Les échecs en Russie par Andreï Filatov

Andreï Filatov | Photo Maria Yassakova

Selon une tradition désormais bien établie de fin d’année, Andreï Filatov, président de la Fédération russe des échecs et entraîneur principal de l'équipe nationale masculine d'échecs, répond aux questions de Sport-Express.

Par Dmitri Somov, pour Sport-Express le 12 décembre 2017

Essayons de résumer les événements les plus importants de l’année, d’évoquer des développements intéressants liés aux échecs en Russie et dans le monde entier. Je vous propose de commencer par le calendrier des compétitions nationales.

– D’accord, d’autant plus qu’il reste vraiment chargé ! D’importantes compétitions dureront jusqu'à la fin de décembre. Khanty-Mansiïsk a vu s’achever la finale de la Coupe de Russie, à Saint-Pétersbourg les super finales du championnat russe pour les hommes et les femmes sont toujours en cours : nous allons bientôt apprendre les noms des champions de Russie. Dans les échecs masculins, de nouveaux noms brillants ont émergé pour la première fois cette année, je parle surtout de Vladimir Fédoséïev et de Daniil Doubov, mais pas seulement. Maxim Matlakov (devenu champion d'Europe) et Nikita Vitugov ont fait preuve de résultats bien stables tout au long de l’année. Ce sont eux qui ont constitué le noyau de l'équipe nationale masculine russe en 2017 et maintenant, avec Piotr Svidler, ils se battent pour le titre de champion de Russie. Le tournoi se déroule avec grand succès dans notre capitale culturelle, dans l'ancien hôtel particulier de Kschessinska, qui abrite aujourd'hui le musée d'histoire politique. C'est ainsi que nos joueurs d'échecs commémorent le centième anniversaire de la Révolution russe.

Vladimir Fédoséïev, Daniil Doubov, Maxim Matlakov et Nikita Vitiugov | Photos Eteri Kublashvili

En général, je dirais que toutes les compétitions planifiées de la Fédération ont été un succès. La fin de l’année sera marquée par le traditionnel tournoi Casse-Noisette, où nos meilleurs jeunes grands maîtres vont affronter les joueurs les plus forts des générations précédentes. C'est dans ces tournois que se forme la base de notre future équipe nationale.

À propos des tournois par équipe. L'équipe féminine a remporté deux médailles d'or, tandis que les hommes ont remporté deux médailles d'argent. Que pensez-vous de ces résultats ?

Notre équipe féminine domine toujours l'arène mondiale, mais il ne faut pas croire qu’il s’agit de victoires faciles. En effet, chaque victoire exige une mobilisation totale de toutes les forces disponibles. Dans ce contexte j’apprécie surtout la victoire au championnat du monde par équipe, arrachée à la fin d’une confrontation violente à l’équipe chinoise qui est champion olympique. Nos joueuses ont remporté ce titre pour la première fois, bien qu’elles aient déjà été trois fois les premières aux jeux olympiques.

L'équipe masculine traverse une difficile période de rajeunissement, de nouveaux noms apparaissent. Deux médailles d'argent est un résultat honorable ! Maxim Matlakov a brillamment joué pour l'équipe tout au long de l'année, Ian Nepomniachtchi, Doubov et Fédoséïev nous ont montré tous un jeu intéressant. Malheureusement, ils n'avaient pas assez d'expérience pour les parties décisives, c’était évident lors de leurs confrontations avec les chinois au championnat du monde par équipe et avec les azerbaïdjanais au championnat d'Europe. En tout cas, notre objectif, gagner les Jeux olympiques de 2018, n’a pas changé. Il est déjà évident que beaucoup de joueurs se font concurrence pour le droit de rejoindre l'équipe nationale, une nouvelle génération de sportifs intéressants a grandi.

Nous soutenons tous ceux qui sont dans l’équipe de réserve ! Nous avons mis en place un centre informatique à la Maison centrale du joueur d’échecs, ce qui aidera nos grands maîtres à se préparer. Nous finalisons aussi le programme d'entraînement pour aborder les Jeux Olympiques dans une forme optimale. Malgré un grand nombre de tournois personnels, nos joueurs savent que les Jeux olympiques sont la plus importante compétition de l'année. Surtout que nous avons le droit de participer sous le drapeau national et de chanter l'hymne national !

Comme vous venez d’évoquer le sujet, quel serait votre conseil aux sportifs russes touchés par la dernière décision du CIO ?

– À mon avis il est évident qu’il faut aller en Corée, participer aux jeux et gagner ! Le reste suivra : nous connaissons parfaitement bien ceux qui représentent notre pays et nous les soutiendrons quel que soit leur uniforme. Quant à l'hymne national, nos supporteurs seront heureux de le chanter, il faut seulement leur donner une occasion !

ANDREÏ FILATOV : « CE SONT LES SUPPORTEURS QUI CHANTERONT L’HYMNE NATIONAL AUX JEUX OLYMPIQUES ! »

Revenons aux échecs. Si l’on pense à l’avenir, à ce qui va arriver dans, disons, 5 à 10 ans. Qu’est-ce que vous pouvez dire sur nos futurs professionnels, qui ont actuellement de 10 à 15 ans ?

– En 2016, nos juniors ont établi un record, en remportant 25 médailles aux championnats du monde et d'Europe. Et même s'ils n'ont pas réussi à répéter ces résultats en 2017, ils ont quand même été excellents et remporté 22 médailles. Au cœur de ces succès se trouvent les centres de grand-maîtres, dont la création et le fonctionnement sont financés par la Fédération partout dans le pays. En plus, on travaille de façon individuelle avec les joueurs les plus prometteurs, et, bien sûr, il y a des entraînements dans le centre présidentiel d’échecs Sirius, sous la direction de Vladimir Kramnik. Cette année, nous avons organisé seize séances de formation à Sirius, au cours desquelles les meilleurs entraîneurs de Russie ont travaillé avec les juniors. Et le 14ème Champion du Monde n'a pas seulement géré le programme, mais a été personnellement impliqué. Trois entraîneurs très expérimentés travaillent à Sotchi en permanence, ils sont aidés par des joueurs d'échecs exceptionnels du niveau de l'équipe nationale que nous invitons régulièrement à les joindre. Ainsi nous avons créé une école unique, qui permettra de découvrir et de révéler de nouveaux talents pendant des années, peut-être des décennies à venir…

Un autre facteur qui nous permet d'envisager l’avenir avec optimisme, c’est la popularité toujours croissante des échecs, en Russie et dans le monde entier. Le nombre de publication médiatiques, la demande pour les entraîneurs d’échecs pour les juniors, l'abondance et la diversité des compétitions en témoignent. De nouvelles générations d’enfants de talent vont s’intéresser à notre jeu !

Elena et Gennady Timchenko Charitable Foundation

Qu’est-ce que la Fédération a fait concrètement en 2017 pour promouvoir le jeu d’échecs ?

– Tout d'abord, il faut évoquer Échecs à l’école, qui est le projet commun de la Fédération et de la Fondation Timtchenko. Nous sommes déjà présents dans dix régions de la Russie. En seulement quatre ans, plus de 500 écoles ont adhéré à l’initiative. Nous avons publié le manuel de Vladimir Barski, pour les deux premières années d'apprentissage. Le tournoi de la Tour Blanche devient de plus en plus populaire : même les prestigieuses écoles de Moscou considèrent qu'il est indispensable d'y envoyer une équipe !

Nous observons un certain gain de popularité du jeu d’échecs en province, et pas seulement dans la région de Khanty-Mansiïsk qui reste traditionnellement forte. Les régions de Novossibirsk et de Samara, les villes de Kemerovo, Krasnodar et la région d’Altaï ont toutes enregistré des progrès notables. Nous sommes impatients de voir des percées d'Ekaterinbourg et d'Ijevsk Nous sommes ouverts à la coopération avec toutes les régions. Le jeu d’échecs est devenu un sujet particulièrement pertinent pour les gouverneurs, suite à l'émergence d'intérêt au niveau du ministère de l'éducation.

Je suis vraiment reconnaissant à Olga Vasiliéva, notre ministre de l'éducation, qui a pris la décision historique d'inclure des cours d’échecs dans le programme scolaire. L'importance de notre sport pour le développement intellectuel des enfants est reconnue partout dans le monde. Cependant, peu de pays prennent des mesures concrètes dans ce sens-là ! La Russie l'a fait. Lorsque les cours d’échecs seront lancés dans les écoles de tout le pays, nous allons consacrer plus de temps et d'efforts à la formation professionnelle aux échecs et à l'organisation des compétitions. En attendant, nous aidons à former les enseignants ; nous avons gagné une subvention présidentielle pour organiser un concours pour les professeurs d'échecs et une conférence pédagogique. Elle aura lieu à Sotchi pendant le tournoi de la Tour Blanche.

Renault Kaptur, un SUV compact à quatre roues motrices réservé au marché russe.

Un autre projet commun a été achevé cette année grâce au soutien de Renault. Les publications sur les échecs les plus rares et précieuses de la Bibliothèque d'État de Russie et de notre musée d'échecs ont été numérisées et seront bientôt disponibles sur les sites web de la Bibliothèque d’État et de la Fédération. Il y a des livres vraiment uniques datant du XVème siècle ! Il est difficile de sous-estimer la signification historique et culturelle de ce jeu. J'espère que les fans d'échecs du monde entier apprécieront nos efforts.

Quels sont les plans des joueurs d'échecs russes pour 2018 ?

– Nous avons déjà parlé des Jeux Olympiques. En 2018, trois de nos grands maîtres participeront aux championnats du monde : Sergueï Kariakine, challenger du 2016, Aleksandr Grichtchouk, triple champion du monde de blitz sélectionné pendant la série des Grands Prix, et Vladimir Kramnik, quatorzième champion du monde, nommé par les organisateurs du tournoi des candidats. Il y a de fortes chances qu'un joueur russe puisse de nouveau concourir pour la couronne mondiale. Le tournoi des candidats, qui se tiendra en mars à Berlin, réunira des sportifs exceptionnellement forts. Je vais suivre de près sont déroulement et supporter nos joueurs ! Malheureusement, Ian Nepomniachtchi n'a pas réussi la sélection pour le tournoi. Mais même si 2017 n’a pas été une année heureuse pour lui, il a récemment partagé la victoire lors d'un important et difficile tournoi à Londres, ce qui nous remplit de joie. Par ailleurs, les championnats du monde d'échecs rapides et de blitz auront lieu avant la fin de l'année. J'espère qu’un grand maître russe va nous apporter la victoire, tout comme Sergueï Kariakine l’a fait en décembre dernier.

Anatoly Karpov et Andreï Filatov

Et la dernière question : quels sont vos projets personnels pour 2018 ? Allez-vous participer aux élections du président de la Fédération russe des échecs ? Ou bien, vous envisagez peut-être de présenter votre candidature aux élections du président de FIDE, qui auront lieu aussi en 2018 ?

– Je vais participer aux élections du président de la Fédération russe des échecs. Je crois que, avec notre équipe, nous avons réussi à obtenir de bons résultats. Mais il nous reste encore beaucoup de projets à accomplir. Si les joueurs russes soutiennent ma candidature en février 2018, je leur serais reconnaissant et je continuerais à travailler. En ce qui concerne les élections du Président de la FIDE, je citerai le 12e Champion du Monde Anatoli Karpov. Il y a plusieurs années, en réponse à la même question d'un journaliste il a dit : « Ce n'est pas mon cycle !»

Communiqué par Eteri Kublashvili, Press service of the Russian Chess Federation

Eteri Kublashvili
Publié le 18/12/2017 - 13:00 , Mis à jour le 18/12/2017 - 14:34
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