André Chéron triple champion de France

Les grandes parties du passé par Georges Bertola. « C’est de la folie de vouloir manœuvrer 32 pièces quand on ne sait pas mener correctement un pion à Dame. » – « Vous devez coordonner l’action de vos pièces, et c’est là un principe essentiel qui domine tout. » André Chéron


« Rares sont les joueurs d’échecs qui parviennent à la maîtrise dans les trois grandes disciplines échiquéennes : la partie pratique, le problème et les fins de parties. Depuis longtemps, la spécialisation nous envahit et nous sépare en trois clans fermés, au grand détriment de ce qui fait la richesse et l’universalité des échecs. Esprit universel, artiste profond, chercheur inlassable André Chéron a triomphé, avec un succès égal, dans tous les domaines du noble jeu. » Revue Suisse d’Echecs novembre 1970

« André Chéron s’est toujours passionné pour les sciences exactes et s’est fait une idée personnelle sur tous les grands problèmes philosophiques. Ce qui ne l’empêche pas d’aimer aussi les arts et particulièrement la poésie. Nous avons appris qu’il a dans ses tiroirs un traité critique de la versification française. » Les Cahiers de l’échiquier français

André Chéron en 1926

Au début des années 70, je me rendais souvent au « Restaurant Cité Vieux-Bourg » où l’on pouvait rencontrer quelques-uns des meilleurs joueurs lausannois. Notamment Fritz Ronsperger, de nombreuses fois champion de Lausanne, Paulin Lob, ancien champion suisse et Jean-Louis Ormond (1894-1986).

À l’époque, Jean-Louis Ormond était un monsieur très respecté, ancien président de la Fédération suisse d’échecs, fort joueur par correspondance et mécène. En 1923, il remporta le premier titre de champion de Lausanne.

Voici une victoire contre l’un des meilleurs joueurs belges, Georges Koltanowski (1903-2000).

Jean-Louis Ormond en 1929
Georges Koltanowski avec signature

Georges Koltanowski - Jean-Louis Ormond ; Correspondance, 1921. Partie Espagnole

1.e4 e5 2.f3 c6 3.b5 a6 4.a4 f6 5.0-0 xe4 6.d4 exd4 7.e1 d5 8.xd4 d6 9.xc6 xh2+

La positon critique de la variante de Riga, remise au goût du jour dans la série « Le jeu de la Dame » !

10.f1?

Le seul coup est 10.h1

10...h4 11.e3 0-0 12.d4 g4 13.f3 h5 14.b3 ad8 15.c3

Koltanowski - Ormond, après 15.c3

15...g3?!

N'apporte que la nulle. Meilleur 15...fe8! 16.bd2 c5 avec l’idée de retirer le Fou sur c7, pose des problèmes insolubles.

16.e2?

Après 16.fxg3 h1+ 17.g1 xg3+ 18.f2 e4+ 19.f1 g3+ avec la nulle.

16...xf2! 17.xf2 fe8+ 18.d2 xf2 19.xe8+ xe8 20.f1 xf3 21.gxf3 xf3 22.a3 f4+ 23.d3 f5+ 0-1

Koltanowski - Ormond, après 23...f5+ 0-1
Alexandre Alekhine par Voellmy

Jean-Louis Ormond m’avait raconté quelques anecdotes à propos d’Alekhine. En octobre 1925, il avait organisé plusieurs séances de simultanées contre le futur champion du monde à Vevey. Il avait joué en consultation avec André Chéron, une partie gagnée rapidement par Alekhine. Par contre, sur un autre échiquier jouait le professeur Rivier de Lausanne, accompagné du joueur bâlois Preiswerk. Alekhine avait sacrifié la qualité pour annoncer un mat en 6 coups, une suite qui s’avéra incorrecte ! Alekhine, déstabilisé, finit par perdre la partie après 6 heures de jeu ! (Voir RSE 1925 p.155)

Dans la revue russe Shakhmaty de 1929 on trouve cette partie datée du 6 octobre 1926. Cela semble peu probable car aucune trace n’existe dans la RSE. Le nom d’Ormond n’est pas mentionné, mais c’est sans doute la partie du 5 octobre 1925. Toutefois le 6 octobre, Chéron et Ormond s’inclinaient à nouveau en simultanée contre Alekhine.

Ormond obtint sa revanche après près d’une décennie, il fut le seul à vaincre le champion du monde dans une simultanée à Lausanne le 4 mars 1934 !

Alexander Alekhine - André Chéron ; Exhibition - Vevey, 1925

1.e4 e5 2.d4 exd4 3.c3 e7 4.cxd4 xe4+ 5.e2 xg2 6.f3 g6 7.e2 e7 8.bc3 c6 9.f4 d6 10.0-0 f5 11.e1 c7 12.b3 a6 13.cd5 a5 14.e5 cxd5 15.xd5 d8 16.g5 1-0

Alekhine - Chéron, après 16.g5 1-0

Jean-Louis Ormond m’avait parlé d’André Chéron (1895-1980) comme d’un homme au caractère bien trempé, n’hésitant pas à provoquer la polémique, au travers de ses publications dans la presse, avec ses contradicteurs.

« Monsieur parle des échecs comme un aveugle de la peinture, uniquement par ouï-dire. »

Il pouvait même se montrer vindicatif, notamment avec le maître Erwin Voellmy (1886-1951) qui avait refusé de publier une de ses études dans les années 20 ! Dans « La Feuille d’Avis de Lausanne », Chéron avait écrit le 18 novembre 1930 à propos de Voellmy (ancien rédacteur de la RSE) :

« Son activité échiquéenne consiste uniquement à commenter doctoralement ce que font les autres. Ce genre d’activité, s’il ne fait pas faire un pas en avant à la science des échecs, présente en revanche l’avantage, pour celui qui le pratique, de le mettre à l’abri des dangers de méningite, anticipation ou démolition. »

Erwin Voellmy en 1912

Chéron était devenu par ses écrits dans la « Revue Suisse d’Echecs », la « Feuille d’Avis de Lausanne », la « Gazette de Lausanne » et la « Tribune de Genève » la référence dans la presse romande.

« Je suis né à Colombes (Seine), le 26 septembre 1895. Depuis 1912, je suis en séjour à Leysin, pour cause de tuberculose pulmonaire, et depuis 1933, j’habite la « Villa Les Glaciers » que j’ai fait bâtir. » A. Chéron en 1970

En 1922 André Chéron résidait à Leysin et n’était certainement pas étranger à la naissance d’un club d’échecs dans cette station des Alpes vaudoises. Il remporta le premier championnat organisé par son nouveau club. Son niveau lui permettait de se confronter avec les meilleurs vaudois. Le 25 mars 1923, il tint tête au maître lausannois Jack Ounine dans une simultanée (+14=2) et, lors du 27e championnat suisse à Berne, Chéron remporta le tournoi « B » avec 7 points sur 7 !

Nouveau traîté complet dÉchecs par André Chéron

À l’époque, je connaissais peu de chose du joueur, sa notoriété était due essentiellement à ses nombreuses chroniques d’échecs. Un livre m’avait été recommandé comme une référence incontournable : « Nouveau Traité complet d’échecs - La fin de partie »

« En 1952 , je publie chez l’éditeur Yves Demailly mon « Nouveau Traité complet d’échecs. La fin de partie. », ouvrage qui m’a coûté 20 ans de recherches approfondies. Ce livre contient , sur 786 pages, environ 1100 fins de parties. J’y ai condensé toutes mes études et monographies qui ont paru auparavant. » Chéron en 1970

Mais en réalité peu de joueurs l’avaient vraiment lu et étudié. Il avait la réputation d’être trop compliqué et les analyses beaucoup trop détaillées, trop longues.

«  Trop compliqué ? Moi ? Mais ce n’est pas de ma faute, je n’y suis pour rien. C’est le jeu d’échecs qui est terriblement compliqué, bien plus compliqué que beaucoup de mes confrères ne veuillent admettre. Voyez-vous, vous avez beau rechercher la simplicité et la brièveté, au fond je ne fais que cela, mais il est des positions irréductibles à une réponse simple et où la preuve de vos allégations prend forcément une certaine ampleur. » Chéron en 1970

Au début des années 1970 le travail d’analyste de Chéron se voyait supplanté par celui des Soviétiques dont les analyses étaient jugées plus concises.

« C’est vrai. D’ailleurs les Russes ont une série de compositeurs et de spécialistes des finales absolument prodigieux (Kubbel, Grigoriev, Gorgiev, Kasparian et j’en passe). Ils foisonnent d’idées spectaculaires. Mais leur point faible, vous le connaissez ? Leur point faible, c’est précisément l’analyse. Ils oublient fréquemment des variantes importantes. Ils ne fournissent pas toujours la démonstration rigoureuse de l’exactitude de leurs études. » Chéron en 1970

Un ami libraire m’avait offert à la fin des années 60 le « Nouveau Manuel d’Echecs du Débutant » dont j’extrais cette citation :

« Le jeu d’échecs est le roi des jeux de l’esprit. Il ignore le hasard, cette injustice qui vient si souvent décourager le talent. Vous devriez apprendre à jouer aux échecs. »

Ce manuel fut réédité plusieurs fois et j’ai conservé une édition de 1951 (Ed. Payot Paris). Comme le 3e champion de l’histoire Capablanca, Chéron insistait en premier lieu sur la fin de partie avec cet argument :

« C’est de la folie de vouloir manœuvrer 32 pièces quand on ne sait pas mener correctement un pion à Dame. »

Chéron cherchait à approfondir ce genre de question et y consacra plusieurs articles - La promotion dans le problème - dans les « Cahiers de l’échiquier français ».

En parcourant à nouveau son manuel du débutant, c’est surtout cette remarque pertinente qui interpelle aujourd’hui :

« Vous devez coordonner l’action de vos pièces, et c’est là un principe essentiel qui domine tout. »

Chéron cherchait à approfondir ce genre de question et y consacra plusieurs articles - La promotion dans le problème - dans les « Cahiers de l’échiquier français ».

En parcourant à nouveau son manuel du débutant, c’est surtout cette remarque pertinente qui interpelle aujourd’hui :

« Vous devez coordonner l’action de vos pièces, et c’est là un principe essentiel qui domine tout. »

Voici sa première partie publiée dans la Revue suisse d’échecs. Son adversaire Adolf Seitz, d’origine allemande (1898-1970), était un joueur et journaliste qui s’était établi en Argentine après l’Olympiade de 1939.

Jakob Adolf Seitz

Adolf Seitz - André Chéron, Berne, 1923

1.d4 d5 2.f3 c5 3.e3 e6 4.e2 c6 5.0-0 f6 6.bd2

Les Blancs se développent logiquement, un exemple historique 6.a3 d6 7.dxc5 xc5 8.b4 d6 9.b2 0-0 10.c4 dxc4 11.xc4 e5 += Blackburne,J-Pillsbury,H London 1899

6...c4?!

Sans doute prématuré car la réaction centrale qui va suivre favorise les Blancs.

7.c3 b5 8.e4 b7

« Si 8...dxe4 9.g5 regagnerait vite le pion et les Noirs resteraient avec un pion faible en c4. » Chéron

9.e5 d7 10.e1 g6

« Ce coup est nécessaire afin de parer la menace f4 suivi de g4 et f5 qui donnerait une forte attaque aux Blancs. Il crée bien un trou à f6, mais comme aucune pièce blanche ne pourra y accéder, cela n’a aucune importance. » Chéron

11.f4 h5 12.df3 e7 13.g5 f5 14.f3 a5 15.h3

« Menaçant g2.g4 ! » Chéron

15...g7 16.ef3 e7 17.e1 g8? 18.h4 f8?

Le plan des Noirs de jouer sur l’aile-Roi est douteux car le Roi au centre est mal si la position s’ouvre.

Adolf Seitz - André Chéron, après 18...f8?

19.a4

« Une faute grave qui va permettre aux Noirs de fixer définitivement le pion arriéré b2. » Chéron

Chéron sous-estime les possibilités d’ouvrir la position sur l’aile-Dame pour les Blancs, un exemple 19.b3! h7 20.xf5+ exf5 21.a3+ d7 22.xh7 xh7 23.bxc4 bxc4 24.b1 c6 25.xc4! dxc4 26.d5! avec une terrible attaque.

19...bxa4 20.xa4

Plus logique 20.Fd1 qui évite de perdre des temps.

20...c6 21.a2 a4 22.d1 d7

« Ce coup est un piège. Il invite les Blancs à jouer 23.Cxf5+ avec une attaque apparemment décisive. » Chéron

23.c2

Il n’y avait pas de véritable objection à 23.xf5+ exf5 (23...gxf5 24.xh5) 24.e3 suivi de la poussée e6.

23...h6

« Ce coup force presque les Blancs à tomber dans le piège. Il menace d’échanger l’inutile Fou noir contre le puissant Cavalier, ce qui briserait l’attaque des Blancs, objectif que doivent d’abord atteindre les Noirs avant de commencer les opérations contre le pion b2. » Chéron

24.xf5+ exf5 25.e6

Le rédacteur de la RSE, Voellmy préférait 25.h4 suivi de 26.Te3.

25...fxe6 26.xe6 xe6 « La clé du piège. » Chéron

Adolf Seitz - André Chéron, après 26...xe6

27.e3 xe3+ 28.xe3+ f7

« Les Blancs ont maintenant une Dame contre Tour et Cavalier, ce qui, à positions égales, suffirait pour leur assurer le gain. Mais ici les positions sont loin d’être égales. La Tour h8 et le Cavalier d7 des Noirs ont en effet leur entière liberté de manœuvrer, tandis que toutes les pièces blanches sont enfermées hermétiquement et par conséquent incapables de nuire. La Dame prisonnière ne peut qu’aller et venir comme un lion en cage. Les Blancs ne peuvent non plus se libérer par h3 suivi de g4 à cause de …Cd7-Cf6. Les Blancs sont donc réduits à un jeu exclusif d’attente et de défense, tous leurs coups étant indifféremment inutiles et sans portée. Il en résulte que les Noirs ont seuls des chances de gain ; ils ont donc la meilleure partie. » Chéron

29.f3 he8 30.d2 f6 31.g3 e4

Adolf Seitz - André Chéron, après 31...e4

32.xe4

Le seul Fou qui  attaque les pions noirs ne devait pas être échangé, mieux valait donc 32.Fe1. Voellmy

32...xe4 33.f2 g7 34.a1 b8 35.a2 e7 36.d1 b3 37.c2 d6 38.a1

Adolf Seitz - André Chéron, après 38.a1

38...xd4?! « Une belle surprise. » Voellmy

39.cxd4 xd4+ 40.e1 xb2 41.a2?!

Les Blancs n’ont qu’un Fou et 3 pions passés sur l’aile Dame qui peuvent devenir dangereux, mais la compensation doit être insuffisante si les Blancs trouvent de l’activité pour leurs pièces. Par exemple 41.d1! a3 42.c1 c3+ 43.f1 c5 44.e2 qui menace 45.Fxa3 suivi de 46.De7+-

« Une figure sans ligne ouverte est comme un poumon sans air. » Chéron

41...a3 42.c1 a4 43.xb2?

« Les Blancs laissent probablement échapper ici une chance de nullité. Ils devaient jouer 43.xb2 et ici :

a) 43...axb2 44.xb2 e3+ 45.d2 xc2 46.xe3 e4 47.d4 partie nulle. C’est toutefois aux Noirs de la prouver avec 47...c7
b) 43...xb2 44.xa4 xa2 45.a6+?! c5 46.a5+ d4 47.b6+ et les Blancs doivent se contenter de l’échec perpétuel. » Chéron

43...axb2 44.b1?

44.xb2 e3+ 45.f2 xc2 46.xe3 c5 47.a3+ b5 48.e7 a4 49.d2 et la finale de Fous de couleur opposée permet de résister avec un blocus des cases noires.

44...c3 45.xb2 cxb2 46.d2 d4

« Les Noirs menacent maintenant de jouer tranquillement leur Roi d6-c5-b4-a3 et ensuite leur Tour via c3-c2-c1. » Chéron

47.e1 b1 48.e5+ 0-1

Adolf Seitz - André Chéron, après 48.e5+ 0-1

« La limite du temps étant écoulée, la partie fut interrompue ici et la position remise au jury. MM. Johner et Voellmy donnèrent partie gagnée aux Noirs. En effet le Roi noir pour échapper aux échecs perpétuels n’a qu’à se réfugier à a6. » Chéron

« Une partie très courageusement jouée par M. Chéron. » Voellmy

Elle caractérise les incertitudes de l’époque avec des rebondissements provoqués par une vision stratégique quelque peu surestimée à cause des ressources tactiques qui ont échappé à l’analyse.

C’est à partir de 1923 que Chéron se spécialise dans l’étude des fins de partie en publiant chez l’éditeur J. Borloz à Aigle un petit opuscule sur ses recherches sur Tour et pion contre Tour. Ses premières études sur ce thème furent publiées en mai 1926 dans la Revue suisse d’échecs.

Mais il est d’abord considéré comme un joueur prometteur. André Chéron confirma en remportant 3 fois le titre de champion de France ; Biarritz 1926, Chamonix 1927 et Saint-Claude 1929. Chamonix son meilleur score 8 points sur 9.

Chamonix 1927. De gauche à droite: Fauque, Polikier, Gaudin, Duchamp, Chéron, Bienstock, Gibaud, Fabre, Renaud.

En 1924 Chéron quitte momentanément Leysin dont il était devenu le meilleur joueur. Peu avant son départ, lors d’une simultanée, il avait remporté 15 victoires sur 16. Pour sa première participation au tournoi maître du championnat suisse 1924, Chéron obtient la 5e place avec 4,5 points sur 9. Il est alors domicilié à Lyon.

Paul Johner par Voellmy

Paul Johner (1887-1938) 6 fois champion suisse.

En 1925 Chéron est de retour à Leysin et dispute une simultanée sur 22 échiquiers (+20 -2) avant de jouer le championnat suisse à Zürich. Le tournoi est outrageusement dominé par le maître Paul Johner (+9 =2) qui termine avec 3 points d’avance. Petite déconvenue pour Chéron qui obtient la 7e place (+3 =4 -4).

En 1926 à Genève, Chéron subit une véritable déroute lors du XXXe championnat suisse en partageant la dernière place (+1 =3 -7). Il prendra sa revanche en remportant peu après le titre de champion de France. A partir de ce moment, Il publia régulièrement dans les Bulletins de la FFE des études théoriques sur les débuts de parties.

Article théorique d'André Chéron FFE

Le 9 mai 1927 à Genève, Chéron affronta Efim Bogoljubov (1889-1952) lors d’une simultanée à la pendule sur 10 échiquiers. C’était les grandes années de Bogoljubov, vainqueur du célèbre tournoi de Moscou 1925. Il allait bientôt défier Alekhine, titre mondial en jeu, en 1929.

Soirée peu convaincante pour le double vainqueur du championnat de l’URSS 1924-25 devenu allemand. Il n’obtint que 3 victoires pour 2 défaites et 5 nulles.

Efim Bogoljubov par Voellmy

Efim Bogoljubov - André Chéron, Genève, 1927

1.e4 e5 2.f4 exf4 3.c4 f6 4.c3 c6

« Ce coup suggéré par Jaenisch et analysé par Bogoljubov garantit aux Noirs une bonne position. » GM Korchnoi

« C’est donc avec ses propres armes que le Maître a été combattu. » Chéron

5.e2 c5

La pratique retient 5...d5 6.exd5+ e7 7.d4 0-0 et les Noirs n’ont pas de problème.

6.f3

« Si 6.xf7+? xf7 7.c4+ d5 8.xc5 ne ferait que développer les Noirs. » Chéron

6...0-0 7.d4 b6 8.e5 d5 9.d3 g4 10.xf4 xd4 11.exf6 e8

Efim Bogoljubov - André Chéron, après 11...e8

12.xd4

« Evidemment la seule continuation possible. »  Chéron

12...xe2 13.dxe2 xf6 14.0-0

« Les 3 pièces mineures valent plus que la Dame, mais les Noirs ont 2 pions de plus et un centre formidable, ce qui leur assure un léger avantage. » Chéron

14...d7 15.c7 e7 16.g3?! e5!

« Assurant l’échange du Fou c7 et la liberté de manœuvre sur les cases noires. » Chéron

17.xe5 c5+ 18.h1 xe5 19.ce2 ae8 20.b4 0-1

Efim Bogoljubov - André Chéron, après 20.b4

La partie se poursuivit encore plus d’une vingtaine de coups et Chéron finit par l’emporter. Après 20...xb4! 21.ab1 e7 22.f5 f8 23.eg3 Chéron jugeait l’attaque dangereuse. Pourtant 23...g6 24.d4 e3 25.xb7 c5! 26.f3 c4 -+ gagne une pièce.

Les participants de l’Olympiade La Haye 1928.
Tout à gauche Duchamp, 2e tout à droite Chéron 3e Muffang 4e Betbeder 5e Crépeaux

En 1927 Chéron joue au 1er échiquier de l’équipe de France à l’Olympiade de Londres. Son résultat ne correspondit pas à ses attentes (+1 =7 -7), mais il devait faire face à une opposition redoutable. Une victoire contre Romih (Italie) et quelques nulles contre des joueurs prestigieux de la trempe de Euwe et Tarrasch.

En 1928 au championnat du monde des amateurs, un tournoi parallèle à l’Olympiade de La Haye, Chéron se classa 9e sur 16 joueurs (+3 =6 -6). Ce fut sa seule participation individuelle à un tournoi international. Il remporta une miniature contre le joueur compositeur de problèmes polonais Dawid Przepiorka (1880-1940) le privant de la médaille d’or au premier échiquier, devancé ainsi par le futur champion du monde Max Euwe.

Dawid Przepiorka par Voellmy

Dawid Przepiorka - André Chéron, World Amateur-ch The Hague (7), 26.07.1928

1.d4 d5 2.c4 c6 3.f3 f6 4.c3 dxc4 5.a4 f5 6.e5 e6 7.f3 b4 8.e4

La suite la plus conséquente pour obtenir un avantage.

8...xe4!

Il n’y a rien d’autre et ce sacrifice où les Noirs obtiennent 3 pions pour la pièce fait partie de la routine de nos jours, mais en 1928 c’était probablement expérimental.

9.fxe4 xe4

Dawid Przepiorka - André Chéron, 9...xe4

10.f3

10.d2! est considéré comme la suite critique après 10...xd4 11.xe4 xe4+ 12.e2 xd2+ 13.xd2 d5+ 14.c2 a6 15.xc4 , etc.

10...xd4 11.xf7+ d8 12.xg7??

Les Blancs ne peuvent que reculer l’issue fatale selon Tartakower.
Cependant critique est 12.g5+! xg5 13.xg7 xc3+ 14.bxc3 xc3+ 15.e2 c2+ 16.e1 c3+=

12...xc3+ 13.bxc3 f2+ 14.d1 xc3# 0-1

Dawid Przepiorka - André Chéron, 14...xc3# 0-1

Ormond m’avait rapporté que pendant la première guerre mondiale le maître Przepiorka avait donné une simultanée à Vevey au profit de la « Croix Rouge » polonaise. Lors de l’invasion de la Pologne par les nazis en 39, il fut arrêté par la Gestapo et au vu de ses origines juives exécuté peu après.

Sanatorium de Leysin aux environs de 1930

En 1930 Chéron renonce à participer, en tant que tenant du titre, au championnat de France en évoquant des raisons de santé et se retire de la compétition. Peut-être aussi que sa réputation de brillant théoricien était écornée par l’absence de résultats probants du praticien. En 1933 Chéron s’établit définitivement à Leysin.

« Sa situation et son air pur et sec en ont fait un endroit propice à l’héliothérapie. Au début du XIXe siècle, c’était un traitement jugé efficace contre la tuberculose osseuse. A sa grande époque Leysin a pu accueillir jusqu’à 2500 malades. » Alain Pallier

Depuis 1912 et jusqu’en 1916 Chéron a été soigné à Leysin.

« La chimiste et physicienne Irène Joliot-Curie (1897-1956) qui a séjourné plusieurs fois à Leysin pour soigner sa tuberculose, y a fait en particulier un séjour d’environ 6 mois de novembre 1942 à mai 1943. André Chéron l’a alors rencontrée. » Alain Pallier

Irène Joliot Curie
André Chéron

« Elle reçut la visite régulière d’un ancien tuberculeux. Passionné de jeux de cartes (Chéron a aussi écrit quelques livres sur le bridge GB) et de mathématiques M. Chéron n’avait pu se réhabituer, après son long séjour en sanatorium, à la vie en plaine. Il s’était définitivement installé à Leysin. Pour les malades, il était la preuve vivante que l’on pouvait guérir. » Marianne Chouchan (dans son livre Irène Joliot-Curie ou la science au cœur).

Chéron devait décéder des suites d’une courte maladie le 12 septembre 1980. Il demeura passionné d’études et de problèmes jusqu’à la fin de sa vie. Dans le courrier des lecteurs de mars 1980 Chéron écrivit dans le magazine Europe-Echecs .

« Voici un exemple du génie de Troitzky, mais son manque de rigueur dans l’analyse. Il est tiré de mon manuscrit - mes meilleures fins de partie - (environ une centaine de pages imprimées) pour lequel je cherche un éditeur en France. »

Ce recueil n’a jamais été publié précise Alain Pallier…

Voici une étude basée sur celle du compositeur Troitzky revue et corrigée par Chéron publiée dans le  « Journal de Genève » du 9 février 1974 qui était inclue dans son manuscrit.

André Chéron, Journal de Genève 1974

Les Blancs jouent et gagnent. Dédié à mon ami Harold Lommer

1.f4+ b3 2.e7 e3 3.f3! d5 4.e6! 1-0

« Je ne donnerai que le premier coup blanc, les analyses complètes couvriraient une page de E.E. rien que pour les 4e coups noirs. » 4...xf3 5.xd5+ – 4...a2 5.xd5+ – 4...c4 5.xd5+ – 4...xb2 5.e8! – 4...c2 5.e84...a4 5.xd5+ – 4...b4 5.e8!

Une étude doit avoir une solution unique pour être considérée comme valide. Chéron avait démoli l’étude de son prédécesseur et de nos jours, c’est l’intelligence artificielle qui s’en charge la plupart du temps…

« Je tiens à remercier Gérard Demuydt pour la mise en ligne de mes articles, le Musée du jeu de la Tours-de-Peilz pour m’avoir permis de consulter la bibliothèque de Ken Whyld et tous les lecteurs de leur soutien. » Georges Bertola

Sources principales :

– La Revue suisse d’échecs
Les Bulletins de la FFE
Les Cahiers de l’échiquier français
La Revue Phenix 308 Excellente brochure d’Alain Pallier consacrée surtout aux problèmes et aux études de Chéron.

Phenix 308

Rectificatif de M. Alain Pallier, le 3 août 2022

Je saisis l’occasion de la publication de votre article sur Chéron pour une précision. De ceci, je ne sais pas ce qu’un lecteur d’EE peut comprendre : « La Revue Phenix 308 Excellente brochure d’Alain Pallier consacrée surtout aux problèmes et aux études de Chéron. »

D’abord, le terme « brochure » ne convient pas. Regardez la définition qui en est donnée : https://fr.wikipedia.org/wiki/Brochure

Phénix est bel et bien une revue mais il faudrait alors dire, si on veut la présenter (la page de couverture n’apportant franchement rien) qu’elle est consacrée à la composition (le numéro « spécial » consacré à Chéron n’étant pas représentatif) : Phénix publie dans chaque numéro des articles sur les différents genres de la composition échiquéenne, organise des concours, etc. Et parfois on y présente un compositeur d’aujourd’hui ou du passé : mais, si l'on remplace brochure par revue, ce n'est en rien "d'Alain Pallier", je n'en suis qu'un collaborateur.

Enfin, hmm hmm, pour l’anecdote, je n’ai pas gardé le souvenir que G. Demuydt était passionné par les études... Enfin, on peut changer !

Cordialement

Alain Pallier

Les parties de l'article : André Chéron triple champion de France

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Les réactions (1)

  • manonchess

    Chéron était probablement pris entre deux feux, du feu dont il avait le regard, d'un œil esthète et de l'autre mathématicien.
    Peut-être que son aversion de l'approximation a abouti à une hypertrophie de l'œil mathématicien et à l'élaboration de nombreuses études echiqueennes.
    Ceci au prix d'un travail acharné qui explique ses performances en dents de scie en tournoi.
    Au final, le précepte est toujours actuel : esthétisme et intuition ne sauraient remplacer un calcul précis et exhaustif des variantes.