrape à peine les points que j’y avais perdus. Ce score final de 7,5/9, sans aucune défaite, m’a néanmoins permis de me maintenir à 2658 au classement du 1er mars. Sous le soleil de Tunisie, j’ai retrouvé la confiance pour aborder mes prochains événements.

Horizon 2021

Il ne fait aucun doute que le festival de Djerba va encore progresser d’ici 2021. Il y a naturellement quelques améliorations techniques à faire, mais je pense qu’il s’imposera très vite comme un tournoi incontournable du calendrier international. Voici ma victoire de la dernière ronde contre Tiviakov, qui était alors seul leader avec 7/8. Par conséquent, j'étais dans l'obligation de gagner pour espérer gagner le tournoi.

Maxime Lagarde 1er du Masters, récompensé par Karpov. Copyright Chess Go-Makkah

Maxime Lagarde (GMI) commente

M. Lagarde – S. Tiviakov, Défense Française, Djerba 2020 – Go-Makkah Masters

Judit Polgar à Djerba !

La meilleure joueuse de l’histoire consacre désormais sa vie au développement du jeu auprès des enfants en Hongrie, et des femmes dans le monde entier.

Echecs à l’école

« J’ai arrêté la compétition il y a près de cinq ans. J’ai alors compris que je pouvais faire encore plus pour les échecs, pour les promouvoir auprès des nouvelles générations, pour que les joueuses puissent bénéficier de mon expérience. Je crois que c’était le bon chemin, je ne regrette pas ma décision. Je m’occupe de ma fondation « Judit Polgar Foundation », et notamment du programme des échecs à l’école. Nous travaillons à partir du cours élémentaire. Nous développons aussi des formations pour les enseignants qui ne savent pas jouer aux échecs. Près de 15 000 jeunes sont déjà concernés.

Global Chess

Nous organisons le festival Global Chess. Cette année, il aura lieu le 10 octobre à Budapest. Il concerne tout ce qui a trait aux échecs : le sport, l’art, l’éducation, la science. Il se déroulera à nouveau au Musée des Beaux-Arts de Hongrie. Il y a des tournois de jeunes, des expositions, des conférences. Nous voulons inspirer toutes les femmes du monde pour qu’elles prennent elles aussi l’initiative. 45 nations se sont déjà unies à notre projet. Notre concept global « Chess Connects Us » se dessine. Notre objectif est que ce jour-là, le 10 octobre, des milliers d’événements soient organisés dans le monde entier. Qu’ils représentent toutes les sociétés, toutes les cultures, tous les genres ! Je fais bien sûr d’autres choses. J’entraîne parfois, je donne des conférences, mais ce sont mes deux activités principales.

Djerba

C’était ma première visite en Tunisie. Les organisateurs ont une vision du futur. C’est un bel exemple pour d’autres pays. Ils peuvent voir que l’on peut organiser un événement qui n’est pas seulement réservé aux joueurs professionnels. Ce festival réunit des amateurs, des enfants. Il implique des écoles. Je pense qu’il a un très gros potentiel. Qu’ils soient riches ou pauvres, les gens peuvent se réunir en jouant aux échecs et y prendre du plaisir. Il est très important de rencontrer des gens passionnés, qui aiment le jeu et ont aussi la capacité de le promouvoir ; qui veulent qu’il soit enseigné aux enfants depuis le plus jeune âge, que des enseignants leur apprennent les échecs jour après jour. Que le jeu soit considéré comme une matière à part entière.

Afrique

Je sais qu’il y a des initiatives en Afrique pour utiliser les échecs comme un outil. Il y a tant de personnes valeureuses qui développent des projets intéressants à travers le monde. D’autres personnes ne le voient pas car ils ne disposent pas du canal de communication pour voir ces informations. C’est ce que nous faisons avec Global Chess. Nous voulons offrir une vision, un exemple, une promotion. En Afrique, comme partout ailleurs, il faut aussi qu’il y ait une bonne communication de ces événements.

Francophonie

Chaque communauté linguistique est forte et plus elle se développe, plus elle est puissante. D’une manière générale, je pense que c’est une bonne idée d’unir des pays d’horizons distincts, qui ont des cultures ou des langues différentes. Si ces initiatives sont ouvertes à chacun, qu’elles donnent une chance à tous de participer, elles renforcent la communauté des échecs. »

Propos recueillis par Patrick Van Hoolandt

Judit Polgar honorée à Djerba. Copyright Chess Go-Makkah

Chokri Saidi : « Tout le monde est gagnant. »

Cet entrepreneur franco-tunisien de 44 ans est né à Gabès, la grande ville portuaire du golfe de Djerba. Il passe ses vacances sur cette île paradisiaque depuis des années. Les parties d’échecs en famille ou entre amis rythment la douceur des journées de farniente. En y réfléchissant bien, le directeur et fondateur de Go-Makkah s’est dit qu’il pourrait marier son travail de tour-opérateur avec ce jeu si riche de bienfaits.

Jean-Marc Degraeve 1er de l’open, récompensé par Chokri Saidi. Copyright Chess Go-Makkah

Amateur éclairé

« Je ne suis pas un joueur de club. Je suis un amateur comme des millions de gens qui jouent aux échecs à la maison. Je joue avec mon épouse, qui est Russe, et mon fils qui est membre du club de Créteil, en Île-de-France. Je travaille dans le tourisme et j’ai beaucoup d’admiration pour l’île de Djerba. Pourquoi ne pas lier les échecs avec Djerba en créant des événements ?

Djerba la douce

J’ai envie d’attirer un public échiquéen européen et maghrébin. En Europe occidentale, l’hébergement dans les hôtels coûte cher. Pour cette raison, de nombreux tournois sont organisés en Crète, Grèce, Turquie ou Europe de l’Est. Au nord de l’Afrique, les joueurs ont du mal à venir en Europe à cause du coût de la vie, des visas. Pendant la période hivernale, Djerba est vide. Il y a 145 hôtels, qui offrent des prix extrêmement compétitifs. Ils sont très ouverts et motivés pour encourager tous les types d’actions. J’ai lié tout cela. Je suis un tour-opérateur. Organiser un tournoi d’échecs va me faire travailler. Les joueurs du Maghreb et plus largement du monde arabe pourront participer à des tournois internationaux. Tout le monde est gagnant.

Karpov en simultanée. Copyright Chess Go-Makkah

Phare de Méditerranée

Les petits tournois, ça existe partout. Mon but est de faire que Djerba devienne un pôle échiquéen à l’échelle mondiale, ou au moins en Méditerranée. L’île répond à tous les critères. Il faisait 22 degrés en février. C’est un endroit tranquille, très sûr. Il y a toute l’infrastructure nécessaire et le standing est incroyable. Nous sommes à deux heures et demie de vol de Paris. L’aéroport de Djerba est bien connecté. La Tunisie est le pays le plus accessible de Méditerranée. Les ressortissants de près de 85% des pays du monde peuvent y venir sans visa. La Tunisie a des relations diplomatiques plutôt très positives avec tout le monde arabe et africain. C’est un pays très ouvert, connecté et, surtout, qui ne coûte pas cher.

Djerba et la Tunisie amoureuses des échecs. Copyright Chess Go-Makkah

Judit Polgar et Karpov

Si l’on veut faire le buzz, que les gens sachent qu’il se passe quelque chose à Djerba, il faut des noms. Judit Polgar et Anatoly Karpov sont venus en termes de soutien et, le plus important, ils croient à notre projet. Cela participe à leur implication personnelle pour aider les échecs dans les pays en voie de développement. L’Afrique manque de grands événements. Cette année, nous avions plus de 200 joueurs. J’ai déjà réservé des hébergements pour pouvoir accueillir près de 400 personnes en 2021. Nous espérons doubler facilement la participation. Nous avons eu de très bons échos, des félicitations. Les gens sont très contents. L’an prochain, le tournoi s’appellera désormais le Djerba Chess Festival.

Go-Makkah

Notre savoir-faire est le tourisme. Organiser un tournoi d’échecs ressemble beaucoup à ce que nous faisons tous les jours dans notre vie professionnelle. Il y a deux aspects. 1. Notre nom est associé au tournoi, ce qui rajoute en notoriété, en image. 2. Les gens viennent jouer. En tant que tour-opérateur, nous vendons des chambres d’hôtel. Nous avons offert aux participants des visites touristiques. Il y avait des spectacles de danse folklorique, de l’équitation. Dans l’entreprise, tout le monde est convaincu. Notre modèle économique est très stable. Nous avons créé un nouveau département, « Chess Go-Makkah ». Nous comptons même créer une filiale pour développer encore plus cette activité. Il y a encore un aspect important. De nombreux sponsors et partenaires veulent développer Djerba. Ils ont déjà manifesté leur intention de s’associer avec nous.

Amir Zaibi et Mahfoud Oussedik. Copyright Chess Go-Makkah

Sauver la jeunesse

Quand je vois mes enfants jouer avec leur iPad, leur iPhone et sur les réseaux sociaux, j’ai envie de les sauver. Je pense que les échecs sont une solution pour les aider à se développer, pour les préserver de beaucoup de choses. Quand mon fils joue sur son iPhone, il est en train de détruire ses neurones. Avec les échecs, il est en train de les construire. Les échecs aident la mémoire, la concentration. Ils sont utiles pour Alzheimer, savoir réfléchir, savoir calculer, mais pour moi, c’est vraiment sauver cette enfance des nouvelles technologies si elles sont utilisées de mauvaise manière. »

Propos recueillis par Jean-Michel Péchiné

Karpov et Judit Polgar en invités d’honneur. Copyright Chess Go-Makkah

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