Fischer – Unzicker, 1970

Fischer et Unzicker en 1966 (Najdorf, Portisch, Larsen et Ivkov en spectateurs)
Georges Bertola vous propose « Les grandes parties du passé ». Une partie Espagnole variante d'échange impressionnante - avec le thème de la fameuse partie Lasker - Capablanca - car il est difficile de trouver une erreur évidente dans le jeu défensif noir.


Cette partie fut considérée comme la meilleure de l’Informateur n°11. Le GM ouest-allemand Wolfgang Unzicker (1925 -2006), c’était une époque où il y avait encore deux Allemagnes, jouait au premier échiquier et ce fut sa seule défaite de toute l’Olympiade disputée dans la petite ville allemande de Siegen !

La ronde précédente fut le point culminant avec le match au sommet URSS-USA qui avait attiré plus de 4500 spectateurs.

Spassky et Unzicker, Siegen 1970 observant Polugaevsky. De dos, Fischer observé par Korchnoi

Les deux nations les plus puissantes du monde et surtout les deux plus forts joueurs du monde, Boris Spassky et Robert Fischer, s’étaient confrontés dans une lutte titanesque qui s’était terminée avec la victoire de Spassky. Autour de l’échiquier une foule considérable s’était amassée et ce fut sans aucun doute le point culminant de la carrière de Spassky. Fischer qui voulait absolument gagner ressentit ce jour-là une terrible déception. Voici l’impression laissée par Spassky sur le jeu de son grand rival.

« Il y a quelques secrets que je ne peux dire sur ce sujet. Je pense que Bobby a un style très pur, un caractère original et s’il sait quelque chose, il y croit. Peut-être qu’il n’aime pas trop réfléchir sur un plan personnel mais il étudie ce qui est écrit dans les livres. Il étudie tout. Ceci implique que durant la partie, dans la lutte , il n’est pas trop créatif. C’est une faiblesse chez Bobby. Bien sûr, je pense que Fischer est la personnalité du monde des échecs la plus intéressante pour le public et pour moi aussi. J’aimerais le voir jouer, je voudrais jouer un match contre lui. » Spassky champion du monde à Siegen

Spassky et Fischer sous le regard de Gheorghiu à Siegen

La ronde suivante Fischer se retrouvait face à celui que l’on désigna comme le plus fort amateur du monde car Unzicker avait fait des études de droit et pratiquait le jeu en amateur.

Wolfgang Unzicker à Milan en 1975

La première fois que je remarquais le jeu d’Unzicker ce fut lors du tournoi international de Milan 1975. Je venais d’arriver à l’Hotel Leonardo da Vinci et il venait de battre l’ex-champion du monde Mikhaïl Tal en conduisant les blancs. Dans la soirée, je montrais la partie à un de mes amis venu me rejoindre. « Superbe partie de Micha, quel tacticien ! » s’exclama-t-il. Et je devais préciser : « Sauf qu’il jouait avec les noirs ! »

La dernière rencontre fut lors des 70 ans de Viktor Korchnoi. Unzicker avait été invité pour jouer un tournoi rapide à Zürich, organisé par William Wirth, et j’ai pu échanger quelques mots à propos de sa carrière.

Le livre de Wolfgang Unzicker avec sa signature

Unzicker avait débuté tardivement, à 14 ans, et, en 1939, il avait suivi un séminaire avec les meilleurs allemands dont Klaus Junge.

« Junge avait un an de plus que moi mais à l’époque il était beaucoup plus fort et avait surtout beaucoup plus d’expérience. J’avais appris les échecs avec mon père et mon frère aîné Gerhardt. Malheureusement, il est tombé en janvier 1945 sur le front de l’Est. J’ai joué mon premier tournoi à 16 ans en 1941 alors que Junge avait déjà une réputation et un niveau de Grand-Maître. »

Sur l’échiquier Unzicker avait rencontré tous les champions du monde depuis Alekhine (en simultanée à Munich en 1941) et, avant que je ne lui pose la question :

« Le meilleur était peut-être Bobby Fischer ! Huit fois je me suis retrouvé assis face à lui, quatre défaites, trois nulles et une victoire. La partie que j’ai remporté (Buenos Aires 1960) ne m’a pas apporté beaucoup de satisfaction car il avait commis une lourde faute. »

Fischer et Unzicker en 1966 (Najdorf, Portisch, Larsen et Ivkov en spectateurs)

L’une des personnalités qu’il admirait le plus était le Docteur Tarrasch qui aurait eu plus de chance de devenir champion du monde en 1894 s’il avait défié Steinitz car lors de son match contre Lasker en 1908, il n’était plus au sommet de sa forme.  

« Tarrasch n’était pas seulement un grand joueur mais aussi un grand professeur, peut-être le plus grand ! »

Quelles sont les qualités nécessaires pour bien jouer ?

« Il faut un certain talent et, si vous l’avez, vous deviendrez rapidement un amoureux du jeu. Mais il faut aussi beaucoup travailler. Aujourd’hui vous ne pouvez jouer sans une connaissance approfondie des ouvertures. Si vous ouvrez du pion Roi par exemple, vous devez avoir un répertoire pour contrer « e5 », la Française ou la Sicilienne. C’est devenu beaucoup plus difficile, plus professionnel ! » Unzicker Zürich 2001

Robert James Fischer, Siegen 1970
Wolfgang Unzicker, Siegen 1970

« Le pion est un élément de la position parmi d’autres. Pendant un temps assez long sa position ne change pas, cependant elle détermine, dans une grande mesure, le caractère de la partie. Par conséquent il est un facteur déterminant du plan. » Lasker

Fischer,Robert James - Unzicker,Wolfgang, Olympiad-19 Final A Siegen (7), 21.09.1970. Espagnole variante d'échange [C69]

1.e4 e5 2.f3 c6 3.b5 a6 4.xc6

À l’Olympiade de la Havane en 1966 Fischer avait ressuscité la variante d’échange que Lasker utilisa avec succès contre Alekhine et Capablanca au tournoi de Saint-Pétersbourg 1914.

4...dxc6

« Cette reprise est tellement évidente que la plupart des commentateurs n’en parlent pas. Après 4...bxc6 5.d4 exd4 6.xd4 et si 6...f6 7.d3! += les blancs conservent une initiative durable. » Fischer. Un exemple 7...c5 8.0-0 e7 9.c3 0-0? 10.c4 b6 11.g5+-

« En reprenant avec le pion d, les noirs ont ouvert une diagonale pour leur Fou de cases  blanches et une colonne pour la Dame, ce qui signifie que, même sans bouger, ces deux pièces sont déjà à moitié développées. » GM van der Sterren

La compensation pour les noirs se trouve dans la dynamique des pièces car si l’on enlève toutes les pièces, sauf les Rois, cette structure de pions permet aux blancs de remporter la victoire, un exercice recommandé par Koblenz qui fut le secondant de Tal.

5.0-0!?

Après 5.0-0!?

C’est le coup le plus souple et depuis le jour où Bobby Fischer l’a adopté c’est devenu la variante principale. Voici l’exemple historique : 5.d4 exd4 6.xd4 xd4 7.xd4 d6 8.c3 e7 9.0-0 0-0 10.f4 e8 11.b3 f6 12.f5 b6 13.f4 b7 14.xd6 cxd6 15.d4 ad8 16.e6 d7 17.ad1 c8 18.f2 b5 19.fd2 de7 20.b4 f7 21.a3 a8 22.f2 a7 23.g4 h6 24.d3 a5 25.h4 axb4 26.axb4 ae7 27.f3 g8 28.f4 g6 29.g3 g5+ 30.f3 b6 31.hxg5 hxg5 32.h3 d7 33.g3 e8 34.dh1 b7 35.e5 dxe5 36.e4 d5 37.6c5 c8 38.xd7 xd7 39.h7 f8 40.a1 d8 41.a8+ c8 42.c5 1-0 (42) Lasker,E-Capablanca,J St Petersburg 1914.

« Après le 7e coup des blancs, la position leur est favorable à cause du simple fait que les blancs ont une saine majorité sur l’aile Roi (ce qui signifie que logiquement cette majorité permettra la création d’un pion passé), tandis que la majorité noire sur l’aile opposée, handicapée à cet égard par les pions doublés, ne peut pas espérer obtenir le même résultat (du moins pas sans l’aide des blancs).  Malheureusement pour les blancs (et heureusement pour les noirs), il y a aussi quelques inconvénients dans ce plan magnifique de simplicité. La poussée d4 ouvre davantage la position, la paire de Fous des noirs gagnera en puissance et leurs Tours trouveront une position dominante sur les colonnes centrales d et e. Après un grand roque noir (7…Fd7 suivi de 8…0-0-0 par exemple), les noirs ont de bonnes perspectives d’attaque sur le pion e4 et de prendre l’initiative avec des coups comme …c5,…Te8 et …f5. » GM van der Sterren

5...f6

Une défense solide du pion e5 ponctuée par un « ! » par Fischer. Sur le plan théorique nous sommes à la croisée des chemins, défendre avec une pièce 5…Fd6, 5…Dd6 ou f6 ou encore l’agressif 5…Fg4 sont les autres possibilités les plus fréquentes.

6.d4 exd4

Selon Fischer le meilleur coup est 6...g4!? mais 7.c3! qui implique un gambit est prometteur après 7...exd4 (7...d6 qui consolide le centre est l’autre possibilité pointée par Fischer sans doute la suite critique.) 8.cxd4 et l’acceptation du pion est risquée 8...xf3?! 9.xf3 xd4 10.d1 c4 11.f4 d6 (11...f7 12.c3!?) 12.xd6 cxd6 13.xd6 +=

Deux adversaires de Fischer ont préféré 8...d7 9.h3 et ici :

9...h5 10.e5! xd1 11.xd7 xd7 12.xd1 e8 Fischer,R-Jimenez Zerquera,E Havana 1966. 13.Cc3!? Fischer)

9...e6 10.c3 0-0-0 11.f4 e7 12.c1 g6 13.g3 d6 14.a4! += Fischer,R-Gligoric,S Havana 1966

Dans une partie Fischer-Spassky du championnat du monde de 1972, les noirs ont égalisé facilement après 7.dxe5 xd1 8.xd1 fxe5 9.d3 d6 10.bd2 f6 11.c4 xe4 12.cxe5 xf3 13.xf3 0-0 = ½-½ (60) Fischer,R-Spassky,B Reykjavik 1972

7.xd4 e7

7...c5 8.e2 (ou 8.b3) 8...xd1 9.xd1 produit maintenant le résultat souhaité d’être relativement favorable aux blancs par rapport à 5.d4 immédiatement, puisque le roque a été très utile aux blancs alors que le coup 5…f6 est pratiquement inutile dans ce genre de position. GM van der Sterren

Dans la pratique c’est loin d’être aussi simple après 9...d7 10.bc3 0-0-0 11.e3 e8 12.d2 c6 13.ad1 b6 14.f3 e7 15.f4 g6 16.xg6 hxg6 Balogh,C (2527)-Bacrot,E (2718) Bastia 2004 a démontré que la paire de Fous et la colonne "h" ouverte offrent de bonnes perspectives pour les noirs à long terme.

8.e3

Le coup choisit par Unzicker visait à neutraliser le jeu de pièces des blancs après 8.f4 g6 9.g3 c5 10.b3 d6! GM Soltis.

8...g6 9.d2!

Après 9.c3 d6 10.f4 0-0 11.d3 e8 12.ae1 h8 13.a3 d7 14.b3 d8 15.e2 c8 les noirs ont pu terminer le développement sans problèmes. Jamieson,R (2420)-Unzicker,W (2530) Haifa 1976

9...d6 10.c4

Un partie Karpov-Klovans (URSS 1971) se poursuivit avec 10.c3 0-0 11.b3+ h8 12.f5 xf5 13.exf5 h4 14.xb7?! et ici les noirs pouvaient compliquer avantageusement avec 14...xh2+!? 15.xh2 d5 16.g1 xf5 =+

10...0-0 11.d3!?

Amélioration de Fischer, la pratique connaissait 11.xd6 cxd6 12.d2 e8 13.f3 e5 14.f2 d5 = Barczay,L-Portisch,L Sousse 1967

11...e5

Met en lumière un petit problème dans la poursuite logique du développement, si 11...d7 12.b3!; et si 11...h8 12.ad1 +=

12.xe5 xe5

Après 12...fxe5 13.b3+ h8 14.e6 xe6 15.xe6 les blancs ont éliminé la petite qualité adverse, soit la paire de Fous, et disposent de la meilleure structure de pions. « Qu’est-ce qui compte le plus, la paire de Fous ou la majorité de pions sur l’aile Roi ? » Kasparov

13.f4

« Limite l’action des fous. C’est typique de Fischer de ne pas se préoccuper de la présence des Fous de couleurs opposées ou d’éventuelle simplifications. De nos jours, il n’y a peut-être plus personne d’autre que lui qui croit à l’accumulation des petits avantages » GM Suetin

13...d6

Pourtant la tentation d’entrer dans une finale de fous de couleurs opposées était une possibilité à considérer après 13...xd4 14.xd4 et ici Soltis relève que ce genre de finale favorise l’attaquant après 14...e6 15.f3!?

Intéressante est la suggestion de Lakdawala 15.f5 f7 16.e3 e8 17.e5! fxe5 18.xe5 avec la menace 19.Dg3 et des problèmes sur les cases noires et le roque noir.)

14.f5!

Après 14.f5!

Ceci introduit le thème de la fameuse partie Lasker-Capablanca ! 
« Ce coup est associé à un plan très bien défini. La formation de pions e5-f5-g4 que les blancs sont en train de créer devrait leur permettre, après une préparation en bonne et due forme, de jouer en vue de deux types possibles de majorité de pions : A) une comportant trois pions contre deux à l’aile Roi en poussant e5 et en échangeant ce pion pour f6, comme dans la partie, et B) en avançant g5 tout en ayant des mesures tactiques suffisantes pour forcer les noirs à jouer …fxg5, créant ainsi un pion passé protégé au centre.» E. Agur

« Naturellement un bon coup mais en soi cette poussée n’est nullement gagnante, est nécessite un jeu correct de la part des blancs et… des erreurs chez les noirs ! » Kasparov

14...e7

« Avec l’idée de connecter les pièces lourdes et repousser les pièces adverses avec la poussée c5, si immédiatement 14...c5 15.b3 et le pion c5 doit tomber 15...b6 16.d5+ +- » GM Soltis

15.f4

La paire de fous étant la compensation des noirs, il est logique de chercher à l’éliminer !

15...xf4

L’autre possibilité était 15...c5!? 16.ae1 (16.h1 e8 17.ae1?! xd4 18.xd4 xf5! un joli petit piège.) 16...b6 17.e3 e8 et les noirs exercent peu à peu une pression sur le pion arriéré.

16.xf4 d7 Les noirs ont résolu le problème du développement ! 17.e1 c5

Ce n’était pas le bon moment pour jouer 17...c5!? selon Soltis qui étaye son jugement sur cette variante 18.b3+ h8 19.f3 c6 20.e5 xf3 21.xf3 fxe5 22.fe3 (« Je n’aime pas ce coup [17...c5] qui bloque le pion c, il fallait jouer la variante ci-dessus et si 22.xb7 ab8 23.xa6 h4 24.f1 xb2 25.c3 xa2 26.xe5 et je pense que l’activité des pièces noires assure la nulle » Lakdawala) 22...xf5 23.xb7 af8 24.xa6 et ici 24...f2 offre du contre-jeu, par exemple 25.xe5 h4 avec la menace 26…Txg2.

18.c3 ae8

Après 18...♖ae8

19.g4!?

« Un geste audacieux lorsque votre adversaire dispose du Fou de cases blanches. Mais en sécurisant f5 les blancs ouvrent la voie pour la poussée e4-e5 et créent aussi des possibilités pour une autre percée, g4-g5. » GM Soltis

19...d6 20.g3 e7

« Presque tous les commentateurs, parmi lesquels Euwe et Barcza, ont préféré 20...c5 21.f3 c6 22.g5 h8 23.h4 fxg5 24.xg5 une position critique du second type mentionné précédemment qui semble même plus critique pour les noirs. » E. Agur

L’ami Fritz trouve une solution tactique qui avait échappé à tous, 24...d2! 25.g3 g5!! 26.xg5 xe1+ 27.f1 et 27...xe4 force un perpétuel après (27...xf1+!? 28.xf1 f7 suivi bientôt de la capture du pion e4 qui offre des possibilités de jouer pour le gain de la part des noirs.) 28.g6+ hxg6 29.h6+ g8 30.xg6+ h8 31.h6+ g8=

21.f3 c5 22.e5!

Ponctué par !! dans l’Informateur sinon 22…Fc6 transforme le pion "e" en une cible. Après l’échange, les blancs se débarrassent du pion faible.

22...fxe5 23.fe4 c6 24.xe5 fe8

Fautif selon le GM Soltis qui préfère 24...xe5 25.xe5 e8 et laisse plusieurs obstacles techniques sur le chemin de la victoire pour les blancs car fondamentalement la structure de pions est toujours à leur avantage.

25.xe7 xe7 26.e5! h6

« L’une des règles élémentaires d’une bonne défense c’est de ne pas aller au-devant des désirs de l’adversaire. Lorsqu’il cherche à provoquer un coup qui modifierait la position de vos figures ou de vos pions, il ne faut pas jouer ce coup aussi longtemps que vous n’y êtes pas forcé… » Un conseil du maître Choumov au XIX siècle ! Voilà pourtant le dilemme, permettre la progression de la majorité ou affaiblir l’aile Roi ? Lakdawala préfère 26...d5 mais il n’y a pas d’objection à poursuivre avec 27.g5!?

27.h4 d7?!

« D’une part Euwe et de l’autre Levy et Keene maintiennent que 27...d2 (27...Dd5) eussent été corrects ici. Toutefois, comme le mentionne Euwe, les blancs devaient garder les meilleures perspectives en finale après 28.f2 d5 29.xc6 xe1+ 30.xe1 xc6 » E. Agur

Faut-il encore pouvoir le démontrer car les blancs peuvent créer un pion passé sur l’aile Roi, donc vulnérable à cause de la présence du Roi adverse et avec les Dames, la sécurité des Rois est aléatoire…

Intéressant 27...e8!? (GM Müller) par exemple 28.g5 (28.f4 d5) 28...hxg5 29.hxg5 d2 30.f6 d5, etc.

28.f4 f6 29.e2!

« Un petit coup splendide qui s’oppose à 29...xh4 30.g6; et 29...h5 30.c4+ h7 31.g5! xf5 32.g6+ suivi de 33.f7 » GM Soltis

Après 29.♖e2!

29...c8

Il a été suggéré 29...b5 comme supérieur mais après 30.xd7 xd7 31.g5 d1+ 32.g2 hxg5 33.e5!? les blancs conservent l’avantage.

30.c4+ h7 31.g6!

L’occupation de cette case immobilise le Roi noir devenu prisonnier et le Fou de cases blanches est mauvais à cause de la structure des pions.

31...xe2 32.xe2 d7?

Les noirs ne peuvent se libérer avec 32...h5?? 33.e8 xf5 34.h8+ xg6 35.xh5#
Le seul coup est 32...d6! qui empêche l’échange des Dames et exploite la faiblesse du Roi blanc avec un échec perpétuel après 33.e8 g3+=

33.e7!

Compte tenu des menaces 34.xd7 et 34.f8, les noirs sont obligés d’échanger les Dames. Entrer en finale c’est pratiquement jouer avec un pion de moins car la majorité sur l’aile Dame est toujours handicapée.

33...xe7 34.xe7

Le Cavalier empêche le Roi noir de jouer et le Roi blanc mobile va faire la différence, l’avantage est décisif.

Après 34.♘xe7

34...g5!?

Une dernière tentative sinon 36.g5 est mortel.

35.hxg5 hxg5 36.d5! c6

La supériorité du Cavalier ne permet pas de sauver la partie après 36...g7 37.f2! c6 38.b6 e8 39.a4 c4 40.c5+-

37.xc7 f3 38.e8!

Défend le pion à cause de la fourchette sur f6.

38...h6 39.f6 g7 40.f2! d1 41.d7!!

Après 41.♘d7!!

A nouveau une jolie pointe tactique pour défendre le pion g4, si 41...xg4 42.f6+ g8 43.f7+ xf7 44.e5+ gagne le Fou.

41...c4 42.g3 Le coup sous enveloppe. 1-0 Les pertes matérielles sont inévitables

Si 42...b5 43.c5 a5 44.e4 h6 45.d6+-
Si 42...a4 43.b6 b5 44.f3 f6 45.e4 c6+ 46.e3 b5 47.d4 c6 48.xc4 f3 49.e3+-

Tabelle Informateur N°12

Une partie impressionnante car il est difficile de trouver une erreur évidente dans le jeu défensif noir. La profondeur des idées de Fischer n’est pas toujours visible à l’œil nu et il est rare qu’une partie soit couronnée pour une réussite essentiellement stratégique. La valorisation de la majorité blanche sur l’aile Roi avec pour conclusion la création d’un pion passé qui immobilise le Roi adverse et un Cavalier blanc qui domine le Fou noir, ceci explique le choix du jury de l’Informateur !

Un autre des secrets de Bobby nous est révélé par le GM Soltis :

« Peut-être que le plus important héritage de Fischer dans le langage typique de Bobby était  : - Pour obtenir des cases, tu dois donner des cases.

Traduit en clair cela signifie que pour progresser en milieu de partie, il faut souvent concéder le contrôle de certaines cases clés de l’échiquier (dans ce cas e5) pour en conquérir d’autres (e6 et plus tard la case affaiblie g6). »

Robert James Fischer et Andrew Soltis à New York en 1971

Pourquoi Fischer a-t-il accepté de jouer à Siegen, alors qu’il avait refusé de jouer à Lugano deux ans auparavant ? Les conditions n’étaient pas meilleures et de très loin insuffisantes par rapport à ses exigences. Ce fut sa dernière Olympiade et il fut devancé par Spassky qui obtint la médaille d’or au premier échiquier. Pourtant, un élément décisif pour sa carrière se produisit lors du 41ème Congrès de la FIDE tenu à Siegen. Bobby put réintégrer le cycle du championnat du monde après que Pal Benko lui eut cédé sa place.

« Si Fischer n’avait pas participé à Siegen, montrant ainsi aux membres du Congrès qu’il était prêt à coopérer, on ne lui aurait jamais permis de participer à l’interzonal de Palma de Majorque. » Isaac Kasdhan

Robert James Fischer et Max Euwe | Photo Douglas Griffin

« Tout d’abord , je pense que Fischer ne jouera jamais un match avec Spassky mais je pense que s’il joue il gagnera. » L’ex-champion du monde Euwe à Siegen devenu le nouveau Président de la FIDE.

Georges Bertola

Je tiens à remercier Gérard Demuydt pour la mise en ligne de mes articles et tous les lecteurs de leur soutien.

Fischer,Robert James - Unzicker,Wolfgang, Olympiad-19 Final A Siegen (7), 21.09.1970.

Publié le , Mis à jour le

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Les réactions (3)

  • Icare

    Je "plussoie" tous les compliments adressés à Georges Bertola. Comme toujours! Et à son collègue Gérard Demuydt pour la mise en ligne bien sûr.

  • zelazny

    Bonjour et merci pour cet article passionnant. Pauvre Unzicker ! Il est surtout resté dans l'histoire pour deux parties perdues, celle-ci contre Fischer et celle, non moins fameuse, contre Karpov en 1974.
    La hasard fait que ce matin j'ai vu une très belle partie gagnée par Unizicker en 1968 contre Szabo, je me permets de la mettre ici :
    1. e4 c5 2. Nf3 d6 3. d4 cxd4 4. Nxd4 Nf6 5. Nc3 Nc6 6. Bg5 e6 7. Qd2 Be7 8. 0-0-0 0-0 9. f4 d5 10. e5 Nd7 11. Bxe7 Qxe7 12. g3 Nb6 13. Qe1 Bd7 14. Kb1 Rac8 15. Be2 Nxd4 16. Rxd4 Rc5 17. Rf1 Rfc8 18. Rf3 f5 19. exf6 gxf6 20. Re3 e5 21. fxe5 fxe5 22. Bb5 Rxb5 22... Bxb5 23. Rxe5 Qg7 24. Nxb5 Rxb5 $2 25. Re8+ Rxe8 26. Qxe8+ Qf8 27. Rg4+ Kh8 28. Qxf8# )23. Rxe5 Qf6 24. Nxb5 Bxb5 25. b3 Bd7 26. Rf4 Qg6 27. Qd2 h6 28. a4 a5 29. Rf2 Be6 30. Qxa5 Nd7 31. Rxd5 Qe4 32. Rd3 Nf8 33. Qd2 Bf5 34. Rc3 Re8 35. Ka2 Qe5 36. Rcf3 Be4 37. Rf6 Nh7 38. Rxh6 b5 39. Ra6 Qc5 40. axb5 Qxb5 41. Ra5 Qb6 42. Ra4 Rd8 43. Qf4 Bc6 44. Qf7+ 1-0

  • Azimut

    Merci Georges ! Encore, encore !
    Quelle époque que celle de Fischer !
    Quelle belle époque que ces années 60/70 !
    Aujourd'hui on doit se contenter du coronavirus et jouer sans toucher les pièces... et nos clubs restent fermés... pour combien de temps ?
    Encore merci Georges pour ce fabuleux article !