Alekhine : ses premières années (1)

La famille Alekhine

Il ne fait aucun doute que le premier véritable entraîneur d’Alexandre fut son frère Alexej. Ils étaient inséparables et quelquefois sa sœur Varvara se joignait à eux pour les analyses. Par Georges Bertola.

Alexandre Alekhine en 1910

« Ce n’est pas pour s’amuser qu’il joue aux échecs : il célèbre un culte. » Nabokov

Sa famille

La famille Alekhine

La première fois que j’ai pu observer cette photo c’était sur le site de Kevin Spraggett https://kevinspraggettonchess.wordpress.com/2010/05/21/alekhine-photos/ Un site que je visite régulièrement et qui se démarque par une vision des échecs singulière. Force est de constater que ce fort grand-maître du Roi des jeux affectionne aussi celui du jeu de Dame…

Sur la photo tout à droite, Alekhine Alexandre joue avec son frère Alexej, debout son père, devant à gauche sa sœur Varvara et sa mère. Ceci a attisé ma curiosité et, devant le peu de réponses obtenues dans mon entourage sur les débuts du jeune Alekhine, j’ai consulté plusieurs bibliothèques pour connaître son parcours initiatique sur le chemin de la conquête du titre mondial.

Moscou

Le premier champion du Monde russe de l’histoire est né à Moscou le 31 octobre 1892 (19 octobre selon le calendrier Julien). Moscou avec Saint-Pétersbourg, capitale impériale, étaient les principaux centres de l’activité échiquéenne de la Russie à la fin du XIX siècle. Une grande rivalité a toujours opposé les deux capitales. Un dicton russe précise que si Saint-Pétersbourg est la tête, Moscou est le cœur de la Russie.

Les parents d'Alexandre Alekhine

Alexandre Alexandrovitch Alekhine vit le jour dans une famille aristocratique, son père Alexandre Ivanovitch Alekhine (1856-1917) était « Maréchal de la noblesse héréditaire », gouverneur du district de Voronej au sud de Moscou, et l’un des premiers membres de la Douma. Sa mère, née Anisia Ivanovna Prokhorova (1861-1915), était la fille d’un riche marchand de textiles qui possédait la firme « Trekhgornaya », connue à Moscou et dans toute la Russie.

La Résidence à Moscou des parents d'Alekhine

Alekhine appris les rudiments du jeu à sept ans avec sa mère, pratiqua au sein de la famille régulièrement avec son frère aîné Alexej (1888-1939) car tous les membres étaient des adeptes et des passionnés. En 1901 il suit des études dans l’un des meilleurs gymnases privé de la ville, le lycée Polivanov rue Prechistenka, qui accueillait l’élite moscovite. Il fut remarqué pour son excellente mémoire, son sens de l’abstraction et son esprit d’initiative mais ses progrès aux échecs furent loin d’être ceux d’un enfant prodige.

Le Lycée Polivanov

Selon l’historien I. Bubnov, originaire de Voronej, les parents d’Alekhine passaient une grande partie de l’année à l’étranger, s’occupant peu de leurs enfants. Rome était une de leurs destinations préférées et ils menaient grand train comme la plupart des nobles de l’époque. Une vie qualifiée de « décadente », ils buvaient beaucoup de boissons fortement alcoolisées et, de plus, son père fréquentait régulièrement les casinos où il perdait des fortunes. Une vision politiquement correcte par rapport aux vainqueurs de la Révolution reprise par le GM Alexander Kotov (1913-1981) dans la biographie qu’il a consacrée au champion du Monde.

La famille Alekhine

« Alekhine était issu d’une famille riche mais son enfance ne peut être qualifiée d’heureuse. Beaucoup furent surpris du fait que le fils de parents aussi fortunés, choisisse les échecs comme activité principale, « professionnelle », une occupation peu respectable selon les hommes d’affaires de l’époque. Les causes peuvent être multiples, dont simplement sa situation familiale. C’est de cette manière que le jeune Alexandre est entré dans le monde des vérités abstraites. »

Mais la réalité était sans doute fort différente selon les historiens J. Kalendovsky et V. Fiala. Son père occupait de nombreux postes importants, à la fois militaires et civils, une dizaine de « conseils d’administrations » et il était membre d’un comité qui prônait la « sobriété du peuple ».

Le prodigieux Pillsbury

« En 1902 le jeune Alexandre apprend que Pillsbury, de passage à Moscou en décembre, va jouer une séance de 22 parties simultanées à l’aveugle, un record à l’époque. Il n’est pas autorisé à y assister et c’est son frère qui lui racontera l’extraordinaire exploit. » Jacques Le Monnier

Âgé de dix ans à peine, Alexandre se voyait encore interdire l’accès aux clubs d’échecs. C’est son frère qui lui raconta le déroulement de cette séance extraordinaire où Pillsbury assis, dos tourné aux 22 joueurs, fumait le cigare et parfois prenait un petit alcool, tout en dictant les coups échiquier après échiquier.

Un spectacle fascinant pour la plupart des profanes comme le rapporta un journaliste du « Philadelphia Record » :

« Je dois garder à l’esprit que la plupart des échiquiers au début de la rencontre apparaissaient très semblables. Ils n’avaient pas de traits distinctifs et il semblait presque surhumain d’éviter toute confusion. Pillsbury, comme d’habitude, avait tenté d’imposer certaines ouvertures sur quelques échiquiers, mais cela ne fonctionnait pas toujours car bon nombre de ses adversaires optaient pour des défenses irrégulières. A aucun autre moment de son exhibition, il n’utilisa autant de temps qu’il ne le fit pour jouer les premiers coups. »

Harry Nelson Pillsbury (1872 – 1906)

Alexandre Alekhine avoua que ce genre d’exploit l’avait fortement impressionné :

« Pillsbury me fit l’effet d’un prodige. »

Le champion américain remporta 17 parties pour une seule défaite et 4 nulles. Toutefois, il lui fallut plus de 10 heures pour venir à bout de la résistance de ses adversaires malgré une opposition pas trop relevée selon l’un de ses biographes P. W. Sergeant. Ses exploits dans le jeu à l’aveugle sur le Continent ou en Angleterre avaient été nombreux, toujours aussi spectaculaires, cette année-là.

Hans Müller et A. Pawelczak rapportent qu’Alexej aurait fait partie des participants et annulé sa partie. Pourtant, je n’ai trouvé aucune trace de cette partie dans le livre de Jacques N. Pope dédié à Pillsbury où sont répertoriées les 22 parties.

Moscou en 1900

La passion du jeu

« Alekhine fait de brillantes études ; bientôt il parle français et allemand sans difficultés. Les échecs l’attirent toujours ; le voilà qui néglige ses devoirs et ses parents se voient obligés de supprimer échiquier et pièces. Il a vite fait de trouver où ils sont dissimulés et la nuit, fasciné, il joue en cachette pour lui-même. Il n’est pas encore question de participer à des tournois ; aussi commence-t-il à s’essayer à des parties par correspondance ; il emporte en classe des diagrammes sur lesquels il analyse sans voir. » Jacques Le Monnier

Le jeune Alekhine

Un de ses camarades de classe témoigna :

Au gymnase parfois Alexandre s’extrayait du contexte jusqu’à oublier où il se trouvait. Un jour, lors d’une leçon d’algèbre, il a sursauté, le visage radieux, en tortillant une mèche de cheveux avec sa main gauche comme il avait l’habitude de le faire.

— Alors Alekhine vous avez résolu le problème ?

demanda le professeur.

Oui, je sacrifie le cavalier et les blancs gagnent !

Provocant un fou rire général dans la salle de classe.

Rapporté par Kasparov (Mes grands prédécesseurs) et Kotov

Les parties par correspondance

Et c’est uniquement à cause d’une maladie grave (une encéphalite) qu’il renonça, selon l’historien russe Linder, près de trois ans à étudier sérieusement les échecs. Lorsque l’interdiction du médecin fut levée, il commença à pratiquer les échecs par correspondance.

« Un carnet du jeune Alekhine a été conservé, avec à l’intérieur des découpures de presses des articles d’échecs de Chigorin du journal « Niva » de Saint-Pétersbourg, et ses parties par correspondance jouées entre 1902 et 1907. Il y en a une parmi elles, jouée contre Manjko de la ville de Kamyshin du tournoi de 1906-1907, financé par le mécène le prince F. Shakhovskoi. »

Rapporté par les historiens russes Isaak et Vladimir Linder

Cette partie fut analysée par Alekhine dans la revue « L’échiquier » en 1936 (P. 1463-65).

Alekhine,Alexandre - Manjko,V M, Correspondance 1906–07, 1907

1.e4 e5 2.f3 c6 3.d4 exd4 4.xd4 f6 5.xc6 bxc6 6.d3 d5 7.exd5 cxd5 8.0–0 e7 9.c3

De nos jours, la théorie préfère le plus incisif 9.c4!?

9...0–0 10.g5 c6 11.f3 g4?!

« N'ayant pas encore terminé leur développement, les noirs cherchent à échanger les pièces déjà actives et par suite de cette tactique erronée, seront obligés de céder à l’adversaire la colonne "e". » Alekhine. Correct 11...Tb8 ou 11...Fg4.

12.xe7 xe7 13.ae1 d6 14.g3

Après 14.Dg3

Ceci nous montre que même à ses débuts le sens de la position n’était pas étranger à Alekhine. Il avait correctement évalué l’échange des dames, qui grâce à son meilleur développement, le contrôle d’une colonne ouverte et la menace d’une invasion des tours sur la 7e traverse, lui donnait l’avantage.

14...f6?!

L’échange des dames était préférable, par exemple 14...xg3 15.fxg3! e6 16.a4 ae8 17.h3 f6 18.c5 et les pièces blanches dégagent une activité nettement supérieure. Ici, en f6, la dame noire n’est pas au mieux et cette case de repli aurait été utile au cavalier.

15.h3 h6 16.e5!

« Empêche 16…Cf5 et prépare non seulement le doublement des tours mais aussi Cc3–e2. » Alekhine

16...g6

« Affaiblit la position du roque ainsi que celle du cavalier, ce qui bientôt aura des conséquences désastreuses. » Alekhine Contester la colonne e échouait après 16...d7 17.fe1 fe8 18.xe8+ xe8 19.xe8+ xe8 20.e3+–

17.e2

Logique était 17.Tfe1!?

17...f5 18.f4

« Ce changement de plan est justifié par le fait que 18.f4 n’était plus suffisant à cause de 18...ae8 19.xe8 xe8 20.xh6? (meilleur 20.g4!) 20...xd3 uivi de 21…Txe2. Par le coup du texte, les blancs conservent la colonne "e" ou bien s’assurent d’autres avantages positionnels. » Alekhine

Après 18.f4

18...fe8

Simplifier offrait plus de ressources, par exemple 18...xd3 19.xd3 f5 20.d4 xd4 21.xd4 (Alekhine) avec quelques perspectives blanches pour tirer profit de l’aile dame noire affaiblie.

19.e3 xe5?

Forcé selon Alekhine mais en réalité une erreur qui provoque l’ouverture de la colonne "f". Plus résistant 19...d8 pour regrouper les forces en défense si 20.d4 d7 += (GM K. Müller)

20.fxe5 h4 21.d4 xd3 22.f4?!

Un coup intermédiaire douteux, plus simple 22.cxd3 c5 23.f3 (23.c6 d4 Alekhine) 23...f5 24.xc5 (GM K. Müller)

22...e7?

Une retraite trop passive, critique était 22...g5 23.cxd3 c5 24.f3 (24.e6 Alekhine et après 24...f5? (24...e7 += GM K. Müller 25.g4) 25.xg5 xe3 26.xf7 h6 27.f3 avec un pion de plus.) 24...e7 25.g4

23.cxd3 c8

Le GM Kotov préférait 23...c5 24.c6 g5 mais après 25.h4 h5 26.e6! l’attaque blanche est décisive.

24.f6!

« Profitant enfin de l’affaiblissement provoqué par g6. »

24...c5 25.c6 e8

Après 25...De8

« On pourrait croire, à première vue, que les derniers coups des noirs ont à peu près rétabli l’équilibre, par exemple 26.Dxc5 Dxe5 27.Ce7 (27.Cxe5 !?) Rg7 = » Alekhine

26.e6!

26.xc5 xe5 27.e7+ (27.xe5!?) 27...g7=

26...f5

26...fxe6 27.xe6 d7 28.e7++–

27.exf7+ xf7 28.xf5! 1-0

Après 28.xf5 gxf5 (28...xf5? 29.e7+) 29.e7+ f8 30.xc8 c7 31.e6 gagne une pièce.

Lausanne en 1900

Il faut remarquer que le jeune Alexandre bénéficiait des conseils de son frère aîné Alexej qui était aussi très intéressé par le jeu par correspondance. Lors d’un séjour en Suisse en 1908, Alexej Alekhine résida à Lausanne et participa au 1er championnat suisse par correspondance de la « Revue Suisse d’Echecs ». Il s’imposa invaincu devant 24 participants avec le joli score de +16 =8 !

Alekhine,Alexej – Duhm,Andreas, Correspondance 1908–09

1.d4 d5 2.e3 e6 3.d3 f6 4.d2 c5 5.c3 c6 6.f4 cxd4 7.exd4 d6 8.h3 0–0 9.0–0 d7 10.e2 a6 11.f3 b5 12.e5 g6 13.g5 e7 14.f3 e8 15.h3 g7 16.d2 d8 17.f1 h8

Après 17...Th8

18.f5! exf5 19.xf5 gxf5 20.g3 f8 21.xf5 h6 22.e3 c7 23.xf6 e7 24.f5 f6 25.g4+ 1–0

L’apprentissage aux côtés des meilleurs maîtres de Moscou

Il ne fait aucun doute que le premier véritable entraîneur d’Alexandre fut son frère Alexej. Ils étaient inséparables et quelquefois sa sœur Varvara (1889-1944) se joignait à eux pour les analyses.

Moscou Arbat

La famille tenait salon rue Nikolsky (aujourd’hui Podkopaïevsky) et plusieurs forts joueurs se rendaient aux journées dédiées aux échecs. L’un deux Fedor Ivanovich Duz Khotimirsky (1881-1965), champion de Kiev, lui donna ses premières leçons vers l’âge de 14 ans et fut même payé, 15 roubles la séance. Plus tard quelque peu ironique, il affirma :

Duz Khotimirsky (1881-1965)

« Ces leçons expliquent probablement la présence des défauts qui sont apparus ultérieurement dans le jeu d’Alekhine. »

Partie en consultation jouée en décembre 1907.Les commentaires d’Alekhine sont extraits de « L’échiquier » de 1937 (p.236-38)

Dus Chotimirsky,Fedor Ivanovich - Alekhine +Isakov,Alexander et Alexej, Consultation Moscow, 1907

1.d4 d5 2.c4 e6 3.c3 c5 4.e3 f6 5.f3 c6 6.a3 a6 7.dxc5 xc5 8.b4 d6 9.b2 dxc4

La théorie retient 9...0–0 10.cxd5 exd5 11.e2 e6 12.0–0 et, malgré le pion isolé, les noirs ont une bonne position avec des pièces actives après 12...c8 13.c1 e7 14.d3 fd8 15.fd1 b5 ½–½ (55) Le,Q (2703)-Pelletier,Y (2587) Belfort 2012

10.xc4 b5 11.d3 b7 12.0–0 0–0 13.c1

« Les blancs pouvaient et devaient rompre ici la symétrie par 13.Ce4. Les blancs n’auraient pas eu en ce cas à craindre, après l’échange des cavaliers, l’avance des pions du centre. » Alekhine

13...e5!

« Les noirs, par contre, profitant de la même occasion et, en peu de coups, s’emparent de l’initiative. » Alekhine

14.xe5 xe5 15.f4 c7 16.e2 b6 17.fd1 e7 18.h1 ac8 19.e4?!

Obstruant la diagonale du fou dame adverse, mais découvrant, par contre, celle du fou roi. La partie des blancs est déjà quelque peu compromise. » Alekhine

19...fd8 20.b1?

Les blancs auraient dû, par conséquent, chercher à égaliser les jeux à quoi ils seraient peut-être parvenus en continuant avec 20.e5 d5 21.xd5 xd5 22.xc8 xc8 23.c1 (23.e4 xe4 24.xe4 =+ et les blancs se retrouvaient avec un mauvais fou. Georges Bertola) 23...d8 suivi de la poussée g7–g6 =+ » Alekhine

20...xc1 21.xc1

Après 21.Txc1

21...xd3!

Cette petite combinaison est moins simple qu’elle en a l’air. Sa pointe ne sera visible qu’au 24e coup. » Alekhine

22.xd3

« 22.xf6 e3 (22...d7! 23.g4 g6 24.c3 e3 Georges Bertola) 23.xe3? (23.xb5!?) 23...xe3 24.xe7 xc1 avec une fin de partie gagnée. » Alekhine

22...xe4! 23.d4 d6 24.d1

Après 24.Td1

C’est probablement en vue de cette position que les blancs ne s’opposèrent pas au sacrifice de la qualité. Le coup suivant fut une surprise. » Alekhine

24...d5! 25.e3 xd4!?

Décisif 25...e5! 26.fxe5 c3! 27.d2 xb1 28.xb1 xd4–+

26.xd4 g3+ 27.xg3 xd4

« En fin de compte les noirs ont gagné un pion et obtiennent une position dominante, surtout grâce à la supériorité de leur fou sur le cavalier adverse. » Alekhine

28.c3 h5!

Après 28...h5

Les noirs ont un pion de plus et des pièces très actives.

29.h4 d2

« Gagnant un second pion car les blancs n’ont pas de défense contre Fb7xg2. » Alekhine

30.h2 h7 31.a4 xg2 32.xg2 xc3 33.axb5 axb5 34.e4+ g6 35.g2 g7 36.f2 d2+ 37.f3?

Une gaffe mais, avec deux pions de moins, la cause était entendue.

37...d5 38.e3 xe4+ 39.xe4 f6 40.d4 f5 41.c5 e5! 42.fxe5 g5 0–1

« Cette défaite se révéla fort utile à Duz Khotimirsky qui répéta victorieusement les manœuvres des noirs dans une jolie partie contre Teichmann à Prague en 1908. » Alekhine

Rue du Pont de Kuznetsky

« Je rencontrais Alekhine par hasard alors qu’il n’avait que 14 ans. Un dimanche je me promenais le long de la rue du pont Kuznetski et je croisais Isakov, un fort joueur de Moscou. Je lui demandais :

Quoi de neuf ?

Isakov sourit et, de manière confidentielle, me chuchota à l’oreille qu’il avait découvert un nouveau champion du monde. Ensuite il afficha un air désolé car il n’était encore qu’un simple élève d’un lycée de grammaire de Moscou. Quelques jours après, je rencontrais le jeune homme dont il me parlait, au même endroit. Tisha, c’était son surnom dans la famille d’Alekhine, n’était ni un adulte, ni un garçon, Il était grand et mince avec des cheveux blonds, poli, courtois et sérieux. Nous avons commencé à parler d’échecs. Tisha m’écoutait énumérer mes joueurs favoris. Je citais Morphy, Andersen, La Bourdonais, Charousek et principalement Chigorin, que je connaissais personnellement et que j’aimais à la fois comme homme et joueur d’échecs. Tisha buvait mes paroles. Lorsque que je lui ai dit que l’élément le plus attrayant aux échecs était l’esthétique, élevant le jeu au niveau de l’art, les yeux de Tisha étincelèrent et son visage rougit légèrement. Je lui promis alors de jouer quelques parties d’entraînement très prochainement. » Duz Khotimirsky

Vladimir Ivanovitch Nenarokov (1880-1953)

Un autre de ses professeurs renommés fut Vladimir Ivanovitch Nenarokov (1880-1953), un des plus forts maîtres vivant à Moscou à cette époque et remarquable théoricien, une référence dans la connaissance des ouvertures. La partie ci-dessous est sans doute une imposture.

Alekhine,Alexander - Nenarokov,Vladimir Ivanovich

Consultation Moscow, 1907

1.d4 d5 2.c4 c6 3.cxd5 xd5 4.f3 g4 5.c3 a5 6.d5 0–0–0 7.d2 xf3 8.exf3 b4 9.a3 xd5 10.a4 1–0 La dame noire n’a plus de cases !

Cette partie fut publiée pour la première fois en septembre 1959 dans « Chess Review » d’après un courrier de Grigory Bogunovich qui se prétendait le témoin oculaire de cette miniature. Seuls quatre spectateurs étaient présents dont lui-même. Elle est pourtant la copie conforme d’une partie Tolush-Aronson jouée en 1957 et publiée peu avant en juin 1959 dans le « Britsh Chess Magazine ». L’historien Edward Winter « n’en croyait pas un mot » et dénonça le canular dans « Chess Explorations » (Cadogan 1996 p.194-195)

Les débuts à l’échiquier

En 1907, Alekhine se rend régulièrement au club d’échecs de Moscou et devient un membre très actif.

« Ma première partie sérieuse, qui a été jouée durant le tournoi du printemps 1907 au club de Moscou, n’était en réalité ni meilleure, ni pire que la plupart des parties que j’ai jouées à cette époque.

L’ouverture, jouée comme dans les livres, pendant de nombreux coups, était une variante que j’avais manifestement apprise par cœur. Elle était basée sur une partie entre Maroczy et Janowski du tournoi de Londres 1899 et j’avais déjà adopté cette ligne dans mon premier tournoi par correspondance. J’ai choisi de suivre la théorie non pas parce que je pensais obtenir un léger avantage dans l’ouverture (en effet j’étais trop inexpérimenté pour être capable de porter un jugement avec suffisamment de précision sur une position plus ou moins équilibrée ou évaluer un léger avantage positionnel si j’en avais un) mais simplement pour être sûr de n’avoir pas obtenu une partie perdue après seulement quelques coups.

Immédiatement après l’ouverture, je commençais à hésiter de manière navrante (les 13e et 20e coups) étant apparemment incapable d’élaborer toute forme de plan, qu’il soit défensif ou offensif. Cette phase de jeu (spécialement ici les coups de dame) comporte les signes d’une nervosité excusable peut-être chez un novice. Me retrouvant au bord du précipice au 21ème coup, je fis un grand effort pour trouver quelques ressources dans la position qui pourrait sauver la situation. » Alekhine dans la revue Chess 1937 (p. 429)

Alekhine,Alexander - Rosanov,Lev I, Moscow, 1907

1.e4 e5 2.f3 c6 3.d4 exd4 4.xd4 f6 5.xc6 bxc6 6.d3 d5 7.exd5 cxd5 8.0–0 e7 9.c3 0–0 10.g5 c6 11.f3 g4 12.g3 h5

« Avec l’intention évidente d’échanger les fous de cases blanches. Ce n’est pas une mauvaise idée. » Alekhine

13.e5?!

« L’idée de ce coup [13De5?!] était d’empêcher les noirs de reprendre avec le pion f après 13…Fg6 14.Fxg6 fxg6? 15.De6 suivi par 16.Dxc6. Le même effet aurait pu être obtenu avec le coup de développement 13.ae1 13.Tfe1!? GM K. Müller 13...g6 14.xg6 fxg6 15.e5 qui était certainement meilleur. Maintenant les noirs s’emparent de l’initiative. » Alekhine

13...g6 14.xg6 hxg6 15.ad1 d6 16.d4 c7 17.h4 h7 18.e3 f5 19.f4 f7 20.d4 h8 21.de1?

La reine exposée devait se retirer sur f2. (GM K. Müller)

21...f6 22.g5

« La dame entre dans la cage aux lions. » Alekhine

22...g4?

Après 22...Cg4?

Menace 23…Th5, ici les noirs pouvaient opter pour plusieurs coups avec un meilleur jeu 22…Tae8, 22…Th5 ou 22…Ch5.

23.e6!!

La ressource miracle trouvée sur l’échiquier et qui permet aux blancs de rester dans la partie. « Ce joli coup non seulement écarte toute les menaces mais initie une contre-attaque difficile à parer. Lors d’une analyse ultérieure, cette combinaison s’est avérée parfaitement correcte dans toutes les variantes. Même s’il pouvait y avoir une lacune, je suis convaincu que mon adversaire ne l’aurait pas trouvée, complètement surpris par mon 23e coup qui le démoralisa. » Alekhine

23...xe6?!

L’acceptation conduit à des complications à l’avantage blanc. Plus coriace était 23...h6 24.fe1 b8² (24...xf4? 25.e7++– selon le GM Müller.)

24.xg6+ d7 25.xf5+ d8 26.xg4 f8

Les noirs refusent de lâcher le pion "g". La position est difficile à jouer pour les noirs car les blancs ont 2 pions pour la qualité et le roi noir n’est pas en sécurité.

27.e1 d7 28.g5+ c7 29.e3 b7 30.a4 e8 31.b3+ a8

Une séquence loin d’être forcée mais les noirs ont réussi l’essentiel ; sécuriser le roi.

32.g3 h6

C’était le moment de jouer 32…Fd6!? avec des chances égales.

33.d3 he6?!

Ici les noirs étaient certainement mieux en proposant l’échange des tours (Alekhine), par exemple 33...b8!? 34.xb8+ xb8 35.e5+ c8! etc.

34.e5 c5 35.b5

Après 35.Tb5

35...c8?

Une position critique, selon le GM K. Müller intéressant était 35...c4!? 36.xd5+ xd5 37.xd5 g5 et les tours noires permettent d’espérer tenir la partie.

36.c4! a6

« Il n’y a pas de défense, si 36...d4 37.xc5 xc5 38.f3+ ec6 39.xc5+–; 36...a6 37.c3 d4 38.d5 +– Müller

37.b6+ xb6 38.xb6 a7 39.g6 a4 40.b3 c6 41.f7+ a8 42.cxd5 1–0

« La phase finale, depuis le 26ème coup, pourrait être une formalité pour un maître mais elle cachait bien des pièges pour un débutant. Je suis surpris (20 ans plus tard) comme je l’ai bien jouée. J’aurai du mal à améliorer mon jeu aujourd’hui. Il est possible que cette partie a exercé une profonde influence sur le développement ultérieur de mon jeu. Certainement qu’elle stimula mon ambition et mon désir de m’améliorer. D’un autre côté, elle m’a révélé une faiblesse psychologique curieuse que j’ai dû travailler dur et longtemps pour, par la suite, l’éradiquer, si jamais je l’ai éradiquée ! L’impression que je pourrais toujours, ou presque toujours, dans une mauvaise position faire appel à une combinaison surprenante pour m’extirper de mes difficultés. Une dangereuse désillusion ! » Alekhine

Au printemps, toujours au club de Moscou, son jeu progresse avec une approche plus positionnelle.

Alekhine « commente » (L’échiquier 1938 p.353-54)

Shaposhnikov,N – Alekhine,Alexander, Moscow Spring, 1908

1.e4 c5 2.c4

« Le fou a bien peu à faire sur c4 dans la Sicilienne. Les noirs ont raison d’adopter maintenant la formation Paulsen. »

2...e6 3.c3 c6 4.f3 a6 5.a4 c7 6.d3

« Relativement meilleur était immédiatement 6.d4 car les blancs seront obligés de faire ce coup s’ils veulent affaiblir la portée de la poussée d7–d5. »

6...f6 7.e3 e7 8.d4

« Autrement les noirs joueront 8…0–0 suivi de 9…Td8 et la poussée d7–d5. »

8...cxd4 9.xd4 b6!

« Menaçant 10…Cxd4 11.Dxd4 Fc5 12.Fd3 Fxe3, etc. »

Après 9...b6!

10.d3 b7 11.h3

« Ce coup n’est pas inutile en soi, surtout si les blancs ont l’intention de retirer le cavalier à e2, mais il était plus important de roquer d’abord. »

11...b4

« Profitant du jeu passif de l’adversaire, les noirs s’emparent de l’initiative. »

12.de2

« Les blancs ne peuvent plus faire fi des menaces adverses, si 12.0–0 xc3 13.bxc3 e5 14.f4 d6 avec avantage. »

12...d5 13.exd5 xd5 14.d2

« L’alternative 14.0–0 xe3 15.fxe3 c5 16.d2 e5 17.d1 0–0 était également peu tentante. »

14...f6!

« Ayant surtout en vue la réponse 15.0–0 Ce5 16.Ff4 Dc6 17.f3 Cxd3 18.cxd3 (18.Dxd3? Td8 –+) 0–0 avec un jeu facile contre le pion faible d adverse. »

15.e4?!

« Il n’était certainement pas facile de prévoir qu’après ce coup d’apparence plausible la position des blancs deviendra rapidement désespérée. » 15.0–0 e5 16.f4 c6 17.f3 xd3 18.cxd3 (18.xd3 d8–+) 18...0–0

15...xe4 16.xe4 d8 17.c3

Après 17.c3

Affaiblissant la case d3 d’une façon décisive.

17...e5! 18.cxb4?

« Relativement le meilleur coup pour les blancs 18.xb7 xb7 19.0–0 c4 après quoi ils auraient perdu seulement la qualité. » Pourtant, après 20.c1! (GM Khalifman) rien n’est clair. 20...xd2 (20...xd2 21.cxb4 e4 22.b3) 21.d1 f3+ 22.gxf3 d6 avec avantage noir.

18...xe4 19.0–0 c2! 20.c1

« Perd une pièce mais 20.Dc1 Cd3 était encore plus pénible. »

20...xd1 21.xc7 xe2 22.e1 xd2 23.xe2 xe2 24.c8+ d7 25.xh8 xb2 0–1

Le premier tournoi international

Düsseldorf

Durant l’été 1908, Alekhine tente de décrocher le titre de maître lors du XVI congrès de l’union des échecs allemands à Düsseldorf. C’est sa première participation à un tournoi international. Il débute avec 5 points sur 5 ! Encore inexpérimenté, il ne peut supporter la pression après un départ tonitruant mais obtient un classement honorable avec le 4ème rang.

Dessin Edward Lasker

Edward Lasker (1885-1981), qui participait au même tournoi, témoigna :

« Quand je suis arrivé à Düsseldorf avec les autres joueurs venus de Berlin, le membre du comité d’accueil qui nous attendait à la gare nous a dit que Frank Marshall, qui était le favori du tournoi principal, était déjà en ville et s’entraînait avec un jeune écolier russe inscrit dans le tournoi majeur. Le garçon de quinze ans semblait être assez fort pour donner un pion et l’avantage du trait, du moins dans les parties rapides. Le seul problème avec le garçon, nous dit-il, était qu’il ne pouvait pas bien dissimuler ses plans. Il avait des boucles blondes qu’il tordait continuellement entre ses doigts et on pouvait deviner s’il voulait attaquer sur l’aile Roi ou l’aile Dame parce que, dans le premier cas, il tournait toujours les boucles du côté droit de sa tête et, dans l’autre cas, celles du côté gauche. Bien que nous réalisions que notre ami n’était pas tout-à-fait sérieux, nous étions très impressionnés et nous avons rapidement découvert quel genre d’échecs ce jeune homme était capable de jouer lorsque nous nous sommes mesurés à lui dans des parties rapides. Il les a toutes gagnées. A l’époque, son nom ne signifiait par grand-chose pour nous. Mais il devait s’imposer au sommet des échecs au cours des trente années suivantes. Ce n’était autre que le grand Alexandre Alexandrovitch Alekhine ! »

Grille du tournoi de Düsseldorf

Alekhine a eu la satisfaction d’être le seul a remporté la victoire face au vainqueur Friedrich Köhnlein (1879-1917) qui devait tomber au combat sur le front de la Somme lors de la première guerre mondiale.

Alekhine,Alexander – Koehnlein,Friedrich, Düsseldorf, 1908

1.d4 d5 2.f3 e6 3.e3 f6 4.d3 bd7 5.bd2 d6 6.e4 dxe4 7.xe4 xe4 8.xe4 0–0 9.g5 e8

Plus logique 9…Cf6.

10.0–0 f5

Affaiblir l’aile roi est sans doute risqué.

11.d3 e5?!

La diagonale a2–g8 s’ouvre au service des blancs.

12.dxe5 xe5 13.e1 h5??

L'erreur décisive. Nécessaire 13...xf3+ 14.xf3 f7 15.b3 avec net avantage blanc.

14.xe5 xg5 15.c4+ h8

Après 15...Rh8

16.xd6!!

Superbe pointe tactique.

16...xg2+

16...cxd6 17.f7+ g8 (17...xf7? 18.e8+ f8 19.xf8#) 18.xg5++–

17.xg2 1–0

Si, 17...cxd6 18.f7+ g8 19.xd6+ h8 20.f7+ g8 21.e7+–

Une miniature qui ne passa pas inaperçue ! Elle illustre parfaitement la vision tactique géniale du jeune Alekhine. C’est d’abord grâce à son talent combinatoire et à sa puissance de calcul qu’il s’est peu à peu profilé comme le digne successeur de Chigorin.

Ce n’était pas une carrière fulgurante à la Morphy ou Pillsbury. Il s’est imposé progressivement, par étapes, subissant quelques revers avant de rejoindre les meilleurs.

Le match contre Curt von Bardeleben

Curt von Bardeleben (1861-1924)

Puis, peu après, il disputa un match contre un fort joueur, Curt von Bardeleben (1861-1924) qui avait participé au tournoi maître de Düsseldorf. C’était un aristocrate quelque peu excentrique, grand amateur de vin de Bordeaux qui s’était fait remarquer après avoir battu le champion du monde Lasker au tournoi de Hastings en 1895. C’est pourtant sa défaite contre l’ex-champion du monde Steinitz, lors du même tournoi, qui le rendit célèbre, une partie remarquable et qui est entrée dans les annales de l’histoire des échecs.

Portrait d'Alexandre Alekhine en 1909

Alekhine s’imposa avec facilité, 4 victoires et une nulle et minimisa sa réussite :

« Je n’avais que 15 ans et je n’étais pas encore conscient de ma force aux échecs ou pour mieux dire de mes faiblesses. Il était évident, en ce qui me concerne, que je ne devais pas trop me vanter de ce succès face à un gentleman âgé (47 ans !) distingué, qui n’avait plus l’ambition de gagner, ni la maîtrise d’antan. »

La seule partie du match, qui l’opposa à von Bardeleben et qui a survécu à l’épreuve du temps est celle-ci :

D’après les commentaires d’Alekhine dans « Grand Ajedrez » publié en 1941

Von Bardeleben,Curt – Alekhine,Alexander, Düsseldorf, 1908

1.e4 e5 2.f3 d6 3.d4 d7 4.c4 c6 5.dxe5 dxe5 6.e3 e7 7.c3 c7

Ici, ce n’était pas nécessaire de jouer ce coup. Il aurait été meilleur de jouer le coup de développement 7…Cgf6 suivi de 8…0–0 plus logique et agréable pour les noirs.

8.a4 c5

A nouveau 8…Cgf6 était plus naturel et meilleur.

9.b4?!

Une double erreur qui permet aux noirs de s’emparer de l’initiative. Premièrement, ce coup affaiblit la structure blanche de l’aile dame et, deuxièmement, il ignore la possibilité d’acquérir l’avantage au centre avec 9.g5 h6 (9...xg5 10.xc5²) 10.h3 etc.

9...e6 10.b1 f6 11.0–0 0–0 12.e1?!

Probablement avec l’idée de s’opposer à 12…Td8 avec 13.Cd3. Si les blancs avaient envisagé le prochain coup, ils auraient préféré 12.e2 (12.De2!? GM Khalifman) mais les noirs étaient mieux après 12...d8 suivi de 13...Cd4.

12...b5

Ce coup et le suivant sont les meilleurs pour exploiter le 9e coup blanc qui met le Cc3 dans une position précaire.

Après 12...b5

13.d3

Intéressant 13.axb5! cxb5 (13...d8 14.d3) 14.d5! et, contrairement à ce qu’affirme Reinfeld, les blancs ne perdent pas une pièce mais entrent dans des complications loin d’être claires.

13...a5! 14.axb5 axb4 15.b6 b7 16.e2 c5

C’était la position envisagée par Alekhine qu’il jugeait nettement avantageuse.

17.c3 d7

17...xe4 18.cxb4 cxb4 19.c2 était pointé par Alekhine.; Critique était 17...d8! 18.c2 g4 qui gagne le pion b6 (GM Khalifman).

18.cxb4 cxb4 19.g3 c5 20.c4 cxe4 21.xe4 xe4 22.d5

Critique selon Alekhine 22.d5!? xd5 23.xd5 c3 24.xa8 xb1 avec une bataille loin d’être décidée après 25.f3!? (Il indique 25.b7? b5–+)

22...c6 23.xc6 xc6 24.h5?

La dame hors-jeu ne peut que favoriser les noirs dans la valorisation du pion passé b.

24...c3 25.b2 b5 26.f3 e2+ 27.xe2 xe2 28.xe5 f6 29.c5 b3 30.f4?

Si 30.b7 b2 31.bxa8 xf1+ 32.xf1 b1+ 33.e1 xa8–+

30...fe8 31.b7

Après 31.b7

31...xf1+! 32.xf1 a1+ 33.c1 b2 0–1

En 1924 von Bardeleben ruiné et désespéré par les conséquences de l’inflation qui atteignit des proportions catastrophiques en Allemagne, se suicida en se jetant par la fenêtre de son appartement à Berlin. Nabokov s’inspira de cette tragédie, c’est aussi celle de la fin de son héros, Alexandre Ivanovitch, qui n’est autre que le prénom du père d’Alekhine.

Voici le dernier paragraphe de la défense Loujine :

« Maintenant ses deux jambes pendaient au-dehors, il suffirait de lâcher ce à quoi il se cramponnait, et il serait sauvé. Mais avant de lâcher prise, Loujine regarda en bas. On y procédait en hâte à des préparatifs : les reflets des fenêtres se rejoignaient et s’alignaient, l’abîme était divisé en carrés clairs et carrés sombres et, au moment même où Loujine desserra les doigts, au moment où l’air glacial s’engouffra impétueusement dans sa bouche, il comprit qu’elle éternité s’ouvrait devant lui accueillante, inexorable. La porte venait d’être enfoncée. « Alexandre Ivanovitch, Alexandre Ivanovitch ! » hurlèrent plusieurs voix.

Mais il n’y avait plus d’Alexandre Ivanovitch. » Nabokov

Le match Alekhine – von Bardeleben s’était joué dans l’ombre du championnat du monde qui opposait Lasker à Tarrasch. Il débuta le 17 août 1908 et Alekhine assista aux quatre premières parties jouées à Düsseldorf. Nul ne pouvait encore imaginer qu’il allait s’emparer du titre mondial moins de deux décennies plus tard.

Lasker et Tarrasch
 
Toutes les parties commentées de l'article

Je tiens à remercier Gérard Demuydt pour la mise en ligne de mes articles, le maître international Richard Forster pour m’avoir fourni des documents, et le Musée Suisse du Jeu de La Tour-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter l’importante bibliothèque de feu Ken Whyld.

Georges Bertola

Rédacteur en chef de la revue Europe-Échecs

Georges Bertola

Publié le 23/07/2017 - 19:51 , Mis à jour le 26/07/2017 - 12:10
Les réactions (4)
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jaskarov - 03/08/2017 17:16
Merci c'est toujours très intéressant de découvrir d'autres facettes de ce grand mythe des échecs.

GeorgesBertola - 23/07/2017 13:46

Merci pour vos compliments et j'espère pouvoir lire un jour "Le stylo d'Alekhine".
Richard Forster me fait remarquer que le tournoi remporté par son frère Alexej était un tournoi international par correspondance qui ne faisait pas office de championnat suisse. D'après le nombre de retour des lecteurs on peut en déduire qu'Alekhine reste l'un des joueurs les plus passionnants du début du XXe avec ses zones d'ombres et de lumières.

ayrtonny - 19/07/2017 10:32
J'ai commis moi-même un roman qui n'a pas encore trouvé d'éditeur, intitulé "le stylo d'alekhine". Cet article m'a passionné et appris de nbreuses choses. Merci à vous.

Icare - 18/07/2017 19:49
Merci à Georges Bertola et à son équipe pour la mise en lignes d'articles exceptionnels sur les grands champions du début du 20ème siècle.